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Goethe, Johann Wolfgang vonArticle
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En 1774, Goethe publie les Souffrances du jeune Werther, roman épistolaire qui devait le rendre immensément célèbre en quelques mois. Cette histoire sentimentale tragique trouve ses racines dans l’amour sans espoir qu’il éprouve pour Charlotte Buff, la fiancée de l’un de ses amis. Il prête à Werther ses états d’âme les plus déchirants et en fait un jeune homme qui, vivant son amour pour Lotte comme une souffrance de tous les instants, laisse la passion le ronger et le pousse à mettre fin à ses jours. Ce personnage d’inspiration autobiographique cristallisera parfaitement le désenchantement et la mélancolie d’une génération : à sa publication, le roman provoque chez les jeunes gens un phénomène d’identification tel qu’il engendrera parmi eux une véritable vague de suicides. Au-delà de l’anecdote, cet ouvrage est le premier roman important de la littérature moderne allemande. En France comme en Allemagne, il servira de modèle à de nombreux récits qui se caractérisent par le goût de l’absolu, dans l’amour, l’art et la pensée.
Entre 1772 et 1775, Goethe rédige deux pièces de théâtre, Clavigo (1774) et Stella (1776), ainsi que plusieurs essais critiques sur des sujets littéraires. En 1773, il met la première main à son Urfaust (littéralement « Faust primitif » ou « Premier Faust »). Cependant, il se montre peu soucieux d’exploiter le succès de Werther et ne cherche guère à publier les œuvres de cette période, constituées pour une large part de textes fragmentaires et expérimentaux. À cette époque, il se fiance à Lili Schöneman, fille d’un riche banquier, mais sera vite embarrassé par l’atmosphère conformiste dans laquelle se complaît la jeune femme. Il se tournera alors vers la nature, où il trouvera une source d’inspiration pour de nombreux poèmes lyriques et des odes.
L’année 1775 marque un tournant dans la vie de Goethe, et donc dans l’histoire de la littérature allemande : cette année-là, Charles-Auguste, héritier du duché de Saxe-Weimar, invite le jeune poète à venir s’établir à Weimar, centre intellectuel et littéraire de l’Allemagne. Goethe accepte et accède ainsi au rang de conseiller de légation du prince. En 1776, Goethe s’installe à Weimar. Il ne quittera plus cette ville jusqu’à sa mort (à l’exception de son voyage en Italie) ; cependant, son influence se répandra sur l’ensemble du territoire germanique. Sa collaboration avec Herder et avec l’écrivain Christoph Martin Wieland, ainsi que son amour pour Charlotte von Stein à laquelle il adresse une abondante correspondance, lui permettent d’enrichir sa vie personnelle et intellectuelle. Mariée et cultivée, Madame von Stein, répondant à ses lettres en termes chaleureux mais toujours amicaux, lui enseignera en effet le renoncement et la maîtrise de soi. Son expérience des fonctions officielles lui apporte, en outre, une bonne connaissance du monde des affaires. Goethe occupe des postes importants au sein du gouvernement de Weimar ; nommé conseiller secret dès 1776, il devient ministre en 1782, année de son anoblissement. Il poursuit parallèlement ses travaux scientifiques, notamment en minéralogie, géologie, botanique et ostéologie ; c’est à lui qu’on doit la découverte de l’os intermaxillaire chez l’Homme. Durant les dix premières années passées au service du duché, il consacre moins de temps à écrire qu’à étendre ses connaissances et à leur trouver des applications utiles à la collectivité. Il compose toutefois quelques poèmes remarquables, inspirés par Charlotte von Stein, parmi lesquels la célèbre ballade intitulée le Roi des aulnes, que Schubert mettra en musique en 1815. Il entreprend également la rédaction, d’abord en prose, de certaines de ses créations les plus connues, comme la pièce de théâtre Iphigénie en Tauride (1786) ou les deux drames Egmont (1787) et Faust. Goethe remaniera ultérieurement ces trois œuvres, à la lumière du séjour qu’il fera en Italie. Sur le plan esthétique, ce qu’il rédige à cette période marque une évolution, depuis les tourments et le lyrisme du Sturm und Drang, vers un idéal de pureté et d’harmonie.
Plusieurs raisons incitent Goethe à partir pour l’Italie : lassé de son existence à la cour de Weimar, trop petite et trop provinciale, déçu par les résultats de ses efforts dans les domaines économique, social et politique comme dans sa relation avec Charlotte von Stein, il ressent le besoin de se régénérer. En Italie, il trouvera le nouvel élan artistique qu’il cherchait et aura la révélation de la grandeur du monde antique. Après la visite des villes du Nord et un séjour à Naples puis en Sicile, il s’établit finalement à Rome. La Ville Éternelle est à la hauteur de ses rêves de jeunesse, et son séjour est l’une des périodes les plus heureuses et les plus fécondes de son existence. Il y étudie l’art et l’architecture, se plonge dans les écrits des Anciens et découvre les œuvres de la Renaissance. Les connaissances qu’il y acquiert sur le classicisme, fondé sur l’harmonie, l’équilibre et la perfection des formes, font naître en lui le souhait d’aborder, dans sa propre création, des thèmes aussi universels que la sagesse humaine, la Beauté et la mesure de toute chose. Parmi les écrits datant de son séjour en Italie et de la courte période qui a suivi, on retient surtout les versions en vers de Iphigénie en Tauride (1786), d’Egmont (1787) et de Torquato Tasso (1789). Goethe consacre également beaucoup de temps et d’énergie à poursuivre son travail sur Faust. Une partie des travaux rédigés en Italie paraît en 1790 sous le titre Fragments ; cet ouvrage influencera profondément la littérature allemande par son sens de la mesure et de la discipline.
Dès son retour à Weimar en 1788, Goethe se heurte à diverses difficultés. Ses principes littéraires sont contestés et sa vie privée provoque un scandale à la cour — il vit maritalement avec Christiane Vulpius, fille d’un petit employé de bureau. Sans doute eût-il quitté cette ville, lassé de ses fonctions officielles, s’il n’avait été retenu par la direction de son théâtre de 1791 à 1817. Les facilités qui lui sont accordées par le duc pour mener à bien ses études scientifiques l’incitent également à rester dans ce centre artistique et intellectuel de grande renommée. Avec un essai sur la Métamorphose des plantes, qui paraît en 1790 et préfigure, dans une certaine mesure, les théories de Darwin sur l’évolution, il développe ses conceptions sur la morphologie comparée. Il donne aussi un traité intitulé Contribution à l’optique, publié en deux parties en 1791 et 1792, et qu’il complètera par De la théorie des couleurs en 1810.
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