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Heidegger, Martin (1889-1976), philosophe allemand.
Né à Messkirch, en région alémanique, Heidegger entreprend en 1909 des études de théologie catholique à l’université de Fribourg, puis de philosophie et de mathématiques, de sciences de la nature et d’histoire. En 1913, il est promu docteur, puis habilité en 1915 par le néo-kantien Heinrich Rickert. Mobilisé en 1917, il est nommé « Privatdozent » en 1919 à l’université de Fribourg, où il enseignera jusqu’en 1922. Professeur non titulaire à Marburg à partir de 1923, il publie en 1927 l’Être et le Temps, puis prend en 1928 la succession de Husserl, dont il a été l’élève à la chaire de philosophie de l’université de Fribourg. À cette occasion, il prononce sa leçon inaugurale : Qu’est-ce que la métaphysique ? Le 21 avril 1933, Heidegger est élu recteur de cette même université, fonction qu’il assume jusqu’en février 1934. Son adhésion en 1933 au parti nazi (NSDAP), suscite aujourd’hui encore de multiples controverses quant à son engagement réel envers l’idéologie hitlérienne, même si, quelques mois plus tard, il quitte le parti. Heidegger n’a en effet jamais regretté officiellement son adhésion, ni les choix qu’elle a impliqués. Quoi qu’il en soit, il quitte le rectorat en 1934 et ne publie plus jusqu’en 1947, année de la fameuse Lettre sur l’humanisme adressée à Jean Baufret. À la Libération, il est suspendu par les autorités françaises, et ne peut reprendre ses cours qu’en 1951. Son immense succès en France (où il rencontre Jacques Lacan, Georges Braque et René Char) date pourtant de ces mêmes années (colloque de Cerisy-La-Salle, 1955), et le philosophe exercera sur les penseurs français une influence considérable. Heidegger vivra ses dernières années retiré dans son village natal.
On peut diviser la pensée heideggerienne en deux périodes : la première se situe autour de l’année 1927, date de la parution de son œuvre capitale, Être et Temps (Sein und Zeit), la seconde débute dès avant 1935.
Penser l’être dans ses multiples variations, telle est pour Heidegger la tâche du philosophe, reprenant à son compte les propos d’Aristote (Métaphysique : « l’Être se prend en de multiples acceptions »). Il convient de renouveler cette pensée dont la métaphysique s’est arrogé le privilège du questionnement — ou, plus précisément, d’en retrouver les fondements. La question fondamentale que soulève Heidegger est donc celle du sens de l’être, qui se transformera par la suite en question de la vérité de l’être. Le projet heideggerien est, à ce titre, une radicalisation de la phénoménologie telle que l’a développée Husserl. Pour accéder à l’être, Heidegger pose le concept du Dasein, « être-là » : le porteur du sens de l’être, celui à travers qui l’expérience de l’être advient (da : « là », en situation). Cette compréhension de l’être peut être atteinte par l’entremise de l’« analytique existentiale », examen par le Dasein de ses propres catégories constitutives (existentiaux). La structure fondamentale du Dasein possède ainsi trois composantes. D’abord, l’« être-jeté » au monde (Geworfenheit) définit le Dasein dans la factualité, comme étant « toujours-déjà-là » dans l’existence (Existenz), et en même temps toujours en pro-jet, tourné vers l’avenir. Pro-jet de soi dans l’existence, être-au-monde, le Dasein est constamment en proie à la tentation de déchoir dans l’inauthentique, qui lui fait manquer la compréhension de la finitude qui lui est constitutive : son « être-pour-la-mort ». La découverte de la finitude, marquée du sceau de l’angoisse — Angst, modalité unificatrice du Dasein — ; qui est angoisse devant le néant, coïncide avec celle de la temporalité. Le temps devient ainsi la catégorie fondamentale du Dasein. Et comprendre la finitude, c’est pour l’homme prendre conscience de son destin, de la « possibilité extrême » de son histoire, qui est la mort. Enfin, le Dasein est toujours un « être-avec », « être-auprès-de » (Sein bei) : il est ainsi toujours déjà en relation avec d’autres étants, présence à l’autre, être humain et « ustensile », qui constituent l’Umwelt, « le monde autour ». La tâche de l’analyse existentiale consiste donc à mettre en lumière l’être-au-monde ; révéler l’être-au-monde dans sa temporalité ; distinguer le temps comme sens transcendantal de l’être.
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