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satire (littérature)Article
Plan de l'article
Pendant la période médiévale, la satire est représentée par le genre de la sotie, farce allégorique et bouffonne (notons que la sotie est une forme littéraire datée, appartenant en propre au Moyen Âge). Les soties mettent en scène un peuple imaginaire et grotesque, celui des sots, miroir carnavalesque de la société médiévale. Quant aux fabliaux, ce sont de petits récits en vers octosyllabes, qui visent à ridiculiser les femmes, leurs amants et les maris jaloux ; leur dimension satirique est bouffonne et lourdement appuyée. Au XIVe siècle, les Contes de Cantorbéry, de Chaucer et le Décaméron, de Boccace sont des contes à la fois grivois et satiriques.
À la Renaissance, nombre de textes célèbres intègrent à un titre quelconque des éléments satiriques, sans se réduire au genre de la satire ; tel est le cas dans l'œuvre de Rabelais (Gargantua, Pantagruel, le Tiers Livre, le Quart Livre), dans celle d'Érasme (Éloge de la folie), dans le Don Quichotte, de Cervantès, dans la Nef des fous (1494), de Sebastian Brandt, et dans certains aspects des comédies de Shakespeare. Au XVIIe siècle, les comédies les plus en vogue comportent une dimension satirique, qu'il s'agisse de celles de Molière (le Médecin malgré lui, les Précieuses ridicules, l'École des femmes, les Femmes savantes, l'Avare) ou de celles de Ben Jonson (Volpone ou le Renard, Épicène ou la Femme silencieuse, l'Alchimiste, la Foire de la Saint-Barthélemy). Mais à l'âge classique, ce sont les Satires de Boileau (1666-1705), inspirées de celles d'Horace et de Juvénal, qui illustrent le genre proprement dit. Ces Satires sont dirigées contre des auteurs contemporains, Quinault, Pradon, Mlle de Scudéry, et elles ridiculisent la poésie épique de l'académicien Chapelain. Boileau affirme plaisamment que la postérité ne retiendra le nom d'un autre académicien, Charles Cotin (auteur de poèmes précieux dont Molière aurait fait le modèle de Trissotin dans les Femmes savantes) que parce qu'il aura été sa victime. La dimension épigrammatique des Satires, brillantes et pleines de verve, s'accompagne d'un propos moral. Dans les Caractères de La Bruyère, la satire inventorie les ridicules et les travers de la cour, perçue comme une région dont les habitants ont une apparence, des rites et des mœurs étranges. Les personnages que décrit La Bruyère sont classés par types, de façon à former une galerie de portraits de courtisans, de coquettes, de femmes galantes, d'écrivains envieux et d'inutiles oisifs, miroirs des ridicules de la vie de cour et de la vanité de la condition humaine. L'œuvre était initialement conçue comme une suite aux Caractères de Théophraste. Le XVIIIe siècle a été un âge d'or de la satire. Liée à l'esprit des Lumières, en tant que celui-ci se définissait d'abord comme un esprit d'examen, un esprit critique, la satire devient non plus seulement le moyen d'une critique des mœurs, mais aussi celui d'une critique philosophique et politique qui trouve ses racines dans les œuvres des moralistes du XVIIe siècle. Les textes de Montesquieu (les Lettres persanes, 1721) ou de Voltaire (Romans et contes, 1748) reprennent sur des modes divers les thèmes de la critique des mœurs européennes. En Angleterre, les plus brillantes réussites du genre datent de cette époque, avec les satires de Pope (Dunciade, 1728-1743) ou celles de Joseph Addison. Fielding, Smollett, Swift, ont également écrit des romans satiriques : la Vie de Jonathan Wild le Grand (1743), de Fielding, par exemple, était dirigée contre Horace Walpole, tandis que le Voyage de Humphry Clinker (1771), de Smollett, et les Voyages de Gulliver, de Swift, sont des satires qui dépassent largement les ambitions propres au genre. Les Aventures de Joseph Andrews, de Fielding (1742), parodient quant à elles le moralisme et le sentimentalisme d'un fameux roman de Samuel Richardson, Paméla ou la Vertu récompensée, datant de 1740 (un premier texte de Fielding, paru anonymement, Justification de la vie de Mrs Shamela Andrews, raillait déjà l'œuvre de Richardson).
Au XIXe siècle, après son apogée, la satire revit dans certaines œuvres polémiques, comme les Châtiments, de Victor Hugo. Les textes pamphlétaires de Barbey d'Aurevilly, de Zola, de Léon Bloy puisent à l'occasion dans des thèmes propres à la satire, mais leur violence verbale, leur goût pour les dénonciations belliqueuses et l'invective les éloignent de la dénonciation plaisante des ridicules et des tableaux carnavalesques spécifiques à la verve satirique. En Angleterre, la dimension satirique n'est pas absente des textes de certains romantiques, comme Blake, alors qu'elle n'existe guère dans les œuvres des romantiques français si ce n'est, ponctuellement, chez Musset et Hugo. À la suite de Fielding, Jane Austen écrit une parodie de roman gothique, Northanger Abbey (1818). Les romans de Dickens, comme ceux de Thackeray, comportent des traits satiriques, sans que la gravité du propos social soit altérée par la légèreté des descriptions. Plus tard, les pièces de George Bernard Shaw, L'argent n'a pas d'odeur (1892), la Profession de Mme Warren (1893), le Héros et le Soldat (1894) et Pygmalion (1912), ou celles d'Oscar Wilde, plus humoristiques et plus désabusées (De l'importance d'être constant, 1895), renouvelleront les thèmes de la satire sociale caractéristiques de la comédie de mœurs (dont l'apogée avait coïncidé, au XVIIIe siècle, avec les pièces de Sheridan, comme l'École de la médisance, 1777, ou le Critique ou la Tragédie en répétition, 1779). Au XXe siècle, la satire en tant que genre a vécu, et c'est la permanence de l'esprit satirique dans des œuvres appartenant à des genres divers qu'il faut désormais évoquer. Gide, par exemple, a donné le sous-titre de sotie à l'un de ses romans, les Caves du Vatican, et il y a indéniablement des traits satiriques dans les Faux-Monnayeurs, sans que l'on puisse considérer qu'on a affaire là à une renaissance de la satire, laquelle demeure, en tant que genre, une forme datée.
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