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Conrad, Joseph

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Joseph ConradJoseph Conrad
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1

Présentation

Conrad, Joseph (1857-1924), écrivain britannique d’origine polonaise.

2

Une vie d’exil hantée par la culpabilité

Józef Teodor Konrad Korzeniowski, dit Joseph Conrad, naît près de Berditchev en Pologne (aujourd’hui en Ukraine) dans une famille noble, contrainte de s’exiler en raison de ses activités politiques. De son père, écrivain et traducteur de Vigny, Hugo et Shakespeare, il hérite son goût pour les lettres. Orphelin à l’âge de douze ans, il quitte la Pologne, alors occupée par les Russes, et gagne Marseille en 1874. Il fuit ainsi une enfance rongée par la solitude et renonce à défendre ce qu’il juge être une cause perdue, l’indépendance de son pays. Le jugement de ses compatriotes, pour lesquels ce départ est une trahison, lui instille un sentiment de culpabilité qui l’obsèdera toute sa vie et dont il cherchera à se libérer par le sophisme : la trahison n’est qu’apparente, de même que la loyauté n’est qu’illusion. S’étant fait engager sur des navires français, Conrad participe à un trafic d’armes au profit des carlistes espagnols, puis fait une tentative de suicide (1878). Entré au service de la marine marchande britannique, il devient capitaine après avoir opté pour la nationalité britannique (1886), et vogue, au cours des dix années qui suivent, dans le monde entier, plus particulièrement dans les eaux orientales. Son expérience, notamment dans l’archipel malais et sur le fleuve Congo en 1890, nourrit ses premiers ouvrages.

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Les premières œuvres

La publication de la Folie Almayer, en 1895, marque son entrée en littérature, et les romans qui suivent bientôt, Un paria des îles (1896), le Nègre du Narcisse (1897), Histoires inquiètes (1898), tous situés dans un décor maritime ou exotique, lui valent d’être aussitôt qualifié par la critique de « Kipling des mers du Sud ». Pourtant, au-delà du pittoresque et de l’aventure maritime, se profilent déjà quelques-uns des thèmes qui parcourent l’ensemble de l’œuvre : le remords lancinant de quelque obscure trahison, l’infinie solitude de l’homme aggravée par la puissance du mal, la solidarité active, l’acte généreux comme tentative de salut. Lord Jim (1900) déserte le navire dont il a la charge, passe sa vie à expier sa trahison, mais, à son tour trahi, est abattu pour une faute qu’il n’a pas commise : l’enchevêtrement des notions de bien et de mal, de trahison et de loyauté, de courage et de lâcheté rend impossible tout jugement moral ; ne restent que la solitude et la mort.

Inspiré par son voyage au Congo, Au cœur des ténèbres (1902) raconte comment Kurtz, un collecteur d’ivoire par métier, doublé d’un philanthrope par vocation, devient chef de bande et chasseur de têtes : dans un lieu primordial qu’est la jungle africaine, le civilisé (Kurtz), sans défense spirituelle, découvre avec dégoût le visage insoupçonné et abominable de l’humanité, ses instincts « oubliés et brutaux », tente de résister, mais capitule.

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Un chef-d’œuvre : Nostromo

La création artistique de Conrad atteint un sommet avec l’invention de Nostromo (1904), fruit de deux années d’intenses efforts, roman le plus puissant, mais aussi le plus sombre de son œuvre, roman ironique par excellence. Dans une petite république latino-américaine, riche en mines d’argent et sans cesse bouleversée par les révolutions, les destins individuels, qu’ils soient ceux d’idéalistes, de philanthropes ou bien de cyniques, ou bien destins de probes devenus traîtres, ne sont en définitive que les jouets d’un cycle infernal, celui de l’histoire. Tous les grands thèmes conradiens — l’exil, la trahison, la solitude, le désir de puissance, l’échec, l’aspiration au rachat, le vertige du néant — y sont rassemblés et magnifiés en un récit d’une sombre désespérance : aucune entreprise politique, aucune idéologie ne peut changer les hommes, immuables qu’ils sont ; l’histoire répète inlassablement son cours ; face à l’« immense indifférence des choses », l’action est une nécessaire et inutile aliénation. Résolument moderne par sa technique narrative, le récit est parcouru de retours en arrière, d’ellipses nombreuses, de surgissements successifs mais non chronologiques, qui, suspendant toute action dans l’inachevé et l’ambigu, contribuent à rendre le temps à jamais vide, à annihiler tout espoir de progrès.

Pour une présentation plus détaillée de l'œuvre, voir l'article Nostromo.

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