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Renaissance, art de la

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Lippi (Fra Filippo), Vierge à l'Enfant et deux angesLippi (Fra Filippo), Vierge à l'Enfant et deux anges
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La diffusion de la Renaissance en Europe au XVIe siècle

L’équilibre géopolitique de l’Europe est bouleversé au XVIe siècle. Les guerres menées en Italie par la France et par l’Espagne ouvrent le pays à d’autres influences. Après l’assimilation du duché de Bourgogne, la France croit un moment qu’elle peut s’allier avec les Pays-Bas, dont la puissance économique émerge. L’Espagne est associée au destin des États allemands à travers l’empereur Charles Quint. L’Empire ottoman ne menace pas seulement les intérêts commerciaux de la république de Venise, mais met également les infidèles aux portes de l’Occident chrétien. Le capitalisme international se développe et accroît les échanges commerciaux, y compris des objets culturels comme les œuvres d’art. En bref, l’Europe entière cherche à s’approprier le modèle italien de développement, en mettant matériellement la main sur la péninsule fragilisée. L’admiration que suscite l’Italie renaissante s’accompagne d’un engouement pour son mode de vie, sa culture, ses œuvres d’art et de nombreux artistes italiens sont invités dans les cours européennes, du Portugal à la Russie.

5.1

La Renaissance au royaume de France

La rareté de la peinture de chevalet en France au XVe siècle laisse penser que l’art du vitrail et celui de la miniature constituent encore la majorité de la production artistique. Jean Fouquet, qui se rend en Italie vers 1445 (Vierge à l’Enfant entourée d’anges, v. 1452, musée royal des Beaux-Arts, Anvers) et Enguerrand Quarton, qui se forme sans doute au contact d’artistes flamands (Pietà de Villeneuve-lès-Avignon, v. 1455, musée du Louvre, Paris) comptent parmi les principaux peintres de l’époque. Les guerres d’Italie que mènent Charles VIII et ses successeurs donnent naissance à une longue tradition d’accueil des artistes italiens en France. Parallèlement, de nombreux artistes français se forment en Italie. Le paysage artistique français reste tout au long du siècle très lié au gothique flamboyant. Toutefois, le Val de Loire et la Normandie deviennent les premiers centres de diffusion du nouveau style.

Le pavillon d’entrée du château de Gaillon, dans l’Eure, dont la construction s’achève en 1510, constitue le premier exemple d’une architecture entièrement représentative du phénomène. Agrémenté de jardins à l’italienne et orné de sculptures provenant d’outre-monts, le bâtiment est commandé par le cardinal Georges d’Amboise, archevêque de Rouen et vice-roi de Lombardie. Le roi François Ier entreprend peu après la construction de ses premiers palais Renaissance : Blois, Chambord (dont le plan est parfois attribué à Léonard de Vinci) et Chenonceaux. Le grand escalier de Blois, achevé en 1524, démontre que les architectes ont alors assimilé les principes théoriques de la Renaissance.

Dans le domaine de la sculpture, on confie vite aux Italiens les entreprises les plus prestigieuses. Les frères Juste réalisent le tombeau de Louis XII, époux d’Anne de Bretagne, selon une typologie qui, à l’intérieur d’un petit temple à l’antique, intègre gisants, priants, scènes d’histoire en bas-relief et allégories en ronde-bosse (1515-1531, abbatiale de Saint-Denis). Vers le milieu du siècle, Philibert Delorme et Pierre Bontemps font évoluer vers une plus grande complexité le modèle des tombeaux royaux, en proposant l’arc de triomphe du tombeau de François Ier (abbatiale de Saint-Denis). Après 1525, François Ier établit à Paris sa résidence habituelle et réalise en Île-de-France des projets d’une envergure inédite. Le château de Madrid à Neuilly-sur-Seine, aujourd’hui détruit, présente une conception ouverte de l’architecture au moyen de terrasses et de loggias superposées jusqu’au toit. On assiste également à l’introduction de la polychromie dans la décoration par l’emploi de terres cuites peintes.

Vers 1530, le château de Fontainebleau devient le centre le plus actif de formation puis de diffusion de la Renaissance française (voir école de Fontainebleau). On y voit encore aujourd’hui les vestiges les plus représentatifs d’une décoration intérieure intégrant fresques, stucs, boiseries et matériaux inhabituels comme les cuirs retournés. Sebastiano Serlio, Rosso Fiorentino et le Primatice participent au projet. La peinture de cette époque est essentiellement représentée par l’art du portrait, auquel Jean Clouet donne un nouvel essor (Portrait de François Ier, v. 1534, musée du Louvre, Paris).

Au milieu du siècle, les artistes d’une nouvelle génération se réclament à la fois praticiens et théoriciens : les architectes Pierre Lescot (aile ouest du Louvre, 1546-1556) et Sebastiano Serlio (château d’Ancy-le-Franc, 1543-1545), les sculpteurs Jean Goujon (fontaine des Innocents, 1548-1549, Paris), Germain Pilon (les Trois Parques, 1585, musée national de la Renaissance, Écouen) et Ligier Richier (Tombeau de René de Chalon, église Saint-Pierre, Bar-le-Duc), ou les peintres Jean Cousin le Fils (1522-1594) et François Clouet tentent de proposer des œuvres au propos esthétique indépendant.

5.2

La Renaissance dans les contrées du Nord

L’implantation de la Renaissance dans les États allemands et aux Pays-Bas est contemporaine du phénomène qui se développe en France. Ces régions inaugurent une période de domination espagnole, après avoir passé le siècle précédent sous le régime du duché de Bourgogne, particulièrement ouvert aux nouvelles formes artistiques.

Albrecht Dürer est l’artiste allemand qui évoque le mieux le courant renaissant. Formé à Nuremberg, il fait plusieurs voyages en Italie au cours desquels il s’intéresse spécialement à la peinture de Giovanni Bellini. Il côtoie les humanistes italiens et cultive ses connaissances en mathématiques. Il exécute de nombreuses séries de gravures, qui autorisent la circulation des formes nouvelles dans un immense pays où les personnages sensibles à la Renaissance sont fort disséminés. Son contemporain, Matthias Grünewald, reste pour sa part attaché à la représentation de la mystique médiévale. Il réalise l’une des œuvres les plus remarquables de cette période, le Retable d’Issenheim (v. 1512-1516, musée d’Unterlinden, Colmar). Il s’agit d’un polyptyque composé de neuf grands panneaux montés sur deux ensembles de volets pliants destinés à encadrer le retable de Nikolaus Hagenauer, réalisé en 1505. Lucas Cranach l’Ancien, peintre officiel des princes-électeurs de Saxe en leur cour de Wittemberg, est plus connu comme proche du courant maniériste. Holbein le Jeune est quant à lui connu pour ses portraits et allégories (les Ambassadeurs, 1533, The National Gallery, Londres). Après avoir travaillé à Bâle, il est l’objet de sollicitations plus attractives en Angleterre et s’installe définitivement à Londres où il est accueilli dans les milieux aristocratiques.

Aux Pays-Bas, outre les œuvres de Quentin Metsys et de Mabuse, on connaît surtout l’école des maniéristes d’Anvers, qui permet le rayonnement du nouvel art, très lié aux expériences italiennes (Lucas de Leyde). En outre, Bruegel l’Ancien développe une peinture humaniste qui renouvelle l’iconographie par des sujets de vie quotidienne idéalisée.

5.3

La Renaissance dans les autres pays d'Europe

On trouve dans toute l’Europe des témoignages de la Renaissance artistique. Grâce à son insertion dans le Saint Empire romain germanique, l’Espagne prend une place de choix parmi les pays européens au cœur de la Méditerranée. Les mécènes espagnols confient rapidement la plupart de leurs travaux de décoration aux peintres et aux sculpteurs étrangers, qui favorisent l’émancipation des écoles locales. Le courant maniériste prend une place importante grâce notamment aux artistes Alonso Berruguete, Luis de Morales et, plus tard et dans un style très personnel, le Greco. Vers la fin du siècle, des artistes italiens participent au chantier de l’Escurial. Il s’agit de Luca Cambiaso mais surtout de Federico Zuccari et de Pellegrino Tibaldi.

Même lorsque les milieux intellectuels sont peu sensibles aux idées des humanistes, les cours font venir ponctuellement des artistes italiens ou italianisés. Dès 1475, des architectes italiens (Marco Ruffo, Pietro Antonio Solario) sont appelés à la construction du Kremlin de Moscou. À Cracovie, à la cour de Sigismond Ier Jagellon — dont l’épouse est Milanaise —, on trouve d’admirables exemples d’art renaissant. Le Portugal connaît vers le milieu du XVIe siècle une étonnante école de sculpture à laquelle participent des artistes normands. À la fin du XVIe siècle, la cour praguoise de l’empereur Rodolphe II devient l’un des plus importants centres du maniérisme.

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