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presse, histoire de la

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L'Aurore du 13 janvier 1898L'Aurore du 13 janvier 1898
Plan de l'article
6.1

Deux périodes dans le siècle

Pendant la première moitié du xixe siècle, le journal reste un produit rare et cher et qui évolue peu dans sa forme : la mise en page ne cherche pas à séduire et le texte, simplement découpé en colonnes, comporte peu de titres. Le journal est encore réservé à une élite cultivée et fortunée. En effet, le prix des journaux, vendus avant tout par abonnement, est grevé par le droit de timbre, taxe prélevée par les autorités sur chaque numéro diffusé. En 1826, le coût de cette taxe représente 47 p. 100 des dépenses du quotidien le Constitutionnel. Cependant, à partir des années 1830, la donne évolue.

6.2

Naissance d’une grande industrie

Les mutations techniques débouchent sur une industrialisation progressive. De 1810 aux années 1880 sont mis au point les presses à cylindre, l’impression recto verso, l’encre industrielle, les rotatives (1845), le papier bobine (1865), la photographie, la machine à écrire, la Linotype (1884, qui permet l’accélération de la composition et le moulage automatique des caractères). Ces progrès se marient à la modernisation des transports (chemin de fer, poste) et à celle des messageries de presse, qui révolutionnent la diffusion des journaux en instaurant un mode de diffusion au numéro, en kiosque, chez les libraires, par crieurs de journaux. Enfin, le télégraphe, puis les transcripteurs rapides (1830-1880), indissociables de la naissance des premières agences de presse (en France : Havas, en 1832), élargissent et accélèrent le marché des nouvelles en en améliorant la qualité informative. Partant de cette évolution et de l’inflation des tirages, l’entreprise de presse cesse d’être artisanale pour devenir industrielle et concurrentielle.

6.3

Expansion de la presse populaire en France

Cette expansion est rendue possible par la disponibilité des lecteurs. Plus on avance dans le siècle, plus le journal est prisé. La progressive généralisation de l’instruction, l’urbanisation, les soubresauts de la vie politique, le développement des moyens de communication aiguillonnent l’intérêt de la population pour l’information et les opinions que la presse répercute. Objet de médiation entre le citoyen et le monde, elle devient un guide, un moyen d’information, ainsi qu’un lieu de divertissement.

Cette évolution détermine la naissance des quotidiens populaires à grand tirage dans lequel l’information générale l’emporte sur l’information politique. En 1836, en France, Émile de Girardin baisse le prix de la Presse de 50 p. 100. La plupart des patrons de journaux l’imitent et, en 1863, Moïse Millaud, fondateur du Petit Journal, inaugure l’ère de la presse à 5 centimes. La généralisation de ces titres à 5 centimes génère un rapide accroissement des tirages.

Cette expansion n’est pas qu’une affaire de coût : les quotidiens s’adaptent aussi à l’attente sociale. Ils offrent une information simple et captivante pour des gens simples, en mettant en avant les recettes du fait divers et des feuilletons rédigés par de grandes plumes. D’où la fulgurante progression de la presse d’information populaire qui, dès les années 1870, écrase de sa supériorité le panorama médiatique. À terme, pour quelques dizaines de milliers d’exemplaires diffusés au début du siècle, des millions sont vendus chaque jour à la fin du xixsiècle. En témoigne le tirage global des quotidiens régionaux français qui diffusent à 2,8 millions d’exemplaires en 1885 pour 100 000 seulement en 1830. En témoigne également le poudroiement des quotidiens nationaux et la fulgurante ascension, entre 1880 et 1900, des « Quatre Grands » de l’époque : le Petit Journal, le Petit Parisien, le Matin, le Journal. La France connaît alors la plus forte diffusion en Europe avec l’Angleterre, ou The Daily Mail (quotidien à 1 cent) dépasse le million d’exemplaires.

6.4

La grande loi de liberté de 1881

La conquête essentielle et attendue de longue date de la liberté de la presse stimule plus encore l’entrée dans une ère nouvelle. Dès 1856, la presse non politique n’a plus à payer le droit de timbre. Cette mesure stimule le développement de la presse populaire d’information non politique. Mais la liberté politique de la presse constitue une étape autrement importante.

La naissance et la consolidation de la République parlementaire sonnent en effet le glas d’un régime procédurier, arbitraire, coercitif. La loi du 29 juillet 1881, sur laquelle est encore fondée la législation aujourd’hui, garantit une très large liberté d’expression et d’opinion. Elle simplifie les procédures administratives préalables à la création et à la diffusion d’un nouveau titre. Elle supprime les entraves préalables (censure, cautionnement). Elle prévoit la punition de l’incitation aux crimes, délits, à la désobéissance militaire, les offenses au président de la République et aux diplomates étrangers, les outrages aux bonnes mœurs, la publication de fausses nouvelles, la diffamation… C’est le régime de presse le plus libéral au monde et un modèle.

Cette révolution civique et républicaine donne au citoyen non seulement le droit de lire la presse mais le devoir de s’en emparer pour se forger une opinion dans le cadre du débat démocratique, dont le journal est un des principaux vecteurs (voir affaire Dreyfus). Par ce biais, la presse acquiert un statut central dans la société : elle devient l’instrument privilégié de la communication politique et sociale, et le symbole de sa démocratisation.

7

L’« âge d’or » de la presse

7.1

Croissance et modernisation

En Europe et aux États-Unis, la charnière des xixe-xxe siècles est une période faste, tant sur le plan de la diffusion, de l’industrialisation, que sur celui de la modernisation et de la professionnalisation du journalisme. Il est usuel de désigner cette période comme « l’âge d’or » de la presse. La révolution industrielle et socioculturelle entraîne une diversification et une multiplication des supports : quotidiens populaires, politiques ou exigeants (à l’image du Temps, ancêtre tutélaire du Monde), journaux d'abonnés, titres périodiques d’information générale ou spécialisée, ancêtres de nos hebdomadaires et de nos magazines (sport, femmes, loisirs, photographie, enfants…). À titre d’illustration chiffrée de cette croissance, notons qu’en 1870, la France compte 136 quotidiens nationaux et régionaux ; en 1914, elle en recense 322 ! Les tirages ont été multipliés par plus de 6 (de 1,42 million à 9,5 millions d’exemplaires quotidiens). Quant aux « Quatre Grands », leur tirage est passé, à lui seul, de 1 à 4 millions entre les années 1880 et 1914.

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