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Renaissance, art de laArticle
Plan de l'article
Présentation ; La civilisation de la Renaissance ; Le Quattrocento ; Le Cinquecento ; La diffusion de la Renaissance en Europe au XVIe siècle
À plusieurs égards, l’exemple de Léonard de Vinci est particulièrement représentatif de l’esprit Renaissance. Mathématicien, physicien, inventeur, peintre, architecte, ingénieur, il réalise une carrière cosmopolite qui lui fournit de multiples occasions de confronter son savoir et son expérience à des situations nouvelles. À travers ses recherches picturales, il s’attache à rendre le phénomène physique de la transmission de la lumière, de la matérialité de la transparence, du rapport entre le signe et le référent, etc. Dans l’Adoration des Mages (1481, galerie des Offices, Florence), il cherche à saisir la façon dont un événement apparaît dans la peinture et peut être compris par le spectateur comme un élément du récit. Il propose une synthèse édifiante de son art dans la Vierge aux rochers (1483-1486, musée du Louvre, Paris), où il expérimente la technique du sfumato, qui lui permet d’intégrer des transitions extrêmement subtiles entre les différentes zones de couleurs, prenant l’aspect d’une sorte de brume délicate ou d’effet vaporeux. Pour Léonard, l’art est une voie de connaissance et d’exploration du monde et non un moyen de projection de l’individualité de l’artiste ; c’est la raison pour laquelle son idéal réside dans une peinture qui ne trahit pas la main de son exécutant, mais qui dépasse les limites étroites d’un individu.
À l’image des Médicis à Florence, plusieurs grandes familles italiennes constituent des cours fréquentées par de nombreux artistes et lettrés. À Urbino, ville natale de Raphaël, le duc Federico da Montefeltro commande au Dalmate Luciano Laurana un palais dont l’architecture marque le passage de l’habitation défensive du Moyen Âge à la résidence conçue pour la représentation. Il s’entoure d’artistes recherchés, comme Melozzo da Forlì ou Baccio Pontelli (1450-1495), qui réalise pour lui en 1476 un étonnant cabinet (studiolo) en marqueterie. À Ferrare, la famille d’Este lance de grands travaux de réaménagement urbanistique et commande à Biagio Rossetti (v. 1447-1516) le palais des Diamants, dont le nom est évocateur de son aspect extérieur. Grâce à Cosmè Tura et à Francesco del Cossa, les seigneurs de Ferrare favorisent l’émergence d’une culture figurative émilienne, distincte de la tradition toscane, liée aux Médicis. Un peu plus tard, c’est la ville de Mantoue, patrie de Virgile, qui s’illustre à travers les grands travaux commandés par la famille Gonzague. Pour afficher sa grandeur, elle s’assure la fidélité de Jules Romain, le plus doué des élèves de Raphaël, peintre et architecte d’exception (palais du Tè, 1524-1530).
Au cours du XVIe siècle, les interrogations posées par les hommes de la Renaissance s’affirment de telle sorte qu’elles entraînent fatalement l’ébranlement des anciennes certitudes. L’Église est fortement mise en cause et Rome doit affronter la contestation croissante de son pouvoir temporel. En 1527, la ville est mise à sac par les troupes du Saint Empire romain germanique. Le catholicisme doit s’adapter aux bouleversements qu’implique la Réforme qui, rapidement, touche l’Europe entière. Par ailleurs, l’idéalisme anthropocentriste est confronté à l’émergence des théories héliocentriques de Copernic qui remettent en question les théories géocentriques (dans lesquelles la Terre est au centre géographique de l’Univers). De nouvelles certitudes s’éveillent, de nouveaux dogmes capables de réarmer les esprits saisis par le doute. L’art évolue dans les mêmes conditions. Le lent processus historique qui s’était établi au Quattrocento et qui avait conduit à la conviction d’un progrès désormais continu relève désormais du mythe. Pour comprendre les phénomènes qui nous entourent et pour introduire un semblant de cohérence dans un système qui apparaît dorénavant chaotique, on imagine des cycles historiques, qui partent des origines pour aboutir à la décadence en passant par une période d’apogée. La foi en la mimesis (représentation ou imitation de la nature) ne fait plus l’unanimité : il y a désormais ceux qui suivent les règles et ceux qui préfèrent la voie du caprice.
Au début du siècle, la scène artistique romaine est dominée par Raphaël et par Michel-Ange, tous deux ayant travaillé auparavant à Florence, ainsi que par l’architecte Bramante, originaire des Marches, très sollicité par le pape Jules II. À sa demande, il prend la direction de la construction de la nouvelle basilique Saint-Pierre. C’est cependant à travers le tempietto de San Pietro in Montorio (commencé en 1502, achevé vers 1510) que Bramante renouvelle le concept de monumentalité architecturale. Cet édifice, reproduit par de nombreux traités d’architecture tout au long du siècle, propose une synthèse entre l’architecture antique et l’esthétique de la Renaissance. Il établit ainsi un lien entre l’histoire de l’Église primitive et l’architecture antique, christianisant en quelque sorte une référence païenne. Par-delà cet exemple symbolique, en effet, la ville accueille les plus grands artistes venus de toutes les régions d’Italie, mais ne produit pas de style propre, comme celui qui caractérise l’architecture de Florence, de Venise ou d’autres villes d’Italie.
En 1504, Raphaël arrive à Florence pourvu d’une culture artistique élaborée essentiellement auprès de Pérugin et de Pinturicchio. Il s’engage d’emblée dans une peinture qui privilégie le contenu formel à travers d’importantes recherches techniques. Il s’efforce de peindre la nature comme un objet construit et choisi au service d’une beauté immanente : l’œuvre d’art doit contenir sa propre harmonie. Il rejoint Rome en 1508 pour être immédiatement associé aux entreprises les plus prestigieuses, notamment la décoration des chambres du palais du Vatican. Dans la fresque de l’École d’Athènes, composée en 1511, il cherche à représenter le savoir comme l’expression de la pureté, comme un produit de l’intellect né, non pas du monde de la nature, mais de celui des Idées. Sa peinture évoque ainsi la vertu des arts « innocents », qui ne doivent à aucun moment laisser entrevoir les traces du travail du créateur et les difficultés que celui-ci a rencontrées. On appelle cet idéal, fort répandu dans la culture du Cinquecento, la sprezzatura. Raphaël dirige à Rome un immense atelier qui lui permet de réaliser de très vastes entreprises de décoration, comme les Loges du Vatican.
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