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Présentation ; L’enfant criminel ; Voleur et écrivain ; Des romans comme des abîmes ; Dramaturgie de la sacralité ; « Et qu’un mort danse sur le fil »
Genet, Jean (1910-1986), écrivain français qui, dans son œuvre romanesque et théâtrale, met en scène sa fascination provocante pour le mal et pour la mort.
Né à Paris, Jean Genet voit ses premières années marquées du sceau de l'abandon et de l'abjection. Enfant de l'Assistance publique, abandonné par sa mère, ignorant l'identité de son père, il est placé chez des paysans du Morvan. À dix ans, accusé de vol, il est envoyé en maison de correction : c'est le début d'une existence marquée par la délinquance, où alternent les périodes de liberté, de vagabondages (Marseille, Barcelone, Tanger, la Yougoslavie, la Pologne…), de vols et de prostitution, et les périodes d'emprisonnement. Il commence à écrire en prison, avec un poème en alexandrins, le Condamné à mort (1942), chant d'amour destiné à son ami Maurice Pilorge, guillotiné en 1939.
Genet écrit beaucoup dans les années qui suivent, notamment des romans, qui lui valent la reconnaissance des milieux littéraires : en 1948, c'est la protection de personnalités importantes, parmi lesquelles Cocteau et Sartre, qui lui évite la relégation perpétuelle. Jean Genet ne cesse pas pour autant de se considérer comme criminel, comme paria ; au contraire, il fait de ce renversement des normes sociales et morales le sens de son inscription dans la littérature, comme dans le monde. En 1949, le Journal d'un voleur évoque et continue de provoquer cette assomption du jeune voyou en écrivain. Genet, entré dans le champ dramatique, avec Haute surveillance (publié et représenté en 1949) et les Bonnes, se consacre essentiellement au théâtre jusqu'en 1966 (Lettres à Roger Blin). Par la suite, il se détourne de la littérature et du monde occidental, et prend parti pour les mouvements de révolte des peuples marginaux, fiers et opprimés : celui des Black Panthers aux États-Unis, ou celui des Palestiniens, qu'il évoque dans Quatre heures à Chatila (1982). Il meurt à Paris en avril 1986.
L'œuvre romanesque de Genet se nourrit de son expérience, qu'il poétise et amplifie, pour faire du mal une royauté secrète et inaliénable. La prison, le crime, la trahison y apparaissent comme les stigmates de cette gloire revendiquée des criminels, liés les uns aux autres par une fraternité violente, par une érotique méprisant les codes moraux. Notre-Dame-des-Fleurs (écrit à la prison de Fresnes, publié en 1944), Miracle de la Rose (1946), Pompes funèbres (1947) tiennent ainsi à la fois du récit autobiographique et du roman poétique : écrits dans une langue extrêmement raffinée, qui mêle à des accents précieux une brutalité triviale, ils imposent la gloire de l'abjection en réponse à l'inhumanité du monde. Querelle de Brest (1947), où le port de guerre brestois sert de cadre à la représentation de la fascination érotique pour les criminels, a été adapté au cinéma par Fassbinder en 1981 (Querelle).
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