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presse, histoire de laArticle
Plan de l'article
Présentation ; De tout temps, les nouvelles circulent… ; Le cap de la Renaissance ; Le xviie siècle et la naissance des périodiques ; Le xviiie siècle : la presse, canal du politique ; Industrialisation, liberté et massification ; L’« âge d’or » de la presse ; L’entre-deux-guerres ; La presse depuis 1945 ; 1975-2000 : un état des lieux nuancé ; Au seuil du xxie siècle
Le fait divers et la dénonciation de scandales (affaire de Panamá), mais aussi la crise politique (affaire Dreyfus) sont au centre de la réussite de la presse ; le reportage, sur un modèle d’abord américain, s’ajoute à la bonne vieille recette de la chronique. Le journalisme évolue, se professionnalise. Aux États-Unis, les journalistes Joseph Pulitzer, Edward Wyllis Scripps et William Randolph Hearst conçoivent leur métier en fonction de l’urbanisation, de l’évolution de la société et de ses aspirations. À la fin du xixe siècle, le New York Times établit sa réputation en couvrant intégralement les événements nationaux et étrangers. En Angleterre, dès 1871, The New York Herald — une référence internationale — envoie sir Henry Morton Stanley à la recherche de l’explorateur David Livingstone. Il invente le reportage événement. En France, l’écrivain et journaliste Gaston Leroux rejoint l’expédition d’Adolf Erik Nordenskjöld dans l’Antarctique. Il câble ses papiers et offre au Matin l’exclusivité d’un reportage que les autres journaux ne pourront obtenir qu’une fois le bateau revenu à Boulogne. En 1904, Ludovic Nadeau couvre la guerre russo-japonaise. Il se rend célèbre quelques années plus tard en obtenant une interview de Lénine (1917). Avec le xxe siècle naissent donc une nouvelle presse et un nouveau journalisme qui ne sont plus ceux des chroniqueurs du xixe siècle qui, installés devant leur sous-main, dans leur bureau, « troussaient un article comme ils troussaient une fille, frisant leur moustache entre deux duels, bombant le torse dans les cafés des boulevards » (Wolgensinger, l’Histoire à la une : la grande aventure de la presse, Gallimard, 1993). Dans cette évolution, la presse profite aussi de la perpétuelle modernisation technique et logistique des services des agences de presse : Havas (France), Reuter (Grande-Bretagne), Wolf (Allemagne), Associated Press et United Press (États-Unis). La période de la Première Guerre mondiale, outre l’engagement propagandiste de la presse nationale, voit l’apparition de la presse des tranchées.
Les années d’après-guerre restent une période faste, durant laquelle, cependant, la presse écrite découvre la concurrence naissante de la radio. Au reste, le bilan de la guerre, qui a entraîné de juteux bénéfices (dus à l’appétit d’information de la population), est assez mitigé. Les grands quotidiens ont d’abord explosé — de 5,5 millions d’exemplaires en 1914 à 8,2 millions en 1917 —, puis ils chutent : 6,4 millions en 1918 et 4,4 millions en 1924. Ainsi « l’âge d’or » de la presse, lui aussi et malgré tout, se pare à son tour d’un voile endeuillé et l’univers des médias écrits s’apprête à évoluer. Jusqu’en 1939, sous l’influence de facteurs économiques, politiques, culturels et techniques, l’univers des médias écrits se modernise, s’étoffe, se spécialise et change de visage. On peut bientôt distinguer deux grandes familles : celle des quotidiens (un marché qui frôle déjà la saturation) et celle de la presse périodique et magazine en pleine expansion. Ces deux genres sont pour partie en concurrence, mais, pour l’essentiel, leurs représentants jouent sur les mêmes ficelles pour fidéliser et élargir leurs publics : diversification des sujets (affirmation de sujets clefs comme le sport, les jeux…), innovations techniques (mise en page, amélioration des procédés d’imprimerie, introduction de la photographie, etc.). Il s’ensuit une évolution importante de forme et de contenu, déterminée en grande partie par la relative dépolitisation de la presse d’information générale — même si celle-ci prend finalement parti, en France, dans le contexte de tension des années trente.
Du côté des quotidiens, le succès d’un nouveau venu, Paris-Soir (1930, tirage de 1,7 million d’exemplaires en 1939), masque en réalité une crise de langueur. Le marché quotidien français marque le pas, à l’image de la chute d’audience des « Cinq Grands » qui perdent entre 30 et 60 p. 100 de leur lectorat (aux quatre premiers évoqués s’est joint l’Écho de Paris). Cette perte est due à la fois à une crédibilité entamée par les affaires de vénalité et de diffamation (affaire Salengro et affaire Stavisky), aux effets de la concurrence et au fractionnement des lectorats, à la baisse des revenus publicitaires et au coût grandissant (charges salariales, coût technique) de ce qui est désormais une profession à part entière : le journalisme. Cette crise des quotidiens est due également à l’attraction de la presse périodique et à la vigueur de la presse de province qui a gagné en qualité d’information et à laquelle le public, friand d’informations locales, est de plus en plus attaché.
Une des particularités de l’entre-deux-guerres est donc l’émergence d’un vaste marché périodique : hebdomadaires politico-culturels, magazines d’information ou de divertissement spécialisés. La forte présence de ce secteur renvoie à une progressive évolution des pratiques de lecture. Outre le foisonnement des périodiques ou mensuels politiques (Vendredi, Marianne, Esprit et la Lumière, notamment, à gauche ; Candide, Gringoire ou Je suis partout à l’extrême droite) et syndicaux, le paysage médiatique accueille des revues littéraires et culturelles qui deviennent des références : la Nouvelle Revue française (NRF), les Nouvelles littéraires, entre autres. La presse magazine, inscrite en germe avant-guerre, se développe, surtout au cours des années trente. Elle influence elle aussi la forme des quotidiens (mise en page), tout en révélant les nouvelles préoccupations du public, à l’instar de la création du premier magazine radio, en 1928, Mon programme. Elle joue sur le succès des publications illustrées : la photographie est le grand vainqueur de cette période. Elle favorise l’envol des magazines, dont l’éventail s’élargit considérablement en quelques années. Outre la véritable institution de l’Illustration, d’autres titres photographiques s’installent : Miroir du monde, Regards, Miroir des sports, Voilà, Vu… Certaines réussites sont fulgurantes, comme celle de l’hebdomadaire Match (matrice de Paris-Match) qui passe de 0,5 à 1,4 million d’exemplaires entre 1938 et 1939. Par ailleurs se développent la presse du cœur, la presse enfantine, les hebdomadaires satiriques, la presse sportive et à sensation, la presse féminine, dont Marie-Claire (1937) est un emblème et une réussite, montrant le profit que l’on peut tirer du parti pris d’optimisme et de la logique du keep smiling empruntée aux Américains.
Après la parenthèse des années de guerre où se développe la presse clandestine, l’univers des journaux vit une profonde métamorphose. dès l’après-guerre, l’information écrite est sérieusement concurrencée par la radio. À la fin des années cinquante, la télévision à son tour devient une concurrente. le privilège sur l’information dont bénéficiait l’écrit depuis le xviie siècle est remis en cause par l’attraction des prouesses techniques de l’audiovisuel (information rapide, prise directe sur l’événement, image « vivante »), par les transformations des modalités de lecture et le recul du temps consacré à celle de la presse en particulier. Quoique certains, trop pressés et piètres prophètes, ont cru bon d’annoncer, dans les années soixante-soixante-dix, la « fin de l’écrit », la presse relève le gant, se modernise (impression, mise en page, élargissement du champ informatif), se spécialise et se plie, avec difficulté certes, mais sans dépérir, à la loi de plus en plus dominante, voire écrasante, de la mise en régie des titres (grands groupes multimédias) et, plus que jamais, de la concurrence économique. De cette évolution et de cette épreuve, les magazines sortent indéniablement vainqueurs.
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