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Présentation ; Le Chant de guerre pour l’armée du Rhin ; De Strasbourg à Marseille : naissance du « chant national » ; Des infortunes au temps de l’hymne ; Hymne révolutionnaire ou chant nationaliste ?
Marseillaise, la [Rouget de Lisle], chant militaire composé en 1792, devenu hymne national de la France en 1879. Les paroles et la musique de la future Marseillaise — (le chant s’intitulait à l’origine Chant de guerre pour l’armée du Rhin) — ont été écrites en avril 1792 par l’officier du génie Claude Joseph Rouget de Lisle.
Lors d’une soirée patriotique, le 25 avril 1792, Rouget de Lisle est sollicité par le maire de Strasbourg, le baron de Dietrich, pour composer un chant militaire destiné aux volontaires de l’armée du Rhin — un chant qui serait moins subversif que le populaire Ça ira. En rentrant chez lui, Rouget de Lisle voit des affiches placardées par la Société des amis de la Constitution, dont le texte dit notamment : « Aux armes, citoyens ! L’étendard de la guerre est déployé, le signal est donné. Aux armes ! Il faut combattre, vaincre ou mourir. […] Qu’ils tremblent donc, les despotes couronnés ! L’éclat de la liberté luira pour tous les hommes […]. Marchons ! Soyons libres jusqu’au dernier soupir […] ». Inspiré par ces phrases, l’auteur travaille rapidement et donne son chant le lendemain soir. Dès le 29 avril, la Garde nationale l’interprète sur la place d’Armes de Strasbourg pour accueillir les volontaires de Rhône-et-Loire.
Rapidement imprimé et colporté, le chant arrive dans le sud de la France. Ses paroles exaltantes séduisent un jeune Languedocien, Mireur, qui les entend sur la place de l’Esplanade à Montpellier. Le 21 juin 1792, lors d’une réunion à Marseille où il représente les volontaires montpelliérains prêts à se joindre, avec les Marseillais, à l’armée des fédérés qui se constitue à Paris, il entonne le chant avec succès. Le Chant de guerre pour l’armée du Rhin devient le chant de marche des Marseillais remontant vers le Nord, gagnant là sa dénomination définitive, après quelques variations (Chant de guerre des armées aux frontières, Chant de ralliement des Marseillais, Marche ou Hymne des Marseillais). La Marseillaise, hymne à la guerre pour la liberté, a tôt fait de conquérir la France révolutionnaire, touchée par la vibrante charge symbolique de son très patriotique appel aux armes. Elle est entonnée lors de la journée du 10 août 1792, qui voit la chute de la monarchie. Puis elle gagne ses lettres de noblesse : le 28 septembre 1792, elle est décrétée « Hymne national de France » ; un décret du 14 juillet 1795 la proclame « chant national » — malgré la concurrence du Réveil du peuple, chant popularisé après la chute de Robespierre, en 1793-1794.
Avec la réaction thermidorienne, la Marseillaise connaît une éclipse, malgré sa réapparition sporadique sur les champs de bataille, comme en Italie (1795-1796). Sous le Consulat, le Premier Empire et la Restauration, on lui préfère d’autres hymnes, car elle connote trop étroitement l’esprit révolutionnaire. C’est en tant que telle qu’elle réapparaît sur les barricades, lors de la Révolution de juillet 1830. Mais en 1836, jugée trop subversive, elle est remise à l’index et poursuit sa carrière hors les frontières, devenue un chant de ralliement pour nombre de mouvements aspirant, dans les années 1830-1840, à la révolution nationale (Pologne, Grèce, Italie, Belgique, etc.). Reparue en février 1848, la Marseillaise replonge dans la proscription sous le Second Empire. Ressuscitée en 1870-1871, elle repasse dans l’ombre au début de la IIIe République de Mac Mahon. Mais, après l’ajout officiel du septième couplet, dit « Couplets des enfants » (créé en octobre 1792 et attribué à Jean-Baptiste Dubois, Marie-Joseph Chénier et l’abbé Dubois), la IIIe République la décrète hymne national le 14 février 1879. Depuis lors, seule la parenthèse de Vichy — qui lui substitue Maréchal, nous voilà — l’a de nouveau mise à l’index.
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