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Vigny, Alfred de

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Vigny, ChattertonVigny, Chatterton
Plan de l'article
2.4

Poète et paria dans la société moderne

Poète, romancier et auteur dramatique, Vigny est l'une des figures marquantes du romantisme en France. Son œuvre se caractérise par un pessimisme fondamental, qui se fit de plus en plus prégnant au cours de sa vie et de sa production. Sa vision désenchantée de la société va de pair avec un thème qu'il développa à plusieurs reprises, celui du « paria ». Empruntant les traits tantôt du poète, tantôt du noble, parfois aussi du soldat, ce dernier est toujours un avatar de Vigny lui-même. S'il eut recours à des procédés et à des formes classiques en matière de versification, il se montra novateur en revanche dans l'utilisation qu'il fit des symboles — notamment des symboles bibliques —, qui annonce la modernité poétique de la fin du siècle.

3

Principales œuvres

3.1

Poèmes antiques et modernes

Publié pour la première fois en 1822 sous le titre Poèmes, puis en 1826 sous son titre actuel, et remanié à plusieurs reprises jusqu’à l’édition définitive de 1841, ce recueil est organisé en trois sections thématiques : le « Livre mystique », le « Livre antique » et le « Livre moderne ». Liés aux trois grands âges successifs de l'humanité, les poèmes reprennent des thèmes bibliques (« Moïse »), des thèmes de l'Antiquité romaine (« le Bain d'une dame romaine » ; « la Fille de Jephté ») ou des thèmes médiévaux (« le Cor », évocation de Roland) pour aborder ensuite la période moderne (« Paris » ; « Dolorida »).

Cette vaste traversée des différents moments de l'histoire de l'Homme se présente comme une épopée poétique, genre que les auteurs romantiques rêvaient de faire revivre. Vigny apparaît ainsi comme un précurseur de la Légende des siècles de Victor Hugo et des Poèmes antiques de Leconte de Lisle.

Pour une présentation plus détaillée de l'œuvre, voir l'article Poèmes antiques et modernes.

3.2

Cinq-Mars

Cinq-Mars (1826) est considéré comme le premier grand roman historique français, genre mis à la mode en Angleterre par Walter Scott dès 1819 et bientôt en vogue dans toute l'Europe. L'action du roman se situe au début du XVIIe siècle et a pour cadre la cour du roi Louis XIII. Il relate l'histoire du marquis de Cinq-Mars qui, homme de bravoure et de fermeté, sut gagner l'estime du roi en organisant un mouvement d'opposition au très puissant cardinal de Richelieu, lequel tenait le roi sous sa dangereuse influence. Par cet acte de bravoure, Cinq-Mars espérait conquérir l'amour de Marie de Gonzague ; cependant, des manipulations, des complots, des trahisons diverses amenèrent finalement le roi à abandonner son champion et permirent à Richelieu de triompher.

En choisissant cet épisode historique et en magnifiant le personnage de Cinq-Mars, Vigny prenait délibérément partie en faveur d'une aristocratie restée fidèle à l'idéal chevaleresque. Pour servir son propos, il modifia les faits historiques de manière sensible : l'histoire, en effet, rapporte que l'entreprise de Cinq-Mars était davantage dictée par l'ambition personnelle que par la fidélité au roi.

Au-delà des débats critiques assez vains qui s'engagèrent à l'époque sur ce sujet (Sainte-Beuve reprocha à l'auteur ses inexactitudes historiques), il reste, créé sous la plume de Vigny, un personnage rebelle et ténébreux, incarnant la figure idéale du romantisme légitimiste.

Pour une présentation plus détaillée de l'œuvre, voir l’article Cinq-Mars.

3.3

Romans de la désillusion

Après Cinq-Mars, Vigny abandonna le roman historique pour se consacrer au « roman philosophique », selon sa propre expression, c'est-à-dire à des récits qui seraient l'expression philosophique de sa désillusion. Le premier, Stello (1832), est un récit sur la fatale destinée des poètes, le second, Servitude et Grandeur militaires (1835), est un récit sur la fatale destinée des soldats.

Dans ces deux romans, Vigny propose une même épopée de la stérilité, dominée par son amertume et son pessimisme : le lecteur y assiste à la mort de toute spiritualité, et constate le destin cruel que la société réserve aux êtres noblement dévoués à leur idéal, c'est-à-dire le poète, le soldat ou le croyant.

3.4

Chatterton

Marquée par l'influence du romantisme anglais, cette pièce (1835) est librement inspirée par la vie du poète anglais Thomas Chatterton. Dans la pièce de Vigny, Chatterton est un jeune poète londonien, incarnation parfaite de l'esprit romantique. Il compose anonymement ses œuvres et vit misérablement dans une chambre louée à l'industriel John Bell, un « nouveau baron du monde moderne ». Dans son combat, Chatterton reçoit l'appui de l'épouse de John Bell, Kitty, dont il est amoureux, et celle d'un quaker qui se dit vivement anticapitaliste au nom des valeurs religieuses.

L'élévation de pensée et de sentiment de Kitty Bell et de Chatterton s'oppose de façon manichéenne à la vulgarité des viveurs, à la suffisance des gens en place. Différents quiproquos, interprétés comme les manifestations de l'acharnement du destin, mènent Chatterton au désespoir : il voit la paternité de ses œuvres contestée et Kitty se détacher de lui. Vaincu après une lutte inégale, il finit par brûler ses manuscrits avant de se donner la mort.

La pièce ne développe pas une intrigue complexe, mais peint la descente aux enfers du héros, donnant au romantisme une de ses expressions les plus contenues et les plus denses. Vigny y aborde son thème le plus cher, celui du poète paria, méconnu et méprisé dans la société moderne, qui le condamne à la solitude, à l'incompréhension, à la persécution et à la misère.

Pour une présentation plus détaillée de l'œuvre, voir l’article Chatterton.

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