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Genet, Jean

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Jean GenetJean Genet
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5

Dramaturgie de la sacralité

Le théâtre de Genet, surtout, s'est imposé comme une décisive mise en cause des conventions dramaturgiques occidentales, renversant la hiérarchie des rapports de l'art et du monde. Il s'appuie sur l'évocation de marginalités sociales, politiques ou sexuelles. Les Bonnes (1947) s'apparente à une représentation de la domesticité ; Haute Surveillance (1949) témoigne de la condition des prisonniers de droit commun ; le Balcon a pour cadre un bordel ; les Nègres (publié et représenté en 1959) et les Paravents (1961) semblent une protestation contre le racisme et le colonialisme. Mais il s'agit surtout d'une dramaturgie de la provocation, dans tous les sens du terme : volonté de heurter les conventions esthétiques et morales, en se faisant l'apologiste du crime, en sanctifiant le mal, en sublimant les personnages de putains et d'assassins, mais surtout, au-delà, appel du monde à comparaître devant le tribunal d'une conscience blessée, d'une solitude féroce, en une célébration presque liturgique du sang et de la chair.

6

« Et qu’un mort danse sur le fil »

Très loin de toute mimésis, ce théâtre se veut une fête outrancière des masques et de l'illusion, qui manifeste la réversibilité des codes d'appréhension du réel, et devienne la transfiguration allégorique des mensonges du monde. L'espace scénique devient le lieu d'une formidable messe noire, où se travestissent et s'inversent les liens du bien et du mal, de la vie et de la mort. C'est un théâtre paroxystique, qui sacrifie au monde des morts. L'œuvre critique de Sartre (Saint Genet, comédien et martyr, 1952), et les mises en scène de Louis Jouvet, de Roger Blin, de Patrice Chéreau, ont manifesté le caractère blasphématoire de cette écriture, et célébré l'importance de cette œuvre étrange et marginale.

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