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Présentation ; Un homme de théâtre au tréfonds du siècle ; De Baal aux Lehrstücke ; Les principes du théâtre épique ; Les grandes œuvres de l’exil ; Brecht après Brecht
Brecht, Bertolt (1898-1956), poète et auteur dramatique allemand, dont l'esthétique et l'engagement politique ont profondément marqué le théâtre du XXe siècle.
La vie de Bertolt Brecht est intimement liée aux crises majeures de son siècle. Né en 1898 à Augsbourg (Bavière), il est mobilisé in extremis à l'automne 1918 en qualité d'infirmier, et participe ainsi à la Première Guerre mondiale. Quinze ans plus tard, auteur d'une œuvre théâtrale moderne, libre et fortement teintée de marxisme, il n’a pas l’heur de plaire aux nazis et doit choisir de s'exiler après avoir assisté à l’autodafé de ses œuvres. Après plusieurs années passées au Danemark puis en Finlande, il gagne les États-Unis en 1941, mais doit quitter le pays en 1947 après avoir été inquiété par les commissions d'enquête maccarthystes. Il choisit alors de s'installer à Berlin-Est, où il apporte sa pierre à l'édification du socialisme en fondant, puis en dirigeant jusqu'à sa mort en 1956, la troupe du Berliner Ensemble.
Ses premières œuvres sont inséparables de la vie de bohème que le jeune homme, en réaction violente contre son milieu (bourgeois et catholique), mène au milieu des classes opprimées des grandes villes que sont Munich et Berlin. L'influence de Rimbaud est ainsi très sensible dans Baal (1918), Tambours dans la nuit (1919) et Dans la jungle des villes (1921). Brecht se saisit ensuite de l'histoire en travaillant d'après Christopher Marlowe (la Vie d'Édouard II d'Angleterre, 1924) ou John Gay (l'Opéra de quat'sous, 1928), en même temps qu'il trouve dans la pensée de Marx une science de la société susceptible de fonder une action révolutionnaire efficace. Dans cette perspective, le rôle de l'homme de théâtre est d’assurer la diffusion du matérialisme dialectique et de susciter chez le spectateur une prise de conscience ou, mieux encore, de provoquer l'action proprement dite. Après la crise de 1929, Brecht se lance donc dans la rédaction des Lehrstücke, ou pièces didactiques : l'Importance d'être d'accord (1929), Celui qui dit oui, celui qui dit non (1930), l'Exception et la Règle (1930) et d'autres, parmi lesquelles émerge Sainte Jeanne des abattoirs (1930), sévère jugement d'une lutte pour le peuple idéaliste, solitaire et par conséquent inefficace, voire contre-productive.
Au fil des années, à partir de Homme pour homme(1925), s'est ainsi définie peu à peu une esthétique nouvelle, formulée théoriquement dans une annexe de Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (1930), puis dans le Petit Organon pour le théâtre (1948). Pour inciter le spectateur à la réflexion, voire à l'action révolutionnaire, il faut empêcher l'oubli de soi qu'induit chez lui le vieux principe aristotélicien de l'identification au personnage ; il faut, en outre, briser le sentiment ordinaire que le seul monde possible est le monde tel qu’il est, et que, de ce fait, rien n’est susceptible de le faire changer. À ces deux fins, un seul moyen : l'effet de Verfremdung (distanciation ou, traduction plus exacte mais moins fréquente, défamiliarisation), obtenu par nombre de techniques détaillées et mises en pratique par Brecht dans son écriture comme dans ses mises en scène : décors seulement suggérés, éclairages francs, chansons ou textes sur banderoles commentant l'action, projection d'images documentaires, jeu et travail de l'acteur exhibés plutôt que dissimulés.
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