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Nabis

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Sérusier, le TalismanSérusier, le Talisman
Plan de l'article
1

Présentation

Nabis, groupe de peintres qui, ayant développé en France à la fin du xixe siècle une esthétique nouvelle fondée sur l’usage de l’arabesque et le refus du modelé et de la perspective, reste célèbre pour avoir souhaité abolir la séparation existant entre peinture de chevalet et peinture décorative.

2

Aux origines

2.1

De l’Aven au Bois d'amour au Talisman

C’est en 1888 que le peintre Paul Sérusier peint à Pont-Aven sous la direction de Paul Gauguin un tableau intitulé l’Aven au Bois d’amour (musée d’Orsay, Paris). Au premier regard, cette peinture de petite dimension (27 x 22 cm), effectuée sur un couvercle d’une boîte à cigares, se voit comme un assemblage d’aplats de couleurs pures et vives, composé de deux masses que traversent deux lignes obliques parallèles. Un second regard laisse deviner, peint sur un plan strictement bidimensionnel, l’évocation d’un paysage et son reflet dans l’eau.

De retour à Paris, Paul Sérusier montre sa peinture à des camarades issus de l’Académie Julian, Pierre Bonnard, Maurice Denis, Henri Gabriel Ibels (1867-1936), Paul Ranson (1861-1909), Édouard Vuillard, et Ker Xavier Roussel (1867-1944). Ce tableau, porteur de nouveautés plastiques, déclenchent un enthousiasme collectif parmi les artistes qui le désignent alors comme leur « talisman ». Le tableau est ensuite renommé le Talisman par Paul Sérusier.

2.2

La formation du groupe

Tournés jusque là vers la révolution impressionniste, ces peintres se passionnent pour les innovations picturales que recèle cette peinture de paysage, telles que l’usage d’aplats de couleurs pures, l’absence de perspective, et le refus de la représentation au profit d’une idée perçue. Par son expérience acquise auprès de Paul Gauguin, Paul Sérusier fait autorité dans le groupe et parle de son initiation : « Comment voyez-vous cet arbre ? Il est bien vert. Mettez donc du vert, le plus beau de votre palette. Et cet ombre ? Plutôt bleue ? Ne craignez donc pas de la peindre aussi bleue que possible. »

Au fil des ans, le groupe accueille Félix Vallotton, Georges Lacombe (1868-1916) et Aristide Maillol ainsi que le Hollandais Jan Verkade (1868-1946), le Danois Mogens Ballin (1971-1914) et le Hongrois József Rippl-Rónai (1861-1927). Le groupe est baptisé Nabis (« prophète » en hébreu) par Paul Sérusier qui emprunte l’invention du terme au poète Henri Cazalis. Tous vont dès lors s’attacher à restituer dans leurs œuvres la sensation primitive perçue au contact de leurs sujets. Le Talisman, symbole de leur quête, est conservé dans l’atelier de Paul Ranson, baptisé « le Temple », tandis que les membres du groupe, qui prend l’allure d’une confrérie d’adeptes de littérature ésotérique et d’occultisme, adoptent avec humour des surnoms divers (Pierre Bonnard est « le Nabi japonard », Édouard Vuillard « le Nabi zouave », Maurice Denis « le Nabi aux belles icônes »).

3

Du chevalet au paravent

3.1

Une nouvelle conception de la peinture

Maurice Denis devient le théoricien du mouvement et publie en 1890 dans la revue Art et Critique un manifeste, Définition du néo-traditionnisme, dans lequel il livre la célèbre formule « Une peinture, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » Forts de cette nouvelle vision, les Nabis contribuent de manière décisive au renouvellement de la conception du tableau tout en illustrant la volonté de retrouver la simplicité, la pureté et le caractère sacré de la peinture. Pour cela, en opposition avec les impressionnistes, ils rejettent la profondeur et le modelé pour produire des œuvres fondées sur l’usage d’aplats de couleurs pures et de lignes souples, voire de cernes soulignant ou cloisonnant les motifs, s’inspirant directement de l’esthétique de l’estampe japonaise. Leurs créations portent également la marque de l’influence des préraphaélites et de la peinture symboliste (Puvis de Chavannes, Odilon Redon). À l’occasion de l’exposition universelle de 1889, les Nabis organisent au Café Volponi, à Paris, l’exposition « Groupe impressionniste et synthétiste ».

Plusieurs sensibilités s’expriment au sein du mouvement. Tandis qu’une forme d’élan mystique est illustrée par les œuvres de Paul Ranson, Paul Sérusier et Maurice Denis, une vision plus décorative de la peinture, davantage tournée vers la représentation de scènes quotidiennes et intimes, apparaît dans l’œuvre de Pierre Bonnard et de Édouard Vuillard (Au lit, 1891, musée d’Orsay, Paris).

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