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Mahomet

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Miniature de Mahomet avec ses compagnonsMiniature de Mahomet avec ses compagnons
Plan de l'article
1

Présentation

Mahomet (v. 570-632), prophète de l’islam.

Les sources relatant la vie de Mahomet sont des textes écrits en arabe par des érudits musulmans, dont le plus ancien date d’une centaine d’années après la mort du prophète. Ce récit a été compilé par Ibn Ishaq, mort en 768 ; les autres biographies classiques ont été rédigées au ixe siècle.

2

La vie de Mahomet selon la tradition

2.1

À La Mecque

Mahomet est né à La Mecque, dans la province du Hedjaz. Le jour et l’année de sa naissance ne sont pas établis avec certitude, mais selon une tradition communément admise, le prophète naît l’« année de l’Éléphant », ainsi appelée en raison de l’expédition manquée contre la Kaaba, le temple de La Mecque, conduite par Abraha, le prince éthiopien du Yémen, monté sur un éléphant blanc. De récentes recherches situent l’événement en 570 apr. J.-C.

La famille de Mahomet appartient au clan des Hachémites, de la tribu des Qoraychites, laquelle constitue la quasi-totalité de la population de La Mecque. Les Hachémites ne comptent pas parmi les familles les plus illustres, mais ils jouissent d’un certain prestige religieux du fait de leur droit héréditaire à certaines charges attachées au pèlerinage de la Kaaba. Abdallah, le père de Mahomet, meurt avant la naissance de son fils, et sa mère, Amina, décède alors qu’il est encore un enfant.

La tradition fait état de signes extraordinaires ayant accompagné la conception et la naissance du prophète. Son prénom lui aurait été attribué à la suite d’un songe fait par son grand-père. Il en recevra d’autres plus tard, tels que Abu al-Qasim, Ahmed et al-Mustafa.

La tradition rapporte que le jeune Mahomet est emmené un jour par son oncle à la tête d’une caravane de commerçants venant de La Mecque et se rendant en Syrie. Le convoi s’étant arrêté près d’un ermitage, Mahomet est accueilli comme l’envoyé de Dieu par un moine chrétien, au vu de certaines marques que le jeune homme porte sur le corps et en raison de phénomènes miraculeux qui ont accompagné sa venue.

Mahomet est embauché par une riche commerçante veuve de La Mecque, nommée Khadija, pour gérer ses affaires. Séduite par l’honnêteté et l’habileté du jeune homme, elle lui propose le mariage. Mahomet est âgé de vingt-cinq ans lorsqu’il épouse Khadija, du vivant de laquelle il ne prend aucune autre femme. Après sa mort, il prend plusieurs épouses, dont la plus célèbre est la jeune Aïcha.

Mahomet a quarante ans lorsqu’il reçoit sa première révélation. Pendant une retraite solitaire dans une grotte sur la montagne de Harra, aux alentours de La Mecque, il a une vision de l’archange Gabriel (Jibrîl) et ressent une telle douleur qu’il croit en mourir. Il reçoit l’ordre de « réciter » (iqra), et ne sait quoi dire. Il finit par réciter ce qui est devenu le début de la sourate XCVI (chapitre 96) du Coran :

Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé tout ; qui a créé l’homme de sang coagulé. Lis, car ton Seigneur est le plus généreux. Il t’a appris l’usage de la plume ; Il apprit à l’homme ce que l’homme ne savait pas.
Une longue période s’écoule entre cette première révélation et les suivantes, qui se succèdent jusqu’à la mort du prophète.

L’ordre selon lequel ces révélations lui sont inspirées permet de comprendre comment s’est développé l’enseignement de Mahomet. En effet, lorsqu’elles sont toutes réunies après sa mort pour former le Coran, elles ne sont pas organisées selon l’ordre chronologique : les compilateurs les assemblent dans le sens qu’ils pensent correspondre à la chronologie de la vie du prophète. Les exégètes musulmans réussissent ensuite à établir la relation entre les sourates du Coran et la vie de Mahomet, et l’on sait maintenant que les premières révélations, courtes et formulées dans un langage vif et imagé, avertissent l’homme qu’il sera jugé par Dieu pour ses actes et sévèrement puni pour n’avoir pas rectifié sa conduite. Avec le temps et au fur et à mesure que l’autorité de Mahomet s’impose sur la première communauté de musulmans fondée par lui à Médine, les révélations s’allongent, perdant de leur caractère d’urgence et portant davantage sur les solutions aux problèmes pratiques auxquels sont confrontés le prophète et ses disciples.

La tradition rapporte un épisode miraculeux qui lui serait arrivé à l’âge de six ans et qui présente, selon certains exégètes modernes, des traits identiques avec les légendes qu’on retrouve dans la vie d’autres prophètes. Deux anges sont venus, ont ouvert sa poitrine, en ont extirpé le cœur qu’ils ont soigneusement nettoyé avant de le remettre à sa place, le lavant ainsi de toute souillure et l’emplissant de foi et de piété. Une autre aventure extraordinaire attribuée à Mahomet raconte que, pendant son sommeil, il aurait été emporté de sa résidence mecquoise jusqu’au trône de Dieu, dans les cieux. Ce célèbre récit est celui de la Visite nocturne (Isra), qui a donné lieu à de nombreuses allégories, notamment dans l’islam mystique (soufi), et qui aurait inspiré à Dante la Divine Comédie.

Les diverses sources sur la vie des premiers disciples de Mahomet à La Mecque ne s’accordent que sur le fait que ces derniers ne sont ni nombreux ni puissants, et qu’ils sont farouchement combattus par la majorité des Mecquois, qui les accusent de détrôner la religion de leurs ancêtres.

Un des épisodes rapporté par des sources traditionnelles et généralement considéré par les musulmans comme une pure invention concerne ce que certains exégètes modernes ont appelé les « versets sataniques » (expression inconnue des récits traditionnels). Désespéré de ne pouvoir rallier à lui les Mecquois, Mahomet aurait été tenté par Satan pour proclamer comme révélation divine des versets pervers, qui reconnaissent dans l’islam trois déesses du panthéon des Mecquois comme des intermédiaires entre les hommes et Dieu. En apprenant cette nouvelle, les Mecquois se réjouissent et embrassent la nouvelle religion. Plus tard, l’archange Gabriel apparaît à Mahomet ; il lui apprend que ces révélations lui ont été inspirées par Satan et lui dicte les véritables versets divins que l’on trouve aujourd’hui dans le Coran (sourate LIII), dans lesquels ces déesses sont démystifiées et présentées comme n’étant « que des noms », sans aucune puissance ni réalité. Lorsque ces versets rectifiés sont annoncés aux Mecquois, ces derniers abandonnent l’islam et reviennent à leur paganisme originel.

2.2

À Médine

À La Mecque, l’opposition à Mahomet est si forte qu’un grand nombre de ses disciples doit se réfugier en Abyssinie, chez les chrétiens éthiopiens, de l’autre côté de la mer Rouge. N’ayant pas réussi à trouver d’appui dans la ville de Taïef, le prophète quitte La Mecque et trouve refuge, avec ses disciples, dans la petite oasis de Yathrib, à 350 kilomètres au nord de La Mecque. Cet événement, qui date de l’an 622, est appelé l’Hégire (l’« émigration »). Il inaugure l’établissement de la première communauté musulmane (umma) à Yathrib, qui prend le nom de Médine, et marque plus tard le début du calendrier musulman de l’ère de l’Hégire.

Mahomet aurait été invité par les habitants de Yathrib pour servir de médiateur entre les différentes factions de la ville, qui se combattent par les armes. C’est la seule explication plausible à la notoriété qu’il acquiert si vite auprès de la population. Sa communauté comprend au départ des païens, des musulmans et un grand nombre des juifs vivant dans la région. Plus tard, la communauté n’est plus composée que de musulmans, mais tous ses membres n’ont pas adopté l’islam par conviction. On appelle ces derniers les hypocrites ou les douteurs (munafiqun). Les tribus juives, qui ont été au départ acceptées au sein de la communauté, en sont chassées ou décimées sur l’ordre du prophète au fur et à mesure que leurs relations avec les musulmans se détériorent. Ils sont accusés de soutenir les ennemis de Mahomet.

Ses succès militaires représentent l’une des principales raisons de l’autorité grandissante du prophète à Médine. L’attaque qu’il lance sur les caravanes qoraychites à Badr, en 624, lui assure une victoire écrasante sur ses ennemis mecquois, pourtant numériquement supérieurs. L’année suivante, il engage une nouvelle bataille contre les Qoraychites à Ohod (625), qui se termine par la déroute des musulmans. Il réussit à repousser définitivement ses ennemis mecquois en 627, en creusant un fossé autour de Médine, qui empêche ces derniers de pénétrer dans la ville. Son prestige s’en trouve renforcé au point que les tribus des régions avoisinantes commencent à sceller des alliances avec lui et à se convertir à la nouvelle religion. En 628, il peut conclure avec les Mecquois le traité de Hudaibiya, par lequel il parvient, au prix de certaines concessions, à conférer à sa communauté un statut équivalent à celui des Mecquois. En 630, il réussit même à s’emparer de La Mecque sans coup férir. Les Mecquois, qui se sont opposés à lui depuis longtemps, finissent par se convertir à l’islam. Le temple de la Kaaba, qui est devenu le centre de l’islam, est dès lors accessible à tous les musulmans.

Après la conquête de La Mecque, l’autorité et le prestige de Mahomet se répandent dans toute l’Arabie, et les forces musulmanes parviennent jusqu’au sud de la Syrie. En 632, le prophète fait le voyage de Médine à La Mecque pour accomplir son dernier pèlerinage (hajj), appelé depuis Visite d’adieu. Il meurt peu après son retour à Médine et est enterré dans sa maison. Une mosquée est élevée au-dessus de son tombeau. Elle est considérée aujourd’hui comme l’une des plus importantes mosquées de l’islam.

3

La perception moderne

De nombreux exégètes modernes reconnaissent la véracité des faits rapportés par la tradition sur la vie de Mahomet, mais émettent des réserves sur les éléments miraculeux et surnaturels qui y sont rattachés. Tentant d’expliquer la vie et les activités de Mahomet par des facteurs économiques, politiques, sociologiques et psychologiques, un certain nombre de chercheurs ont souligné le rôle des routes commerciales de l’ouest de l’Arabie dans le développement des conditions sociales favorables à l’émergence d’une nouvelle religion, ainsi que dans la pénétration des influences juives et chrétiennes dans cette région. Aussi continuent-ils de rassembler tous les événements attestés et les conditions sociales qui prévalaient au début du viie siècle, afin de reconstituer les faits de la vie de Mahomet en tant que personnage historique.

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