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Faulkner, WilliamArticle
Plan de l'article
Présentation ; « Il écrivit ses livres et mourut » ; De la mise en fiction de la réalité à la recréation d’un monde ; Les relations interethniques dans l’œuvre faulknérienne
« J’ai découvert que mon propre petit timbre-poste de terre natale valait la peine de l’écriture, que je ne vivrais jamais assez longtemps pour l’épuiser […] ; c’est ainsi que je me suis créé un univers bien à moi. » Cet espace microcosmique, c’est le comté de Yoknapatawpha, lieu mythique dont l’arpentage s’étend sur quinze des dix-neuf romans publiés du vivant de Faulkner. Ce comté correspond sans nul doute à celui de Lafayette. L’œuvre littéraire ne se limite cependant pas à une simple transposition, à la seule mise en fiction de la réalité : quelle que soit, au final, l’importance du lieu, de son ancrage précis (et on ne saurait la minimiser, dans la mesure où c’est dans la géographie, dans la terre ancestrale, plutôt que dans l’histoire de la défaite, que peut se forger et surtout s’assumer l’identité sudiste), le romancier (re)crée tout un monde, à partir de là, macrocosme universel et intemporel.
Faulkner dessine une carte de Yoknapatawpha dans Absalon ! Absalon ! (Absalom! Absalom!, 1936) et précise à cette occasion la composition de la population vivant dans le comté. D’un roman à l’autre, on retrouve les mêmes protagonistes, parmi lesquels se détachent quelques membres des familles Sartoris, Compson, Sutpen et Snopes. Cette population mêle des personnages de toutes provenances, leurs origines étant explicitées dans le cas des Blancs et des Indiens, non dans celui des Noirs.
Faulkner paraît en effet avoir dévolu aux Noirs (qu’il s’agisse de Dilsey dans le Bruit et la Fureur, de Lucas dans l’Intrus (Intruder in the Dust, 1948), de Nancy Mannigoe dans Requiem pour une nonne) un rôle particulier, tragique, dans la poétique de son œuvre : ceux-ci semblent se trouver là pour servir de victimes expiatoires au péché originel des Blancs. Sans racines propres, sans histoire ni devenir, ils ne sont pas placés en position d’acteurs, mais subissent les événements, indépendamment de leur identité individuelle ou collective. C’est, d’une manière particulière mais paroxystique, le cas de Joe Christmas dans Lumière d’août (Light in August, 1932) : son existence, en tant que Noir, dépend d’éléments extérieurs. En fait, à des degrés divers, aucun personnage ne peut maîtriser son avenir : la prédestination domine les groupes comme les individus, les obligeant à affronter indéfiniment leur passé ; c’est en quelque sorte le règne du temps, qui s’infiltre dans tous les espaces.
En dépit de cette logique puissamment fantasmatique du sacrifice, la malédiction qui frappe le Sud, condamnation née de l’esclavage (ou, éventuellement, des exactions commises contre les Indiens, comme le suggère la nouvelle The Bear), ne semble cependant pas pouvoir être surmontée. Les personnages fictifs ont beau tenter de réécrire l’histoire, au propre (Ringo et Bayard Sartoris qui, dans l’Invaincu (The Unvanquished, 1938), s’apprêtent à rejouer avec des morceaux de bois le siège de Vicksburg) comme au figuré, ils sont rattrapés par le temps. Du moins les vertus d’endurance et de résistance prêtées aux Noirs permettent-elles peut-être d’accepter cet état de disgrâce.
Mais cette place que le romancier leur assigne dans son œuvre ne se retrouve pas nécessairement dans la réalité, à une époque où les descendants des esclaves inscrivent la quête de leurs origines parmi leurs revendications et cherchent un sens à leur histoire. Ainsi, même lorsque Faulkner s’engage à titre personnel en faveur des Noirs — contre l’avis des autres Blancs de sa région —, il se trouve en tant qu’écrivain comme débordé par leur mouvement. La reconnaissance tardive de Faulkner aux États-Unis n’est peut-être pas terminée : selon Édouard Glissant, en effet, si les Noirs américains hésitent encore à « intégrer cette œuvre à leur devenir » et à en faire la « critique interne », c’est l’ensemble de leurs concitoyens qui n’a toujours pas reconnu « le plus grand écrivain de ce siècle pour ce qu’il est », tous les Américains qui ne l’ont pas admis « comme réellement un des leurs ». William Faulkner a obtenu le prix Nobel de littérature en 1949 et le prix Pulitzer en 1954 et 1962.
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