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Plan de l'article
Engels, Friedrich (1820-1895), économiste politique révolutionnaire allemand et cofondateur, avec Karl Marx, du socialisme dit « scientifique », par opposition au socialisme utopiste d’Étienne Cabet, Claude de Saint-Simon et Pierre Joseph Proudhon notamment. Engels est né à Barmen (actuellement intégré à Wuppertal) dans une famille protestante fortunée. Son père était industriel dans le textile. Après avoir travaillé quelque temps dans les affaires familiales et effectué son service militaire, Engels reprend ses études à l’université de Berlin, où il se lie d’amitié avec plusieurs étudiants hégéliens : Bruno Bauer, David Friedrich Strauss et Arnold Ruge. Il est également influencé par les thèses de Ludwig Feuerbach. Tout comme Karl Marx, cette découverte de la philosophie hégélienne et du matérialisme de Feuerbach le marque profondément : la philosophie de l’histoire d’Engels est matérialiste, dans la mesure où il estime que les hommes sont des produits des circonstances et de l’éducation ; mais elle est également influencée par la dialectique hégélienne, puisque ce matérialisme s’efforce de percevoir les contradictions qui peuvent exister dans les rapports des hommes et de leurs conditions de vie.
Travaillant dans l’entreprise textile familiale à Manchester de 1842 à 1844, Engels entre en contact avec le chartisme, mouvement en faveur de l’extension du droit de vote aux travailleurs. Il contribue au Northern Star et à d’autres périodiques, et réalise une étude d’économie politique. Son expérience et ses études l’ont persuadé que la politique et l’histoire ne se laissent appréhender qu’en termes de développement économique de la société. Il voit dans les maux sociaux de l’époque le résultat inéluctable de l’institution de la propriété privée ; ceux-ci ne peuvent, selon lui, être éradiqués que par la lutte des classes, aboutissant à la société communiste. Ces thèses sont formulées dans une étude historique, Die Lage der arbeitenden Klasse in England (la Situation de la classe laborieuse en Angleterre, 1844), qui établit la réputation d’économiste politique révolutionnaire d’Engels. En 1844, à Paris, Engels retrouve Marx, qu’il avait déjà rencontré en Allemagne. Constatant qu’ils étaient l’un comme l’autre parvenus à des conclusions identiques, ils se mettent à travailler ensemble. Cette collaboration multiforme, qui ne prend fin qu’à la mort de Marx, en 1883, consiste avant tout dans l’exposition systématique des principes du communisme, connu plus tard sous le nom de marxisme. Marx et Engels élaborent ces principes en puisant d’abord dans la philosophie. Mais ils ne se bornent pas à faire œuvre de philosophe : Marx s’intéresse à la pensée politique, à l’économie politique et à l’histoire économique ; Engels, à la philosophie des sciences, notamment des sciences naturelles, et à l’anthropologie. Ainsi, si le marxisme a cette réputation de grille d’analyse universelle, c’est en partie à Friedrich Engels qu’il le doit. Sans lui, le matérialisme historique n’aurait pu prétendre à l’universalité. Friedrich Engels apporte également à Karl Marx son expérience d’industriel et sa connaissance des conditions de vie du prolétariat. Engels est enfin le soutien financier de Karl Marx : il travaille jusqu’en 1869 dans l’entreprise familiale afin de pouvoir aider matériellement son ami, exilé à Londres et sans ressources. Nombreux sont les ouvrages fondateurs du marxisme qui résultent de cette collaboration. Le Manifeste du parti communiste, qui a influencé toute la littérature communiste ultérieure et qui est considéré comme l’exposé classique des conceptions communistes modernes, paraît en 1848. Il a été rédigé par Marx, en partie sur la base d’une ébauche d’Engels. Les contributions d’Engels à l’exposé théorique du communisme comprennent les principaux ouvrages suivants : Herr Eugen Dührings Umwälzung der Wissenschaft (Monsieur E. Dühring bouleverse la science, communément appelé l’Anti-Dühring, 1878), dont plusieurs chapitres, publiés séparément sous le titre Socialisme utopique et scientifique (1892), sont devenus un des plus célèbres exposés de base du socialisme, Der Ursprung der Familie, des Privateigentums und des Staats (l’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, 1884), dans lequel Engels stigmatise la division du travail entre les sexes et revendique l’affranchissement de la femme par la suppression de la famille, conçue comme une unité économique, l’abolition de la propriété privée et la disparition de l’État et Dialektik der Natur (la Dialectique de la nature, 1873-1883, mais publié seulement en 1925), qui fonde le matérialisme dialectique sur la réalité des lois objectives dans la nature. Cependant, la plus grande contribution d’Engels au marxisme a consisté en la publication, après la mort de Marx, à partir de brouillons et de notes, des deuxième et troisième tomes du Capital de Marx.
Outre sa contribution à l’élaboration de la théorie marxiste, Engels participe activement à la construction du mouvement révolutionnaire de son temps. Dès 1845, Engels et Marx entrent dans la Ligue des justes, qui donne naissance, en 1847, à la Ligue communiste. De retour en Allemagne, Engels prend part à la révolution de 1848. Exilé avec Marx en Grande-Bretagne en 1849, tous deux continuent à diriger depuis Londres les activités de la Ligue communiste en Allemagne. En 1864, Engels et Marx participent à la création de la Ire Internationale ouvrière, le premier déchargeant progressivement le second des tâches que, malade, il ne peut plus assurer. Membre du conseil de la Ire Internationale, président d’honneur de la IIe Internationale (1893), Engels joue le rôle de conseiller auprès des socialistes marxistes de tous les pays, et ce, jusqu’à sa mort, en 1895. Il intervient notamment de très près dans la constitution des partis socialistes allemands et français, et dans le développement du socialisme russe et italien. Il participe par exemple à la rédaction du Programme d’Erfurt du Parti social-démocrate allemand. Il lutte également contre Bakounine et l’anarchisme. Son influence sur la formulation des programmes et des politiques socialistes a été fondamentale.
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