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Plan de l'article
L’histoire des débuts du protestantisme est marquée par des guerres dont les causes sont en général autant politiques que religieuses. En Allemagne, les guerres de Religion du xvie siècle puis la guerre de Trente Ans au siècle suivant dévastent et affaiblissent durablement le pays. En France, huguenots et catholiques se livrent à une guerre sanglante, qui culmine en 1572 avec le massacre de la Saint-Barthélémy, au cours duquel plus de 3 000 huguenots sont assassinés (voir guerres de Religion). La paix civile est rétablie et la tolérance instaurée à l’égard des huguenots par le roi Henri IV, qui promulgue l’édit de Nantes en 1598 ; lors de sa révocation par Louis XIV, en 1685, beaucoup d’entre eux quittent la France. En Angleterre, la guerre civile entre Parlement et monarchie recouvre la division entre puritains et anglicans. Après le traité de Westphalie, qui met fin aux guerres de Religion allemandes en 1648, le protestantisme entre dans une période de consolidation. Une orthodoxie protestante est précisément définie et systématiquement appliquée tout au long du xviie siècle : on a appelé ce mouvement — insistant sur l’autorité sans faille de la Bible et sur une logique rigoureuse — « scolastique protestante », par analogie avec la théologie systématiste du Moyen Âge.
Au cours des années 1670 et en réaction à l’intellectualisme de l’orthodoxie protestante se développe en Allemagne un mouvement appelé le piétisme, dirigé par le pasteur allemand Philipp Jakob Spener. Les fidèles se réunissent par petits groupes au domicile de l’un d’entre eux, afin d’y étudier la Bible et de prier. Le piétisme met l’accent sur la conversion personnelle et la simple piété, plus que sur l’adhésion à des propositions théologiques correctes. Il se répand assez largement en Allemagne, en Scandinavie et aux États-Unis.
À la fin du xviie et au début du xviiie siècle, l’influence de la pensée scientifique se reflète dans diverses formes de rationalisme. On voit d’abord apparaître des courants comme l’arminianisme, qui rejette la doctrine calviniste de la prédestination absolue, ou le latitudinarisme, tendance tolérante et antidogmatique issue de l’Église d’Angleterre au xviie siècle. Le rationalisme introduit l’esprit critique dans la théologie et souligne que les croyances traditionnelles doivent être réétudiées à la lumière de la raison et de la science. Se préoccupant d’abord de la cohérence globale des doctrines plutôt que de points précis de la théologie, il réduit l’influence des orthodoxies rigides développées depuis le début du xviie siècle. L’expression achevée du rationalisme est le déisme, religion philosophique qui rejette la révélation, les miracles et les enseignements dogmatiques de toutes les Églises. D’autres formes de rationalisme protestant se développent au xviiie siècle, par exemple l’unitarisme, né en Europe au xvie siècle sous l’appellation de socinianisme, d’après le nom de l’oncle du réformateur italien Fausto Socini (1539-1604) dit Socinus, lui-même réformateur. Après 1689 et l’acte de Tolérance, l’unitarisme peut être prêché en Angleterre puis, au xviiie siècle, dans les colonies américaines (Nouvelle-Angleterre). Les unitariens refusent les doctrines de la Trinité et la divinité de Jésus-Christ, préférant insister sur son enseignement moral.
La réaction antiformaliste, qui a suscité le piétisme, se poursuit de son côté au cours du xviiie siècle. Plusieurs mouvements populaires se développent, qui font directement appel à l’expérience religieuse émotionnelle. En Angleterre, ce mouvement prend la forme du méthodisme, fondé par John Wesley et Charles Wesley, deux frères influencés par le piétisme et l’arminianisme. Au cours de grands rassemblements en plein air à travers toute l’Angleterre, ils prêchent la conversion personnelle et le souci des plus pauvres. Leur prédication contribue au regain de la ferveur religieuse dans la classe ouvrière britannique, jusque-là rebutée par le formalisme hautain de l’Église anglicane d’Angleterre. Désapprouvé officiellement, le méthodisme finit par se séparer de l’Église anglicane et devient l’une des confessions non conformistes. Dans les colonies américaines, l’évangéliste anglais George Whitefield entreprend une tournée de prêches qu’il tient au cours de grandes célébrations religieuses en plein air. Il inspire le premier Grand Réveil (Great Awakering), regain général d’enthousiasme religieux aux États-Unis.
Au cours du xixe siècle, le protestantisme s’élargit aux dimensions du monde au prix d’une intense activité missionnaire. De nouvelles sectes et tendances théologiques continuent à se manifester. Le théologien le plus influent du siècle est l’Allemand Friedrich Schleiermacher, qui présente la religion comme un sentiment intuitif de dépendance envers l’Infini (ou Dieu), ce qu’il suppose une expérience universelle de l’humanité. Cette primauté de l’expérience sur le dogme est également affirmée par l’école théologique du protestantisme libéral. Les théologiens libéraux, soucieux de réconcilier la religion et la science moderne, ont recours aux techniques historiques et critiques de l’exégèse biblique afin d’établir la distinction entre la part historique de la Bible et ce qu’ils considèrent comme des ajouts mythologiques ou dogmatiques.
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