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Égypte

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Égypte : drapeau et hymneÉgypte : drapeau et hymne
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5.4.3. 1
L’Égypte de Nasser

Le 18 juin 1953, la république d’Égypte est proclamée. Les putschistes désignent comme président de la nouvelle République le général Mohamed Néguib, qui n’est pas l’un des leurs, mais jouit d’un grand prestige. Il est remplacé deux ans plus tard par Gamal Abdel Nasser, qui concentre l’essentiel du pouvoir exécutif. En juillet 1956, Nasser est officiellement élu président.

Nasser mène une politique de répression contre les communistes et les Frères musulmans et se montre suffisamment pro-occidental pour obtenir l’évacuation totale de l’Égypte par les forces britanniques dès 1954 (deux ans plus tôt que prévu). En avril 1955, à la conférence de Bandung, il s’affirme comme l’un des champions du non-alignement, aux côtés du Yougoslave Tito et de l’Indonésien Suharto.

Pourtant, les pays occidentaux refusant de lui vendre des armes, principalement destinées à poursuivre le combat contre Israël, Nasser se tourne vers le bloc soviétique. Après que ses demandes de prêt pour le financement du barrage d’Assouan ont été rejetées par les États-Unis, le dirigeant égyptien nationalise, en juillet 1956, le canal de Suez, source potentielle de revenus. La France et la Grande-Bretagne, principaux actionnaires de la Compagnie du canal de Suez, s’allient à Israël pour occuper la zone en 1956. Fait rarissime en cette période de guerre froide, les États-Unis et l’URSS s’entendent pour obliger les trois alliés à évacuer le territoire égyptien et une force des Nations unies est placée en tampon entre l’Égypte et Israël.

La crise de Suez confère à Nasser un certain prestige au sein du monde arabe, dont celui-ci entend faire l’unité derrière l’Égypte. Le 1er février 1958, une union est scellée avec la Syrie, qui forme une République arabe unie (RAU), à laquelle est associé, le 8 mars, le Yémen. Cette entreprise ne dure que trois ans. Une nouvelle tentative de fédération arabe, entre l’Égypte, la Syrie et l’Irak, en 1963, connaît le même échec.

Sur le plan intérieur, Nasser choisit la voie du « socialisme arabe » à partir de 1961, donnant à l’État l’essentiel de l’initiative économique, en vue de mieux répartir la richesse nationale. Les timides avancées, plus symboliques qu’effectives, sont annulées par l’implication de l’Égypte dans plusieurs guerres au cours des années 1960.

En 1962, les troupes égyptiennes interviennent dans la guerre civile opposant, au Yémen, les républicains aux forces monarchistes. Cette intervention est non seulement coûteuse, matériellement et humainement, mais elle dresse contre le régime nassérien l’Arabie saoudite. La monarchie wahhabite, pro-occidentale et porteuse d’un projet concurrent d’unification du monde arabe (au sein de la umma musulmane), s’oppose par la suite à tous les efforts déployés par Nasser pour rassembler les États arabes, qu’il s’agisse de favoriser la coopération économique ou de promouvoir une solidarité politique.

L’Égypte nassérienne joue néanmoins le premier rôle au sein de la Ligue arabe, prenant la direction du combat contre Israël, un moyen pour Nasser de précipiter l’unité arabe. La création de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est largement favorisée par l’Égypte. Les mesures prises par le raïs, en mai et juin 1967 (fermeture du détroit de Tiran, retrait des forces onusiennes), contribuent largement au déclenchement de la guerre des Six-Jours. L’armée israélienne occupe rapidement toute la péninsule du Sinaï. La défaite égyptienne entame le prestige de Nasser et place le pays sous une dépendance plus étroite vis-à-vis de l’Union soviétique. C’est sous la pression de Moscou qu’en juillet 1970 Nasser accepte le plan Rogers, prévoyant un long cessez-le-feu avec Israël.

Le raïs meurt subitement en 1970. Anouar al-Sadate, collaborateur de longue date de Nasser, est choisi pour lui succéder.

5.4.3. 2
La présidence de Sadate

Dès les premières années de présidence, Sadate réoriente la politique intérieure. Contre l’encadrement socialiste de l’économie, il opte pour la libéralisation économique. Il libère les prisonniers politiques incarcérés sous Nasser et desserre quelque peu le contrôle qui pèse sur la presse.

En revanche, il semble d’abord s’inscrire dans la continuité de la politique menée par son prédécesseur à l’égard d’Israël. Il s’agit en fait pour Sadate de laver l’humiliation de 1967 afin d’être en position de force pour une négociation ultérieure. Les escarmouches entre les deux pays n’ont jamais cessé, et cette « guerre d’usure » affaiblit l’économie égyptienne. Sadate prépare habilement la revanche, se réconciliant avec l’Arabie Saoudite, qui finance ses achats d’armes à l’Union soviétique. Le 6 octobre 1973, jour de la fête religieuse juive du Yom Kippour et au milieu du Ramadan, mois de jeûne pour les musulmans, l’Égypte déclenche la quatrième guerre israélo-arabe.

L’effet de surprise joue d’abord en faveur des Égyptiens, mais les Israéliens reprennent rapidement le dessus et peuvent encercler les unités égyptiennes dans les faubourgs de Suez. Les Nations unies imposent alors un nouveau cessez-le-feu et une ligne d’armistice est établie, protégée par les forces de l’ONU, entre les armées égyptienne et israélienne.

5.4.3. 3
La paix avec Israël

Si l’Égypte n’a pas gagné la guerre du Kippour, elle a cependant démontré sa valeur militaire en traversant le canal de Suez dont la rive orientale est occupée par les Israéliens. Fort de ce demi-succès, qui a redonné confiance au peuple égyptien, et appuyé par le secrétaire d’État américain Henry Kissinger, Sadate ouvre les pourparlers avec Israël. En novembre 1977, il est le premier chef d’État arabe à se rendre en visite en Israël. En septembre 1978, après de longues négociations qui se déroulent, sous l’égide du président américain Jimmy Carter, à Camp David, dans le Maryland, Sadate et le Premier ministre israélien, Menahem Begin, s’accordent sur les principes d’un règlement du conflit israélo-égyptien. Un traité de paix entre les deux pays, reprenant les accords de Camp David, est signé à Washington le 26 mars 1979. Il prévoit notamment la restitution du Sinaï, effective en 1982, et le retrait des troupes israéliennes de la zone de Suez. La réouverture du canal intervient à un moment opportun pour l’économie israélienne. Surtout, l’Égypte, par cette paix, obtient une substantielle aide américaine. Elle perd, en revanche, sa place au sein de la Ligue arabe, dont le siège est transféré du Caire à Tunis.

Accusé de traîtrise par les plus intransigeants des dirigeants arabes, Sadate est, dans son pays, la cible des islamistes, qui exploitent également la crise sociale et économique. Le pouvoir répond à leurs attaques par la répression, arrêtant et emprisonnant des centaines d’opposants et limitant la liberté de la presse. C’est dans ce contexte qu’Anouar al-Sadate est assassiné par des extrémistes le 6 octobre 1981, au cours d’une parade militaire commémorant la guerre du Kippour.

5.4.3. 4
L’Égypte de Moubarak

Le vice-président Hosni Moubarak succède à Sadate. S’il maintient l’Égypte dans le camp occidental et ne rejette pas la paix avec Israël, il consacre ses efforts à améliorer les relations avec les pays arabes.

En janvier 1984, l’Égypte réintègre la Conférence islamique. L’ostracisme est définitivement levé en 1989, lorsque l’Égypte est à nouveau acceptée au sein de la Ligue arabe. Cette politique modérée permet au pays de jouer un rôle important dans le règlement du conflit israélo-arabe. Elle est l’hôte ou l’initiatrice de nombreux sommets, de dimension régionale et internationale. En mars 1996, alors que le processus de paix en Palestine est menacé par une vague d’attentats terroristes, Hosni Moubarak accueille, à Charm al-Cheik, une conférence réunissant, aux côtés des représentants des grandes puissances, la quasi-totalité des dirigeants des pays du Proche-Orient, y compris le Premier ministre israélien.

Moubarak tente de réduire les effets inégalitaires de la politique économique conduite par Sadate, et accepte une relative libéralisation de la vie politique. Cependant, à partir de 1984, la radicalisation d’une partie des mouvements islamistes, entrés dans une véritable guérilla contre le pouvoir, entraîne en retour un durcissement du pouvoir qui frappe également le mouvement des Frères musulmans, dont les élections de 1987 confirment l’influence croissante au sein de la société égyptienne. Les groupes radicaux, Jihad et Jamaa islamiya, sont particulièrement actifs en Haute-Égypte, dans la région d’Assouan, où la communauté copte est la première victime de la violence islamiste. À partir de 1992, le conflit entre autorités et islamistes prend un tour plus dramatique encore, marqué par des attentats terroristes contre les sites touristiques et les assassinats ou les tentatives d’assassinat contre des figures de la société égyptienne laïque. En 1995, l’écrivain Naguib Mahfouz est ainsi agressé. En juin, le président Moubarak lui-même échappe à une tentative d’attentat, revendiqué quelques semaines plus tard par la Jamaa islamiya, alors qu’il se trouve à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, pour un sommet de l’Organisation de l’unité africaine. Cet événement accroît la tension existant avec le Soudan depuis que ce pays a choisi de mener un destin séparé, en 1956, et le gouvernement soudanais est une nouvelle fois mis en cause pour son soutien aux islamistes. Cependant, une normalisation progressive des relations entre les deux pays s’est opérée.

L’Égypte demeure confrontée aux problèmes sociaux créés par les réformes économiques et à la poursuite des attentats et des assassinats islamistes. Le pays connaît une réduction de l’inflation, du déficit public et de la dette extérieure et une croissance du PIB, et le gouvernement accélère le programme de privatisations. Cependant, le chômage croît, tandis que les classes les plus défavorisées représentent près de 40 p. 100 de la population. La situation se trouve aggravée par la très importante baisse des recettes du tourisme au lendemain de l’attentat de Louxor en novembre 1997. Le massacre de 57 touristes par un commando de la Jamaa islamiya met au jour la désorganisation des services de sécurité, incapables de protéger les sites touristiques, et porte un coup au régime de Moubarak. Les autorités reprennent la situation en main et entreprennent de dissocier les islamistes modérés de la branche « dure » du mouvement intégriste. Ainsi, en avril 1999, le gouvernement libère plus d’un millier d’islamistes condamnés comme extrémistes, incluant des militants ayant accepté de collaborer avec le pouvoir, sinon avec la police.

Hosni Moubarak est réélu le 26 septembre 1999 à la présidence de la République, 93,97 p. 100 des votants ayant approuvé sa réélection pour un quatrième mandat de six ans. Un nouveau gouvernement, présidé par le Premier ministre Atef Ebeid, entre en fonction le 11 octobre 1999.

Entre le 31 décembre 1999 et le 3 janvier 2000, des affrontements violents entre coptes et musulmans, dans la province de Sohag à 450 km au sud du Caire, font plus de 20 morts (presque toutes les victimes sont chrétiennes). Une dispute entre un marchand copte et un client musulman à Al-Kocheh dégénère en fusillade, puis en pillages et incendies de propriétés coptes. Un couvre-feu est décrété pendant deux jours, mais d’autres incidents ont lieu dans des villages voisins.

En novembre 2000, à l’issue d’une campagne électorale dominée par les questions économiques et l’enlisement du conflit israélo-palestinien, le Parti national démocrate du président Moubarak conserve une large majorité grâce au ralliement de candidats indépendants ; plusieurs élus parrainés par le mouvement interdit des Frères musulmans siègent dans ce nouveau Parlement. Afin de contrer la popularité croissante des islamistes, le gouvernement entreprend un retour aux valeurs traditionnelles (en 2001-2002, des procès pour homosexualité connaissent un retentissement international considérable). Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l’Égypte doit faire face à une aggravation de ses difficultés économiques liées à la baisse de ses recettes touristiques ; confronté à une crise économique et monétaire, le pays dépend plus que jamais de l’aide extérieure (en particulier américaine). La situation économique et sociale se détériore encore davantage en 2003, avec la guerre menée en Irak par la coalition américano-britannique : à l’instar de nombreux gouvernements des pays arabes, le gouvernement égyptien est exposé à la colère de la population (durement réprimée) contre un pouvoir qu’elle juge faible et impuissant devant les États-Unis.

La vie politique est marquée par des ouvertures réformistes, en partie sous l’effet conjugué de l’intensification des pressions américaines en matière de démocratie et de l’apparition d’un mouvement de contestation populaire (Kefaya — « Assez ! »). Cette volonté de changement au sein du pouvoir et du parti présidentiel (Parti national démocratique, PND) se traduit notamment par l’influence grandissante du fils du président égyptien, Gamal Moubarak, lequel incarne le courant libéral du PND, favorable aux réformes structurelles (privatisations, libéralisation) que les bailleurs de fonds appellent de leurs vœux, mais que le gouvernement tarde à mettre en place en raison de leurs conséquences négatives sur la population en termes de chômage et d’inflation — le nouveau gouvernement mis en place en juillet 2004 (sous la direction de Ahmed Nazif) est ainsi composé de nombreux ministres proches de Gamal Moubarak, (ce qui alimente par ailleurs les craintes de succession héréditaire). En mai 2005, le pouvoir égyptien fait adopter par référendum (82,86 p. 100 de « oui ») un amendement constitutionnel instituant l’élection au suffrage universel du président de la République avec pluralité de candidatures. La première élection présidentielle multipartite au suffrage universel direct se déroule le 7 septembre 2005. À l’issue d’un scrutin marqué par une importante désorganisation, des irrégularités et une faible participation (23 p. 100), le président Moubarak est reconduit sans surprise pour un cinquième mandat avec 88,6 p. 100 des suffrages. Son principal adversaire parmi les dix candidats en lice, Ayman Nour (du parti Ghad — « Demain »), obtient 7,6 p. 100 des suffrages.

La levée de l’impopulaire loi sur l’état d’urgence, proclamée au lendemain de l’assassinat d’Anouar al-Sadate (1981), maintenue dans le cadre de la lutte antiterroriste et limitant les libertés individuelles et politiques, ne semble cependant pas d’actualité alors que le pays est de nouveau durement frappé par le terrorisme islamiste — en octobre 2004, trois attentats dans des stations balnéaires du Sinaï font 34 morts (pour la plupart des Israéliens) ; en juillet 2005, plusieurs attentats perpétrés à Charm el-Cheikh font 88 victimes (dont une dizaine d’étrangers) et 200 blessés. Imputables au réseau Al Qaida, ces attentats, qui visent les touristes étrangers et le cœur de l’économie égyptienne, ne sont pas sans discréditer la politique sécuritaire du régime Moubarak et contribuent à le déstabiliser. Une déstabilisation qu’accentuent les élections législatives de novembre-décembre 2005, marquées par une percée islamiste inattendue. S’il est remporté par le parti présidentiel (PND), qui recueille 73 p. 100 des sièges du Parlement (soit 326 députés), le scrutin, émaillé de violences meurtrières et de fraudes, permet en effet à l’organisation des Frères musulmans (interdite mais tolérée) de faire élire plus de la moitié de leurs 160 candidats (sous l’étiquette « indépendants » mais avec le slogan « L’islam est la solution ») et d’obtenir un score historique de 88 députés (soit 20 p. 100 des sièges). L’opposition non islamiste apparaît en revanche très affaiblie (14 sièges). En dépit des arrestations et des nombreuses entraves pratiquées par le régime de Hosni Moubarak afin de limiter les succès électoraux des Frères musulmans, la confrérie devient ainsi la deuxième force politique de l’Égypte. Cette victoire repose pour les analystes sur la capacité des Frères musulmans à mobiliser leurs partisans ainsi que sur leur réputation d’intégrité dans un paysage politique souillé par la corruption. Leur discours apparaît ambigu, alors qu’ils se déclarent partisans d’un islam modéré tout en préconisant l’application de la charia (la loi révélée par le Coran).

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