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anglaise, littérature

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Malory, le Morte d'ArthurMalory, le Morte d'Arthur
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5

La période de la Restauration et le XVIIIe siècle

Cette période s’étend de 1660 — année où Charles II est réintronisé — à 1789 environ. Séduite par l’expression poétique transparente de « l’école de Ben », la nouvelle génération se caractérise par la recherche du bon goût, de la modération et par l’imitation des classiques grecs et latins. Le parallèle historique entre les premiers temps de la Rome impériale et la restauration de la monarchie anglaise, qui toutes deux remplacent des institutions républicaines, est exploité par les classes dirigeantes et instruites. Leur goût pour la littérature de l’époque d’Auguste, empereur romain, élargit le succès de la nouvelle littérature anglaise et encourage une certaine grandeur de ton dans la poésie de l’époque. En outre, les idéaux de recherche objective et d’expérimentation scientifique diffusés par la Royal Society, créée officiellement en 1662, contribuent au développement d’une prose simple et claire, instrument d’une communication rationnelle. Enfin, les grands traités philosophiques et politiques de l’époque promeuvent le rationalisme.

Par commodité, les étapes successives de l’évolution des goûts littéraires durant la Restauration et le XVIIIe siècle sont nommées « époque de Dryden », « époque de Pope » et « époque de Johnson », d’après les trois grandes figures littéraires qui ont perpétué la tradition classique dans la littérature.

5.1

L’époque de Dryden

La poésie de John Dryden possède une grandeur, une force et une plénitude de ton que l’époque accueille avec enthousiasme. Son distique héroïque ciselé (unité de deux pentamètres iambiques rimés, généralement terminée par un point) devient la forme dominante de composition de poèmes plus longs. Il définit dans ses œuvres critiques (Essai sur la poésie dramatique, 1668 ; Discourse Concerning the Original and Progress of Satire, 1692) la contrainte, la compression, la clarté du style et le bon sens qui illustrent sa propre poésie et acquiert sa réputation grâce à la satire, élevée au genre poétique par excellence de l’époque. Polyglotte, nourri de culture classique et contemporaine, il traduit Juvénal, Perse et Virgile. Ses tragédies héroïques (la Conquête de Grenade, 1670 ; Tout pour l’amour, 1677) illustrent le caractère dominant de la tragédie à l’époque de la Restauration. Le réalisme des personnages et la cohérence de leurs motivations sont souvent sacrifiés au profit d’intrigues et de situations extravagantes se déroulant dans des lieux exotiques et présentées dans un style frisant la grandiloquence. Le meilleur exemple de ce type de tragédie est probablement la Venise sauvée (1682) de Thomas Otway, qui réussit à éviter les pires excès auxquels est exposé ce genre. À cette époque, cependant, la vogue de la tragédie héroïque présente des signes d’essoufflement.

Supérieure à la tragédie, la comédie de mœurs du début du XVIIIe siècle est l’héritière du théâtre de la Restauration, volontiers libertin et amoral. Elle s’inspire directement des comédies de Ben Jonson mais s’efforce à plus de raffinement tout en affichant moins de vigueur. D’esprit froid et satirique, elle conte immanquablement une histoire d’amour tout en faisant une satire de la société mondaine. Ses plus illustres représentants sont William Congreve (Ainsi va le monde, 1700) et William Wycherley (l’Épouse campagnarde, v. 1674).

Cette époque voit également la production d’œuvres en prose de nature différente. Une vision du monde audacieuse et colorée se dévoile dans le Journal (partiellement publié à titre posthume en 1825) rédigé de 1660 à 1669 en caractères secrets par Samuel Pepys, haut fonctionnaire à l’Amirauté. Cette œuvre étonnante est un précieux témoignage sur les goûts contemporains, une révélation, sans héroïsme et sans pudeur, des multiples événements d’une vie privée et des aspirations d’un peuple. À l’opposé de Pepys, John Bunyan, prédicateur puritain, totalement étranger au monde aristocratique, célèbre le dynamisme de la foi et la persévérance du chrétien malgré les turpitudes de la vie (le Voyage du pèlerin, 1678-1684).

5.2

L’époque d’Alexander Pope

Au cours de cette période, la tendance classique de la littérature anglaise atteint son apogée, tandis que d’autres tendances commencent à se manifester. La poésie de Dryden est parvenue, sous l’égide des auteurs grecs et latins, à la grandeur, à l’amplitude et au sublime dans le cadre d’une définition rigoureuse du bon goût et du bon sens. Cette description s’applique encore plus étroitement à la poésie d’Alexander Pope. Plus que tout autre poète anglais, il s’astreint à respecter le principe selon lequel la force expressive du génie poétique ne doit jaillir que dans une formulation aussi raisonnable, lucide, équilibrée, retenue, définitive et parfaite qu’il est possible à la raison humaine. Pope n’a pas la majesté de Dryden, néanmoins, l’aisance, l’harmonie et la grâce de son vers sont impressionnantes, et l’expression de sa pensée est infiniment précise. Son renom repose essentiellement sur ses satires, mais son penchant didactique le conduit à formuler en vers un Essai sur la critique (1711), le code du néoclassicisme à l’anglaise, et un Essai sur l’homme (1734), qui s’achève sur une généralisation très controversée : « Tout ce qui existe est juste ».

Le penchant du XVIIIe siècle pour la puissance de la raison et du bon sens a donné naissance à un grand nombre d’œuvres en prose. D’Irlande, Jonathan Swift, qui est comme Pope conservateur tory, écrit un grand nombre de récits satiriques en prose, dans lesquels une perception profonde et désespérée des institutions et de la bêtise humaine contraste avec la critique sociale des grands contemporains. Sa colère généreuse en faveur des pauvres d’Irlande s’exprime dans Une modeste proposition (1729), dans laquelle il suggère, avec une ironie terrible, aux familles pauvres irlandaises de vendre leurs enfants comme nourriture aux riches, afin qu’une charge économique devienne pour elles un profit général. Son œuvre la plus célèbre, les Voyages de Gulliver (1726), contient également une critique féroce de l’humanité.

Les articles du Spectator (1711-1712 ; 1714), dus essentiellement à Joseph Addison et Richard Steele, correspondent au besoin, nouveau à l’époque, d’un journalisme populaire. Leurs commentaires éclairés et leur critique de la société contemporaine les distinguent de la masse des publications similaires. La principale intention d’Addison et de Steele est de « raviver la moralité par l’esprit et tempérer l’esprit par la moralité ». Dans une série d’essais (publiés dans leur quotidien The Spectator, 1711-1714) empruntant le ton de la conversation, Addison et Steele recueillent certains des meilleurs traits du caractère anglais de l’époque à l’aide d’un noyau de personnages fictifs et brossent par exemple le portrait du parfait gentleman à travers le gentilhomme campagnard, sir Roger de Coverley, ou celui du galant de ces Dames à travers sir Will Honeycomb.

L’œuvre de Daniel Defoe, aventurier des classes moyennes, agent politique et immense polygraphe, représente une tout autre sorte de journalisme. Loin de la vie des classes supérieures et de leurs auteurs érudits, tout comme Bunyan avant lui, il produit, parmi de nombreux écrits de commande et d’essais politiques et sociaux, une série de mémoires et de confessions prétendus vrais mais en réalité purement fictifs. Ainsi le Journal de l’année de la peste (1722), En explorant toute l’île de Grande-Bretagne (1724-1727) et le plus célèbre d’entre eux, Robinson Crusoé (1719), qui raconte la vie et les aventures d’un marin naufragé. Suivent un certain nombre de romans influencés par la vogue des biographies criminelles comme Moll Flanders (1722), Colonel Jack (1722) ou encore Lady Roxana (1724).

5.3

L’époque de Samuel Johnson

Cette période, de 1744 à 1784 environ, correspond à une ère d’évolution des idéaux littéraires. Le classicisme et le conservatisme littéraires de Samuel Johnson représentent un combat d’arrière-garde contre le culte des sentiments et des émotions associé de diverses façons aux signes avant-coureurs du romantisme. Johnson compose des poésies perpétuant les traditions et les exigences formelles de Pope, mais il est plus connu pour sa prose, et pour ses dons extraordinaires de causeur et d’arbitre littéraire de la vie culturelle urbaine de son époque. Son Dictionnaire de la langue anglaise (1755) est le premier dictionnaire compilé selon les normes modernes de la lexicographie. Ses essais journalistiques parus dans The Rambler (1750-1752) souffrent de pédanterie et ne parviennent qu’à accentuer l’opposition entre le formalisme des néoclassiques et l’idéal romantique à venir.

Ami de Johnson, Oliver Goldsmith se montre à la fois conservateur dans la forme et précurseur du romantisme dans un roman, le Vicaire de Wakefield (1766). Ses pièces, en revanche, comme celles de son cadet Richard Sheridan, se rattachent à une tradition satirique ancienne rapidement dépassée.

Les signes avant-coureurs du romantisme se décèlent dans les poèmes de William Cowper et de Thomas Gray. Ils trouvent un premier épanouissement dans l’œuvre de William Blake — personnalité unique de la littérature anglaise, poète, artiste, graveur autodidacte et mystique, en révolte contre la morale chrétienne et les institutions.

Le roman, notamment sentimental, devient la nouvelle forme de littérature populaire. Samuel Richardson décrit le sacrifice accepté par Clarisse Harlowe (1747-1748). Contemporain de Richardson, Henry Fielding révèle dans son Tom Jones (1749) une verve comique et une vigueur qui triomphent des excès de l’hypocrisie. L’Écossais Tobias Smollett est l’auteur de plusieurs romans picaresques, dont le dernier, et sans doute le meilleur, est l’Expédition de Humphrey Clinker (1770). Vie et Opinions de Tristram Shandy (1759-1767), chef-d’œuvre de Laurence Sterne, s’adonne au culte romantique des sentiments, bien que ses personnages excentriques et la peinture minutieuse des caractères en fassent une tentative remarquable de la représentation de la vie dans toute sa complexité.

6

La période romantique (1789-1837)

L’âge romantique privilégie l’émotion face à la raison. L’un des objectifs de la Révolution française a été de proclamer la liberté et l’égalité de la race humaine : ces objectifs semblent également convenir, outre-Manche, à de nombreux écrivains. Le romantisme anglais se caractérise par la subordination de la raison à l’intuition et à la passion, par le culte de la nature originelle, la primauté de la volonté individuelle sur les convenances sociales, et une fascination pour un certain exotisme.

La première manifestation importante du romantisme s’exprime dans les Ballades lyriques (1798) de Wordsworth et Coleridge, jeunes poètes amenés à l’activité créatrice par l’idéal de la Révolution française. Wordsworth (le Prélude, 1804, publié à titre posthume en 1850 ; l’Excursion, 1814) aborde des sujets ordinaires et personnels avec une sensibilité et une fraîcheur toutes nouvelles. Coleridge (la Ballade du vieux marin, Kubla Khan, Christabel) crée avec maestria l’illusion de la réalité en relatant des événements étranges, exotiques ou, de toute évidence, irréels dans une poésie libérée et parfois fantastique. Tous deux excellent dans la traduction nostalgique de l’essence et de la signification du monde, qui leur vaut l’admiration de leurs pairs et l’adhésion des lecteurs.

Walter Scott, romantique écossais, recueille les ballades de la frontière écossaise (Chansons de la frontière écossaise, 1802-1803) et écrit une série de poèmes narratifs à la gloire de la culture simple et vigoureuse de sa patrie au Moyen Âge (le Lai du dernier des ménestrels, 1805). Certains de ses romans historiques du cycle de Waverley, comme le célèbre Ivanhoé (1819), lui valent une réputation plus durable en tant que prosateur.

Lord Byron est l’un des poètes qui allient le romantisme à la révolte politique et sociale. À l’image de sa vie personnelle orageuse, cet aristocrate généreux et égotiste exprime avec passion, ironie et cynisme l’errance de grandes âmes misanthropes et blasées, notamment dans le Chevalier Harold (1812) et Don Juan (1819-1824) ; son esprit satirique et un sens développé du réalisme social le placent à l’écart des autres romantiques anglais. L’autre grand poète révolutionnaire de son temps, Percy Bysshe Shelley, semble beaucoup plus proche de l’esprit noble et grave des autres romantiques ; sa poésie très méditative exprime le rejet de la tyrannie des gouvernants et des traditions, et une foi indéfectible en la bonté naturelle de l’homme (Prométhée délivré, 1820). John Keats, le plus jeune des grands poètes romantiques, a exprimé une sensualité dénuée de toute philosophie morale ou sociale dans Ode sur une urne grecque et Ode à un rossignol (1820). L’autobiographie passionnée et fantasmagorique de Thomas De Quincey, Confessions d’un mangeur d’opium anglais (1822), œuvre en prose d’une grande richesse poétique, inspirera à Baudelaire ses Paradis artificiels.

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