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verre (art)Article
Plan de l'article
Présentation ; L’Antiquité ; Le Moyen Âge ; De la Renaissance au XVIIIe siècle ; Les XIXe et XXe siècles ; Le verre en Orient
La fabrication de verre domestique connaît un déclin général en Occident avec la chute de l’Empire romain. Sous l’influence des Francs, les verriers d’Europe du Nord et de Bretagne continuent à produire des récipients utilitaires. Avec la christianisation, le verre sert de plus en plus aux usages liturgiques, comme les calices (calice à deux anses d’Amiens en verre bleu, Ve siècle, British Museum) ou les pièces offertes à l’occasion des sacrements du baptême et du mariage. À Cologne, où les verres à fond d’or continuent d’être produits, les sujets chrétiens succèdent progressivement aux portraits à partir du IVe siècle. La plupart des objets sont de couleur verte. La décoration était limitée à des motifs moulés simples, au filetage et à des plaques imitant les pierres précieuses. Les verres gravés présentent une facture assez malhabile. La difficulté des échanges les privant fréquemment de la soude importée d’Orient, les verriers du Nord se tournent vers la cendre de bois, réalisant un verre à base de potasse et de chaux. De fait, les verreries sont situées la plupart du temps dans les forêts qui fournissent du combustible et des cendres. Seuls les verriers installés dans les régions méridionales composent un mélange à base de soude obtenue à partir de cendres de plantes aquatiques importées de la Méditerranée, comme cela avait été le cas à l’époque romaine. L’art du verre connaît à partir du Xe siècle une véritable renaissance. Les verres soufflés sont fréquents, comme en témoigne la bouteille à long col conservée au musée de Bordeaux. Dès 980, la présence à Venise de phiolarii, fabricants de verres creux, de fioles et de flacons, est attestée. Ils se concentrent sur l’île de Murano pour éviter la propagation des incendies. La verrerie peut servir à des usages spécifiques, tels que les lampes (v. 1040, musée Saint-Jean, Angers) ou la médecine, mais aussi la gobeleterie, dont le moine allemand Théophile fait une spécialité française. On conserve de l’époque gothique quelques élégants exemples de gobeleterie, comme un pot et une coupe décorés de godrons (XVe siècle, musée des Arts décoratifs, Paris). En Allemagne, on fabrique des objets aux formes non dénuées d’originalité : des gobelets en trognons de chou, dont la surface est ornée de pastilles qui facilitent la prise en main, ou encore des bouteilles à cols multiples et recourbés, les Kuttrolf. Toutefois, les réalisations les plus notables de la verrerie occidentale à l’époque médiévale restent les vitraux au Nord et le verre de mosaïque dans l’Empire byzantin. Les mosaïques byzantines proviennent de la mosaïque hellénistique et romaine. Elles sont principalement constituées de petits cubes de verre, ou tesselles, scellés dans du mortier. Les tesselles, découpées dans des blocs de verre solide, peuvent être extrêmement complexes, avec des incrustations d’or et d’argent plombé. Les fenestrages dans les églises apparaissent dès le VIe siècle, mais les exemples les plus anciens ayant subsisté datent du Xe siècle. Le verre était coloré, puis découpé dans les formes exigées par le dessin. Des détails sont peints dans le verre, souvent à l’aide d’un émail brun. Les pièces sont ajustées dans des bandes de plomb et placées dans un châssis en métal. Cet art décline à la fin de la Renaissance mais connaît un renouveau au XIXe siècle.
À partir du XVe siècle, la verrerie de Murano obtient un succès considérable en adoptant, après la chute de Byzance, les techniques verrières orientales qui lui permettent de dominer le marché européen jusqu’au début du XVIIIe siècle. La contribution principale des Vénitiens réside dans le développement d’un verre extrêmement raffiné, en sodium dur d’une grande ductilité. Incolore, très transparent et connu sous le nom de cristallo, ce verre ressemble à du cristal de roche. Les premiers cristallo restent de forme simple, souvent embellis de motifs émaillés semblables à des bijoux. Des objets sont également soufflés dans du verre coloré et opaque. À partir du XVIe siècle, les formes deviennent plus légères et plus délicates. Un type de verre en filigrane est développé à Venise et largement imité. Avec des effets semblables à de la dentelle, des fils blancs opaques sont incorporés dans le verre et travaillés en motifs complexes. Certains récipients de verre blanc opaque sont entièrement soufflés et peints avec des émaux à la manière de la porcelaine chinoise. Des œuvres exécutées avec du verre travaillé à la lampe sont créées à Murano, tandis que la ville de Nevers acquiert une grande renommée pour ce type d’articles au XVIIe siècle. La technique de la gravure à la pointe de diamant convient particulièrement au verre à base de soude. Les fabricants de verre à travers l’Europe essayent de copier les Vénitiens dans leurs méthodes de production, leurs matériaux et leurs décorations. Bien qu’il leur soit interdit par la loi de quitter Venise et de divulguer les secrets de leur artisanat, de nombreux verriers de Murano s’exilent et installent des verreries dans toute l’Europe (Vienne, Bruxelles, Cassel, Cologne, Barcelone, Londres, Nevers, Lyon, Saint-Germain-en-Laye) : chaque pays développe alors sa propre « façon vénitienne ». Le verre allemand, à base de chaux et de potassium, plus épais et plus dur que le cristallo, se révèle particulièrement bien adapté à une décoration de gravure à la roue. Caspar Lehmann, à la cour de Rodolphe II à Prague, est l’instigateur du développement de la gravure au début des années 1600. Les coupeurs de verre et les graveurs de Nuremberg et de Potsdam deviennent célèbres pour leurs dessins exécutés dans le style baroque. En même temps, les verreries allemandes poursuivent la tradition du verre émaillé et peint à froid. La seconde découverte ayant permis de réduire la dépendance de l’Europe à l’égard de Venise est le verre à l’oxyde de plomb, inventé en Angleterre par George Ravenscroft vers 1676 (voir verre). Plus doux, plus brillant et plus durable que le cristallo, le verre à plomb anglais, ou cristal, est considéré comme le verre le plus fin du XVIIIe siècle. Le verre de table anglais domine les marchés européen et coloniaux et devient un modèle pour la production continentale. En dépit de l’interdit anglais, l’industrie verrière s’implante aux États-Unis à partir de 1708. Caspar Wistar et Paul Moulieg dans le New Jersey, ainsi que des artisans allemands émigrés, assurent son développement, qui gagne encore en importance après l’indépendance. La France possède au XVIIe siècle de grands centres de verrerie en creux à Nevers, à Orléans, à Nantes, à Paris et en Normandie. La ville de Nevers bénéficie d’une renommée particulière pour sa fabrication de figurines de fantaisie en verre filé et émaillé ou en pâte de verre. À Orléans, le Français d’origine italienne Bernard Perrot invente un procédé de fabrication des glaces par coulage sur des tables planes ou creuses. Enthousiasmé par cette innovation, que Perrot présente le 2 avril 1687 à l’Académie des sciences, Jean-Baptiste Colbert fonde la Manufacture royale des glaces en 1691 pour exploiter sa technique. Cette création fait suite à la découverte du secret vénitien de fabrication du verre plat, qui a permis à un atelier du faubourg Saint-Antoine de réaliser la fameuse galerie des Glaces à Versailles (1678-1683). Au cours du XVIIIe siècle, la gobeleterie se diversifie considérablement, particulièrement en ce qui concerne le verre à boire ; Saint-Quirin, en Moselle, en assure à l’époque la production la plus considérable d’Europe.
L’histoire des styles de verre aux XIXe et XXe siècles se caractérise par des progrès technologiques rapides et par la redécouverte, le perfectionnement et l’adaptation de méthodes plus anciennes de la verrerie d’art. L’une des inventions les plus marquantes du XIXe siècle est la technique du pressage mécanique qui autorise une production rapide et bon marché, permettant d’accroître de manière considérable le rôle du verre à usages industriel et domestique. Jusqu’alors, on imprime des dessins compliqués, ressemblant à de la dentelle, afin de compenser l’aspect trouble du verre, né du contact avec un moule plus froid. Des motifs plus simples voient le jour à partir des années 1840. Le verre coupé, plus onéreux, se démode en raison de la concurrence du verre pressé ; ce n’est que vers 1880 qu’il regagne une partie de sa popularité d’antan, avec ses motifs brillants et complexes, traduisant une virtuosité technique qui exploitait les propriétés rétractives du verre de qualité. En France, Saint-Louis (qui exploite la technique du cristal à la veille de la Révolution française) et la verrerie de la Reine (installée à Saint-Cloud, puis au Creusot) sont les deux principaux centres verriers de la période néoclassique. Ils fabriquent des verres « façon Bohême », c’est-à-dire du cristal à la potasse. Le verre de Bohême est alors particulièrement prisé en Europe. On apprécie également le cristal taillé à facettes, qui s’accommode de camées et de formes antiquisantes, dans le goût néoclassique alors en vigueur. Pour cette même raison, un certain nombre de techniques romaines sont réutilisées. Les usines de verre mettent au point une version du verre feuilleté à feuille dorée, appelé en Allemagne Zwischengoldglas. Des effets semblables à ceux du camée sont réalisés avec des incrustations de sulfure ; de la gravure au camée ainsi que de la coupe sont pratiquées par les artisans dès le milieu du XIXe siècle, atteignant leur apogée avec l’œuvre de Thomas Webb (verrerie fondée en 1837), à Stourbridge (Grande-Bretagne). Les presse-papiers sont souvent faits en millefiori rappelant le verre mosaïque si courant durant l’Antiquité. Le cristal de roche de la Renaissance inspire une technique de verre gravé poli à la fin du XIXe siècle. La Bohême continue à exceller dans la décoration gravée à la roue avec le travail d’artisans comme Dominik Biemann. D’autres méthodes, tel le verre orné, se pratiquent dans les usines de Bohême et sont copiées à travers l’Europe et les États-Unis. Des émaux transparents et des pastilles sont appliqués aux récipients, suivant le renouveau parallèle des vitraux. Entre 1890 et 1910, l’Art nouveau s’impose dans les pays occidentaux. Louis Comfort Tiffany aux États-Unis, Émile Gallé et la société des frères Daum (fondée en 1889) en France constituent les principaux artisans de ce style. Ils produisent des verres de formes naturalistes, aux lignes sinueuses, aux couleurs exotiques et aux effets de surface inhabituels. Après la Première Guerre mondiale, un regain d’intérêt pour une texture plus simple et pour une décoration plus géométrique voit le jour, ainsi qu’en témoignent les œuvres de René Lalique et de Maurice Marinot. Au début des années trente, du verre à plomb extrêmement clair, incolore et souvent gravé, est popularisé par plusieurs sociétés scandinaves et américaines.
La tradition du verre ciselé, typique de l’époque sassanide, est poursuivie par les artisans musulmans, qui fabriquent des récipients coupés en haut relief dont la plupart représentent des sujets animaliers ou floraux. On produit également du verre incolore aux motifs gravés à la roue. Les possibilités en matière de décoration sont étendues grâce à l’introduction de colorations émaillées cuites et de dorures, techniques venues d’Égypte et qui font la célèbrité des verreries de Damas. Des lampes de mosquée, des jattes, des gobelets et des bouteilles sont décorés de motifs géométriques. Leurs formes et leurs décors influencent plus tard la production occidentale, particulièrement celle de Venise.
En Chine, les premiers objets en verre, souvent fondus à partir de pains de verre préformés importés, restent de petite taille ; ils sont ciselés afin d’imiter les pierres dures comme le jade ou le corail. L’utilisation du verre pour rehausser les pierres semi-précieuses de la bijouterie et, plus tard, des flacons à priser est un thème récurrent dans le verre chinois. On ne connaît que peu de récipients en verre avant la construction de la verrerie du palais impérial de Pékin en 1680. Sous l’influence des jésuites à la Cour de Pékin, des récipients de verre soufflé dans le style occidental européen voient le jour. Les Chinois maîtrisent l’art du verre coupé au camée. Les récipients de verre chinois, aux parois généralement épaisses, sont caractérisés par des formes simples gravées à la roue, inspirées de la porcelaine. Au XXe siècle, ils influencent notamment Émile Gallé.
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