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Plan de l'article
Présentation ; Un jeune homme précoce ; L’entrée en Résistance ; Sept mois au pouvoir ; Une longue traversée du désert
Mendès France, Pierre (1907-1982), homme politique français, président du Conseil pendant sept mois sous la IVe République, que son exigence de rigueur et de lucidité, composantes de ce que l’on a appelé le mendésisme, a imposé comme l’une des figures mythiques de la gauche française.
Né à Paris, issu d’une famille de négociants juifs de lointaine ascendance portugaise, il fait de brillantes études et remporte nombre de succès universitaires. Plus jeune avocat de France à l’âge de dix-neuf ans, docteur en droit deux ans plus tard, il s’impose rapidement comme l’un des espoirs du Parti radical auquel il a adhéré dès 1923. Il fait ses premières armes dans une circonscription réputée difficile, celle de Louviers (Eure). Il en est élu député en 1932, en dépit de sa qualité de Parisien et de son jeune âge, devenant ainsi le benjamin de la Chambre. Élu maire de Louviers peu après, il se spécialise dans les questions économiques et financières. Dans un contexte où les conséquences de la crise économique de 1929 atteignent la France de plein fouet, et contre l’orthodoxie budgétaire traditionnellement défendue par son parti pour rassurer les classes moyennes, il prône l’utilisation raisonnée du déficit budgétaire afin de relancer la croissance. Assez proche de la minorité réformatrice des jeunes-turcs animée par Gaston Bergery, il s’en tient cependant à l’écart, trop éloigné par tempérament des tentations autoritaires que révèlent certaines des entreprises de rénovation nées au sein de la gauche française.
Sous-secrétaire d’État au Trésor dans le second gouvernement Blum, de mars à avril 1938, mobilisé comme lieutenant d’aviation en 1939, il fait partie des parlementaires qui s’embarquent à bord du Massilia, quelques jours après l’armistice de juin 1940, pour continuer la guerre depuis l’Afrique du Nord. Arrêté et condamné par les autorités de Vichy pour désertion, il s’évade en 1941, rejoint le général de Gaulle à Londres en février 1942 et intègre les Forces aériennes françaises libres. Commissaire aux Finances au sein du Comité français de libération nationale (CFLN) en 1943, il est nommé ministre de l’Économie nationale du gouvernement provisoire de la République française (GPRF) formé en juin 1944, et, à ce titre, représente la France à la conférence de Bretton-Woods. Il démissionne le 5 avril 1945, à la suite d’un désaccord avec de Gaulle et René Pleven, ministre des Finances, au sujet de la politique en matière de lutte contre l’inflation — son plan d’austérité prévoyant un retrait des billets en circulation afin de stériliser les profits du marché noir avait été refusé, de Gaulle l’ayant estimé indéfendable, les restrictions continuant de faire sentir leurs effets. Peu après, l’engagement public de Mendès France en faveur du « non » au référendum de 1945 (équivalant à se prononcer pour le maintien de la IIIe République) signe une rupture définitive entre ces deux personnalités d’exception, dont les caractères s’accordent mal.
Réélu maire et député radical de Louviers, représentant la France au Fonds monétaire international (1947-1958), Pierre Mendès France intervient peu dans la vie politique jusqu’en 1953, date à laquelle il signe un article proposant de conclure la paix en Indochine, où la France s’enlise dans une guerre interminable, dans le magazine l’Express — dont il avait soutenu la création par Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud. Porté par une vague de sympathie émanant de l’élite moderniste de la haute administration et d’intellectuels comme Mauriac ou Merleau-Ponty, il n’obtient pas la présidence du Conseil en juin 1953, en raison de l’hostilité des démocrates-chrétiens du MRP qui le jugent trop peu européen. Il est investi par l’Assemblée un an plus tard (juin 1954), promettant, quelques semaines après le désastre de Diên Biên Phu (7 mai), de conclure la paix en Indochine dans un délai d’un mois, ce qui est accompli avec la signature des accords de Genève au mois de juillet. Il ne fait pas mystère de son hostilité au projet de Communauté européenne de défense (CED) qui paralyse la vie politique française depuis 1952. Ce projet, visant à intégrer l’Allemagne fédérale dans une structure de défense européenne pour empêcher son adhésion à l’OTAN, est rejeté définitivement par l’Assemblée nationale le 30 août, et conduit aux accords de Londres (octobre) entérinant cette adhésion que la France a voulu éviter. Enfin, Mendès France amorce le règlement du problème tunisien en prononçant, le 1er août à Carthage, un discours qui accorde au pays l’autonomie interne, devant ouvrir la voie à l’indépendance. Déterminé, indépendant des appareils et des partis, Pierre Mendès France surprend et séduit en fixant à son gouvernement des objectifs précis, et en faisant de leur respect une condition de son maintien au pouvoir. Initiateur d’un style nouveau, il prend l’habitude de s’adresser directement à l’opinion dans des causeries radiodiffusées, engage un vigoureux combat contre l’alcoolisme, fait distribuer du lait dans les écoles, relance la planification et cristallise l’espoir d’une partie de la jeunesse qui rejette la monotonie et le clientélisme de gouvernements interchangeables, incapables de répondre aux aspirations de la France de l’après-guerre. Mais les débuts de l’insurrection en Algérie (novembre 1955), face à laquelle il adopte une position très ferme, la montée du mouvement de protestation des petits commerçants emmené par Pierre Poujade, et l’hostilité de la classe politique, du MRP qui ne pardonne pas l’abandon de la CED aux communistes dont il a refusé les votes favorables lors de son investiture, en passant par tous ceux qui fustigent le « bradeur de l’Empire », provoquent la chute du gouvernement (6 février 1955). En 1956, il prend la tête du Front républicain, coalition électorale rassemblant les radicaux, les socialistes et les membres de l’Union démocratique et socialiste de la Résistance UDSR, la formation dirigée par François Mitterrand, mais le succès de cette alliance aux élections législatives ne lui vaut qu’un poste de ministre d’État dans le nouveau gouvernement, Guy Mollet lui ayant été préféré pour en prendre la tête. Opposé à ce dernier sur sa politique en Algérie, il démissionne en mai 1956 et s’éloigne progressivement du Parti radical qu’il n’a pas réussi à moderniser et qui penche de plus en plus vers la droite.
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