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Présentation ; La Russie soviétique et l’URSS sous Lénine (1917-1924) ; Staline s’impose à l’URSS (1924-1939) ; L’URSS dans la Seconde Guerre mondiale ; Prix et conséquences de la guerre ; Un après-guerre sous le signe de la guerre froide ; De Staline à Brejnev : les réformes dans l’immobilisme ; L’économie soviétique dans les années 1950-1970 ; Une société figée ? ; La politique extérieure de 1950 à 1985 ; Le chant du cygne (1985-1991)
Union des républiques socialistes soviétiques [URSS], (en russe, Soïouz Sovetskikh Sotsialistitcheskikh Respoublik), État fédéral né de la révolution russe d’octobre 1917, proclamé en 1922 et dissous en 1991, à la suite de la perestroïka mise en place par Mikhaïl Gorbatchev et dans l’élan des révolutions démocratiques de 1989. Durant cette période, l’URSS regroupait quinze Républiques en Europe orientale et en Asie centrale et septentrionale, sur le territoire de l’ancien Empire russe. Avec une superficie de 22 400 000 km2, elle était le plus grand État du monde et la deuxième grande puissance avec les États-Unis — en 1989, l’URSS comptait 289 millions d’habitants. Mais elle était aussi, et avant tout, le laboratoire d’un communisme d’État assimilé aux régimes totalitaires du xxe siècle (marqué par la personnalité de Staline) et l’un des deux grands protagonistes, avec les États-Unis, de l’histoire des relations internationales au temps de la guerre froide et de la coexistence pacifique.
Dès le 26 octobre 1917, dix jours après que le Comité central du Parti bolchevique a approuvé l’appel de Lénine à la prise du pouvoir par une « insurrection armée », qui vient d’éclater la veille, le IIe Congrès pan-russe des soviets souligne les orientations du nouveau régime à travers une série de décrets : décret « sur la paix » (par lequel la Russie se retire de la Première Guerre mondiale et « invite toutes les nations belligérantes et leurs gouvernements à ouvrir sans délai les négociations d’une juste paix démocratique ») et décret « sur la terre » (qui abolit la grande propriété foncière sans indemnités et met toutes les terres à disposition des paysans). Suit le décret « sur les nationalités » qui proclame le droit des peuples de Russie à l’autodétermination, et permet à l’Ukraine, à la Finlande, à l’Arménie russe et à la Pologne d’obtenir leur indépendance. En décembre sont promulgués le décret sur les entreprises industrielles — elles passent sous le contrôle des ouvriers et des employés, et sous la surveillance du Conseil supérieur de l’Économie nationale (VSNKh en russe) —, ainsi que le décret sur la nationalisation des banques et des fleurons de l’industrie, telles les usines Poutilov de Moscou. Le Conseil des commissaires du peuple (en russe Sovnarkom) constitué en gouvernement prend une nouvelle série de mesures au cours de l’année 1918 : abolition des grades, titres et décorations de l’Ancien Régime ; séparation de l’Église et de l’État ; création de l’Armée rouge ; proclamation de l’égalité entre hommes et femmes ; poursuite des nationalisations ; adoption du calendrier occidental. Présidé par Lénine, il comprend notamment Trotski aux Affaires étrangères et Staline aux Nationalités. La Constitution soviétique, ratifiée le 10 juillet 1918, institue l’ensemble de ces mesures. Son principal élaborateur, Sverdlov, s’appuie sur les grandes lignes constitutionnelles esquissées au IIIe Congrès des soviets qui, en janvier 1918, a proclamé la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR) et voté la « Déclaration des droits du peuple travailleur et exploité », reprise en préambule de la Constitution. Dans l’année qui suit la révolution d’Octobre, les bolcheviks, menés par Lénine et le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), commencent à s’emparer des rouages du pouvoir. Ils se heurtent, cependant à l’opposition croissante de ceux qui avaient refusé de lutter contre eux en octobre 1917 (sociaux-révolutionnaires [S-R], cadets et mencheviks de l’ex-Assemblée Constituante), malgré les appels à la résistance contre-révolutionnaire de Kerenski. Aussi, progressivement, les bolcheviks entreprennent-ils d’écarter ces interlocuteurs.
Mais pour perdurer, le nouveau pouvoir révolutionnaire doit, avant tout, solder la question de la guerre. La conclusion de la paix est une priorité pour le nouveau régime s’il veut accroître son autorité et que la Révolution soit pérenne. En effet, l’ex-Russie est un pays dévasté, qui porte le deuil de millions de morts et où plane en permanence la menace d’offensives contre-révolutionnaires d’envergure. Plus profondément, la crise sociale et politique que connaît la Russie depuis la fin du xixe siècle et la Révolution de 1905 ont été les ferments premiers de la Révolution ; or cette crise lui survit, amplifiée par la pénurie subséquente aux réquisitions de guerre. Cette tension endémique est dangereuse, de même, d’ailleurs, que les réactions de l’armée, disloquée par la Révolution et la guerre. Dans un contexte tendu, la guerre civile, amorcée en 1917, risque à tout moment de s’aggraver et de mettre le régime en péril. La paix est donc une première étape indispensable avant de « pacifier » le pays lui-même. Des pourparlers d’armistice sont engagés à Brest-Litovsk le 3 décembre 1917 entre les Empires centraux (austro-allemands) et la délégation russe menée par Trotski. Celle-ci, fidèle à la ligne de conduite adoptée lors du congrès de Zimmerwald (1915) et aux termes du décret sur la paix, souhaite une « paix sans annexion et sans contribution ». D’accord sur le principe, les Austro-Allemands exigent toutefois, en justifiant leur requête par le droit des peuples à l’autodétermination, que les territoires de l’Empire russe occupés par leur armée leur reviennent (Galicie, Lituanie, Lettonie, Estonie, Pologne). Face à ces conditions draconiennes, les dirigeants bolcheviques sont divisés. Convaincus de l’imminence de la révolution prolétarienne en Allemagne et en Hongrie et soucieux d’asseoir l’autorité du gouvernement soviétique, Lénine, Zinoviev et Staline préfèrent la signature d’une paix séparée, aux conditions de l’Allemagne, même injustes, pour « sauver la révolution russe ». Au contraire, Nicolaï Boukharine et les S-R préconisent une guerre révolutionnaire pour « la défense commune de la terre russe et du prolétariat mondial ». Quant à Trotski, partisan de l’adage « ni guerre, ni paix », il souhaite que la Russie se retire unilatéralement du conflit en démobilisant son armée et sans signer la paix. Le 27 janvier 1918 survient le problème ukrainien qui complique davantage les choses : des délégués de la Rada (assemblée nationale ukrainienne), hostiles aux bolcheviks, signent une paix séparée avec les Austro-Allemands en leur demandant une protection militaire contre Moscou. Trotski met alors fin aux négociations (10 février), annonçant : « Nous retirons de la guerre notre peuple et notre armée. (…) Nous déclarons que l’état de guerre a pris fin entre les Empires centraux et la Russie. » Mais, à la suite d’une nouvelle offensive militaire allemande et d’une menace grandissante des armées européennes de l’Ouest (même si elles sont censées contrer les Allemands), les Soviétiques sont contraints de signer le traité de Brest-Litovsk (3 mars). Celui-ci impose des conditions désastreuses à la Russie : en premier lieu, perte de l’Ukraine, des pays baltes et de la Pologne notamment, abandon de toute prétention sur la Finlande, cession de Kars, de Batoum et d’Ardahan à la Turquie (au total, 800 000 km2, 26 p. 100 de la population de la Russie, 32 p. 100 des récoltes et près de 75 p. 100 de la production industrielle russe perdus). En second lieu, la Russie doit payer de très lourdes indemnités de guerre à l’Allemagne (6 milliards de marks-or) et s’abstenir de toute propagande dans les Empires centraux.
La signature du traité de Brest-Litovsk a des conséquences en politique intérieure : les sociaux-révolutionnaires (S-R), qui ont jusqu’alors collaboré avec les Bolcheviks, dénoncent le traité comme une trahison à la cause révolutionnaire et quittent le gouvernement (16 mars). Leur opposition prend une forme violente connue sous le nom de « Terreur Blanche » : assassinat de l’ambassadeur d’Allemagne en Russie (6 juillet 1918), dans le dessein de pousser les Allemands à rouvrir les hostilités ; mutinerie de Moscou (6-7 juillet 1918) ; attentat contre Lénine (30 août). Les Bolcheviks, qui ont entre-temps rebaptisé le POSDR « Parti communiste » (PC, 8 mars), inaugurent alors l’ère des représailles : c’est le début de la « Terreur rouge ». Elle aboutit à la disparition physique et politique du parti social-révolutionnaire. Nombre d’opposants sont exécutés, ainsi que le tsar Nicolas II et sa famille (17 juillet 1918). Peu à peu, les partis non bolcheviques sont éliminés, interdits, absorbés par le PC. L’Union soviétique devient un État à parti unique. Dans la foulée et indissociablement, des outils d’État et des procédures sont mis en place pour bâillonner toute velléité sécessionniste et / ou d’opposition. Hormis la censure qui pèse sur la presse, la création de la Tcheka (« commission extraordinaire de lutte contre le sabotage et la contre-révolution », police politique qui succède à l’Okhrana tsariste), le 7 décembre 1917, annonce d’emblée que les hommes au pouvoir ont un sens de la démocratie assez restrictif.
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