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jeunesse, littérature pour la

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John BunyanJohn Bunyan
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3.2

Un lectorat à part entière

Vers 1750, la boutique de John Newbery, située à proximité de la cathédrale Saint-Paul, attire à la sortie du service religieux les enfants de la bourgeoisie londonienne, qui y découvrent la Juvenile Library : romans imprimés sur un papier de qualité, illustrés par des dessinateurs de talent (notamment Thomas Bewick) et rédigés par des écrivains sensibles au monde de l’enfance. Avec l’essor de la bourgeoisie, John Newbery pressent l’émergence d’un nouveau lectorat à qui il faut offrir une « matière à lire » (qui soit en rapport avec son âge et son statut) et en même temps de qualité. Cependant, il limite sa production spécialisée, ne se hasardant à publier qu’une demi-douzaine de livres purement récréatifs comme Little Pretty Book (qui contient l’histoire de Jack-the-Giant-Killer) ou Margery Two Shoes. La plupart de ses autres ouvrages restent didactiques et moralisants.

Plus d’un siècle plus tard paraissent, en France, les premiers livres écrits à l’intention des jeunes. Le phénomène, cette fois, est massif : les mentalités ont sensiblement évolué. La loi Guizot de 1833, qui fait obligation à chaque commune d’avoir une école élémentaire, crée un énorme public potentiel de lecteurs. La bourgeoisie s’affirme comme une force sociale, l’instruction s’étend, la presse et les journaux pour jeunes se développent. En 1832, dans le Journal des enfants paraissent les Mésaventures de Jean-Paul Choppard de Louis Desnoyers, l’un des premiers exemples de roman dont l’intrigue se démarque de l’inévitable leçon de morale : un enfant fugueur, non exemplaire, non « vertueux », amené à vivre avec des bohémiens, y tient le premier rôle. Le roman pour jeunes est né. Il reste aux éditeurs à organiser le phénomène.

3.3

Un phénomène éditorial

Pierre Jules Hetzel et Louis Hachette, comme John Newbery avant eux, s’insurgent contre la qualité médiocre des ouvrages s’adressant à la jeunesse et font appel à des auteurs reconnus. Aux écrivains « spécialisés » de la première partie du siècle, femmes, hommes d’Église, éducateurs surtout, succèdent des romanciers professionnels — ou qui le deviennent à cette occasion : la comtesse de Ségur, Jules Verne, Jules Sandeau, Hector Malot, George Sand, Alexandre Dumas, Charles Nodier.

La Libraire Hachette crée en 1855 la « Bibliothèque rose », collection exclusivement destinée aux jeunes, qui propose des livres à couverture rose disponibles partout à bas prix, y compris dans les gares. Une place de choix est accordée aux romans de mœurs de l’enfance. Louis Hachette conclut notamment un contrat avec la comtesse de Ségur, stipulant que l’auteur cède à la maison Hachette le droit de « publier une édition de 5 000 exemplaires » d’un ouvrage intitulé Contes à mes petites-filles. Les Mémoires d’un âne rapporte à lui seul plus de trois millions or, et la comtesse de Ségur doit écrire deux romans par an jusqu’en 1871 (les Petites Filles modèles, 1859 ; les Malheurs de Sophie, la Fortune de Gaspard, 1864 ; Un bon petit diable, 1865 ; le Général Dourakine, 1866), tous illustrés par de grands artistes, parmi lesquels figure Gustave Doré. Sans doute ce succès s’explique-t-il d’abord par la nature des intrigues qui composent ces ouvrages. Malgré leur mièvrerie apparente et leur cruauté, l’univers qu’ils évoquent est réaliste : désormais l’enfant-lecteur peut s’identifier aux enfants-héros.

3.4

La volonté d’instruire

Le développement de l’instruction primaire (voir histoire de l’enseignement) s’accompagne de l’émergence d’une littérature documentaire d’information scientifique et technique, qui se développe parallèlement à la littérature d’imagination. Ce contexte éducatif est à l’origine de la célèbre revue le Magasin illustré d’éducation et de récréation, fondée par Pierre Jules Hetzel. Le premier numéro paraît en 1864. Pas moins de trente-huit ouvrages illustrés de 5 000 dessins vont paraître par le biais de cette revue. Autour d’Hetzel, les écrivains sont groupés selon leur spécialité : Jean Macé se consacre aux livres scientifiques et instructifs, Jules Verne au roman d’aventures, Jules Sandeau et Hector Malot aux romans « domestiques ». L’édition pour la jeunesse progresse au point de permettre à Hetzel de renoncer dès 1872, à l’exception de quelques œuvres, à tout ce qui ne concerne pas l’enfance et la jeunesse. Le livre pour enfants est définitivement passé dans les mœurs.

3.5

Un phénomène mondial

À l’étranger, la littérature pour la jeunesse se développe également, et plusieurs écrivains se tournent vers ce nouveau public. Au Royaume-Uni, Lewis Carroll publie ainsi les Aventures d’Alice au pays des merveilles en 1865 et sa suite, De l’autre côté du miroir, en 1872. Comme ces ouvrages, l'Île au trésor de Robert Louis Stevenson (1883) et le Livre de la jungle de Rudyard Kipling (1894) sont devenus des classiques. De même apparaissent aujourd’hui comme des chefs-d’œuvre de la littérature pour la jeunesse Heidi (1880) de l’écrivain suisse Johanna Spyri, dont l’héroïne est une petite fille pleine d’allant vivant dans les Alpes suisses ; les Aventures de Pinocchio (1881-1883) de l’Italien Carlo Collodi, texte à visée ouvertement éducative qui relate les malheurs d’une poupée de bois qui fait les quatre cents coups mais parvient finalement à devenir un enfant ; ou encore le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson (1906-1907) de Selma Lagerlöf, écrit directement pour le public scolaire, dont le personnage principal traverse la Suède sur le dos d’une oie. Le regain d’intérêt pour le folklore enrichit, comme au temps de la culture orale, le registre des mythes, des légendes et des histoires merveilleuses. Dans cette veine, les frères Grimm composent des recueils de contes qui sont publiés entre 1812 et 1815 et traduits dans le monde entier (Contes de Grimm). Les enfants ne cessent pas, pour autant, de lire les œuvres prévues à l’origine pour les adultes. Aussi les romans de chevalerie de Walter Scott font-ils les délices de bon nombre de jeunes lecteurs. Il en va de même pour certains récits de James Fenimore Cooper ou d’Alexandre Dumas (le Comte de Monte-Cristo, les Trois Mousquetaires…), ou encore pour les récits policiers (séries des Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle). Ils montrent une fois de plus combien le développement de la littérature populaire et celui de la littérature pour la jeunesse sont intimement liés.

3.6

Les livres illustrés

Progressivement, l’importance de l’image est prise en considération, et une tradition du livre illustré pour enfants se développe. Des écrivains, véritables précurseurs de la bande dessinée, commencent à agrémenter leurs récits de vignettes. Le texte n’est pas intégré à l’image mais figure généralement dessous. En Allemagne, Wilhelm Busch met en images, dès 1860, l’histoire d’une souris qui perturbe le repos des braves gens ; mais ce sont surtout les aventures de deux garnements, Max et Maurice, publiées en 1865, qui font sa célébrité. En France, Christophe compose à partir de 1873 des récits illustrés : la Famille Fenouillard, 1889-1893 ; les Aventures du sapeur Camember, 1890-1896 ; le Savant Cosinus, 1893-1899.

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