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ÉgypteArticle
Plan de l'article
La première dynastie de sultans mamelouks, les Bahrites, gouverne l’Égypte jusqu’en 1382. Certains sont des dirigeants remarquables, tel Baybars Ier, qui arrête, en 1260, l’avancée des Mongols. Deux autres invasions mongoles sont repoussées par les mamelouks, qui chassent également les croisés de la région auxquels ils reprennent Saint-Jean d’Acre, leur dernière place forte en Palestine. À la fin du xiiie siècle, le sultanat s’étend vers le nord jusqu’aux frontières de l’Asie Mineure. L’Égypte, dotée d’une administration modèle, détient le monopole du commerce des épices vers l’Occident chrétien et commerce, malgré l’interdiction papale, avec les Vénitiens et les Génois. Au Caire sont édifiés de somptueux monuments. La seconde dynastie de sultans mamelouks, les Burjites, d’origine tcherkesse, renoue avec l’instabilité politique et les luttes de pouvoir. La situation économique se dégrade : avec la découverte de la route du cap de Bonne-Espérance, en 1498, l’Égypte perd son rôle commercial. Désormais, la route des Indes passe par l’Afrique du sud. En Asie Mineure, une nouvelle puissance est née après la prise de Constantinople, en 1453, par les Turcs ottomans. En 1517, l’Égypte est conquise par les troupes du sultan ottoman Sélim Ier. L’Égypte demeure sous la suzeraineté de l’Empire ottoman jusqu’au démembrement de celui-ci, après la Première Guerre mondiale. En réalité, les Turcs n’exercent un contrôle réel sur le pays que durant une période très brève. Les mamelouks, en effet, continuent d’être employés dans les gardes personnelles des 24 beys, qui gouvernent les districts sous l’autorité du pacha, lequel est nommé à la tête de la province par la Sublime Porte. Très rapidement, ils deviennent à leur tour gouverneurs et s’assurent la plus grande part du produit de l’impôt perçu au nom du pacha. L’armée demeure également contrôlée par ces militaires indisciplinés. En 1757, Ali Bey, dirigeant mamelouk, prend le titre de cheikh al-Balad (« chef du pays ») et proclame son indépendance vis-à-vis du sultan ottoman. Celui-ci rétablit ensuite son autorité, qui n’est plus que nominale. Livré à l’anarchie, le pays décline et les trente dernières années du xviiie siècle sont marquées par des épidémies de peste et des famines qui réduisent la population à 4 millions d’âmes à peine. Cette situation favorise la mainmise des Européens (Français, Russes et Britanniques) qui, bénéficiant du régime des capitulations sur tout le territoire de l’Empire ottoman, prennent le contrôle du commerce.
La rivalité entre Français et Britanniques motive l’occupation du pays en 1798 par l’armée française, conduite par Bonaparte. Dans sa campagne d’Égypte, Bonaparte a emmené une équipe de savants qui sont à l’origine de la redécouverte de la civilisation égyptienne antique par les Européens. Durant les trois années d’occupation française, débute la modernisation du pays : l’administration et les finances sont réorganisées sur le modèle européen ; un programme de remise en état des infrastructures est lancé tandis qu’est instauré un conseil général, composé d’ulémas (docteurs de la loi) et de notables. En 1801, une alliance anglo-ottomane, bénéficiant du soutien populaire, contraint le général Menou, qui s’était converti à l’islam, à quitter le pays. Après le retrait des troupes britanniques, le désordre s’installe : mamelouks et Ottomans luttent pour reprendre le pouvoir qui échoit finalement à Méhémet Ali, général ottoman d’origine albanaise. Celui-ci reçoit, lors de son coup de force, l’appui des ulémas, lesquels se refusent à abandonner le pouvoir perdu depuis le début de l’occupation ottomane, et recouvré grâce aux Français. En 1805, cédant à leurs instances, le sultan ottoman reconnaît Méhémet Ali qui est nommé pacha d’Égypte. L’autorité du nouveau gouverneur n’est cependant affermie qu’en 1811, après qu’il a fait massacrer les dirigeants mamelouks. Méhémet Ali, qui a modernisé l’armée égyptienne avec l’aide des conseillers militaires français, engage alors des troupes dans une série de guerres de conquête, menées au nom de la Sublime Porte, mais dont il espère tirer un profit personnel. La première campagne l’oppose aux wahhabites d’Arabie. En 1812, il occupe les villes saintes de l’islam, La Mecque et Médine. En 1819, la province du Hedjaz est conquise, puis c’est le Soudan qu’il attaque cette fois pour son compte, afin de contrôler le commerce caravanier avec l’intérieur du continent africain. Ses conquêtes ne laissent pas d’inquiéter les puissances européennes, au premier rang desquelles la Grande-Bretagne, qui ne souhaite pas le voir contrôler la route des Indes. Lorsque Méhémet Ali intervient, à la demande du sultan, pour réprimer le soulèvement nationaliste grec (voir guerre de l’Indépendance grecque), il se heurte aux Européens : en 1827, la flotte égyptienne est détruite à Navarin. En 1831, les troupes égyptiennes conduites par Ibrahim Pacha, fils de Méhémet Ali, envahissent la Syrie et entrent ainsi en conflit avec le suzerain turc, dont l’armée est défaite. Dès 1833, les Égyptiens menacent la capitale ottomane, Istanbul. Une fois de plus, la Russie, la Grande-Bretagne et la France interviennent, cette fois pour protéger le sultan. Méhémet Ali doit se retirer mais il garde la Syrie. En 1840, toutefois, la flotte britannique le contraint à abandonner ce pays. Il obtient, en contrepartie, de la Porte, le titre héréditaire de vice-roi d’Égypte et du Soudan. Sur le plan intérieur, Méhémet Ali prend exemple sur l’Europe afin de hisser son pays au rang des nations développées. Il modernise le pays, encourage la culture industrielle du coton, développe les infrastructures et dote le pays d’un réseau d’instituts techniques. Ses ambitieuses réformes contribuent à raviver le sentiment national égyptien.
Après la mort de Méhémet Ali en 1849, l’Égypte subit de plus en plus l’influence européenne. Les guerres et les grands travaux ont grevé le budget de l’État. Poursuivant la politique de modernisation, les successeurs de Méhémet Ali, Abbas Ier, Saïd Pacha et Ismaïl Pacha, accumulent une dette considérable, en grande partie générée par les travaux de percement du canal de Suez. Le canal est inauguré en novembre 1869. L’Égypte retrouve ainsi sa position stratégique sur les routes commerciales maritimes ; elle va y perdre son indépendance. En 1875, Ismaïl — qui a obtenu du sultan le titre de khédive — est contraint de céder aux Britanniques les parts détenues par l’État égyptien dans la société du canal de Suez. L’année suivante, une commission franco-britannique prend en charge les finances égyptiennes au travers d’une Caisse de la dette publique. En 1879, le sultan ottoman destitue Ismaïl au profit du fils de celui-ci, Tawfiq Pacha, plus docile. L’ingérence européenne suscite au sein de l’armée une opposition nationaliste.
En 1882 éclate une révolte, menée par Ourabi Pacha. Les exactions perpétrées par les insurgés contre les coptes, tenus pour complices des Britanniques, servent de prétexte à l’occupation militaire du pays par ces derniers. Les troupes britanniques vont se maintenir en Égypte jusqu’en 1955, date à laquelle elles évacuent la zone du canal de Suez. L’Égypte demeure nominalement sous la suzeraineté de l’Empire ottoman ; le khédive continue de régner, le Premier ministre de gouverner. Mais le véritable dirigeant du pays est en réalité le consul général britannique. La domination européenne entraîne dans l’ensemble du monde arabo-musulman une réforme religieuse et une renaissance culturelle (nahda) indissociable de l’essor du nationalisme. Muhammad Abduh, le mufti de la mosquée al-Azhar, est l’une des figures de proue de la nahda égyptienne : il prône tout à la fois un retour à l’islam originel, plus égalitaire, et l’ouverture du monde musulman à la science moderne, conditions nécessaires à ses yeux pour relever le défi de la modernité et contrebalancer la puissance de l’Occident. En 1899, est fondé le Parti national égyptien, dirigé par Mustapha Kamil, avocat formé en France. Abbas II Hilmi, successeur de Tawfiq, encourage le mouvement nationaliste. En 1904, la suprématie de la Grande-Bretagne sur l’Égypte et le Soudan (où a été établi un condominium anglo-égyptien) est consacrée par un accord avec la France, conclu après la crise de Fachoda. Le protectorat britannique n’est officiel qu’après le déclenchement des hostilités avec la Turquie ottomane en octobre 1914 (voir Première Guerre mondiale). Les activités nationalistes sont interdites et Abbas II déposé. Les années de guerre sont particulièrement dures pour les fellahin égyptiens, enrôlés pour creuser des tranchées et contraints de livrer leur bétail à l’armée. Le mécontentement suscité par la politique britannique débouche sur la recomposition du mouvement nationaliste et la reprise de ses activités.
Au lendemain de l’armistice, une délégation politique (le Wafd) est formée par les nationalistes laïques, qui entendent négocier avec les Britanniques l’avenir de leur pays. La délégation n’est jamais reçue : son chef, Sa’d Zaghlül (surnommé Zaghoul Pacha et fils d’un paysan aisé de Basse-Égypte), formé en France comme Mustafa Kamil, est arrêté et exilé. Les nationalistes ne désarmant pas, Londres déclare unilatéralement l’indépendance de l’Égypte en 1922. Le successeur de Hussein devient roi sous le nom de Fouad Ier. Les Britanniques, toutefois, se réservent le contrôle de la défense et des affaires étrangères ainsi que le droit d’entretenir des troupes sur le territoire égyptien et celui d’intervenir militairement si leurs intérêts se trouvent menacés. La Constitution adoptée en 1924 instaure un pouvoir législatif bicaméral, fortement contrôlé par le pouvoir exécutif, détenu par le roi qui nomme le Premier ministre. Victorieux aux élections législatives de janvier 1924, le Wafd va dominer la vie politique pendant trente années, durant lesquelles le Parti nationaliste rivalise pour le contrôle du pouvoir effectif avec le roi. Cette lutte est habilement exploitée par la Grande-Bretagne qui soutient tour à tour le Wafd et le monarque. En 1936, après la mort du roi et un nouveau triomphe du Wafd aux élections, la Grande-Bretagne et l’Égypte signent un traité qui doit régler les points réservés dans la déclaration d’indépendance de 1922. Les troupes britanniques se retirent de la plus grande partie du territoire égyptien, mais demeurent stationnées dans la zone du canal de Suez. Une clause prévoit qu’elles peuvent se redéployer en cas de menace sur la libre circulation maritime. La signature du traité n’est pas seulement motivée par la victoire électorale des nationalistes. L’année précédente, l’Italie fasciste a envahi l’Éthiopie. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, l’Égypte ne s’engage pas aux côtés des Alliés, mais est utilisée comme base militaire par ceux-ci. Pourtant, lorsque le maréchal Rommel lance, depuis la Libye, une offensive en direction du canal de Suez, les Britanniques somment le roi Farouk de rappeler Nahas Pacha, dirigeant du Wafd. Ce dernier coopère totalement avec les Britanniques, attitude qui discrédite le Wafd dans la population. La position du mouvement des Frères musulmans, organisation islamiste fondée en 1927 (avec le soutien tacite des Britanniques), en est renforcée, et, au sein de l’armée, se constitue clandestinement un comité des officiers libres, rassemblant de jeunes officiers nationalistes et progressistes. Sans avoir recouvré sa souveraineté, l’Égypte s’engage, en 1948, dans la première guerre arabe contre Israël. La défaite exacerbe l’agitation antigouvernementale. En 1951, Nahas Pacha, tentant de se concilier l’armée, dénonce les accords britannico-égyptiens de 1936. Farouk se proclame roi d’Égypte et du Soudan. Le pouvoir réagit trop tardivement : en juillet 1952, les officiers libres déposent le roi. En décembre, la monarchie est abolie. Le mois suivant, les partis politiques sont interdits.
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