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Présentation ; L’initiation nomade d’un apprenti révolutionnaire ; De la guérilla au pouvoir politique ; Un pèlerin de la révolution ; Le(s) mythe(s) du « Che »
Guevara, Ernesto (1928-1967), dit Che Guevara, révolutionnaire argentin, dirigeant politique cubain, guérillero dans divers pays d’Amérique latine et d’Afrique. Il est l’une des principales figures de l’aventure révolutionnaire au XXe siècle.
Né à Rosario de la Fé (Argentine), dans une famille bourgeoise et lettrée, Ernesto Guevara est, dès son jeune âge, un esprit vif ainsi qu’un sportif affirmé. En dépit de ses origines, il cultive une profonde amitié pour le peuple démuni des rues et des campagnes. Tout en suivant des études de médecine, il se plonge dans ce milieu, au point de décider de s’en imprégner totalement en traversant l’Amérique latine. Après un premier voyage en 1948, il se lance, en 1951, avec son ami Alberto Granado, dans un périple de 10 000 kilomètres, traversant l’Argentine, le Chili, la Bolivie, le Pérou, la Colombie, l’Équateur et Panamá. Son témoignage, dans Voyage à motocyclette, montre son désir de rencontrer le peuple, d’aider les malades et les démunis. Guevara est un révolté que l’injustice sociale et l’arbitraire politique horrifient. Diplômé de médecine en 1952, il repart seul, en 1953 à la découverte de l’univers des révolutionnaires latino-américains. Au Guatemala, en pleine révolution (sous Jacobo Arbenz Guzmán), il s’initie au marxisme. Puis il s’exile au Mexique. Fervent adepte de Fidel Castro depuis l’épisode de l’attaque de la caserne de Moncada (1953), il y rencontre « El Flaco », survivant de la fameuse attaque, et rencontre Castro lui-même en juillet 1955. Guevara rejoint les troupes de Castro, et c’est là qu’il gagne son surnom « Che » (dû à l’utilisation de l’interjection argentine che).
Fin novembre 1956, il fait partie des 82 hommes qui débarquent à Cuba. Leur échec est meurtrier, mais une vingtaine de survivants gagnent la sierra Maestra. Soutenus par les precaristas (paysans pauvres), il finissent par vaincre la dictature de Fulgencio Batista. Durant les années de lutte (1957-1958), Guevara devient un des principaux lieutenants de Castro. Il a contribué largement à la victoire et précède Castro à la Havane, le 2 janvier 1959. Auréolé par son statut de chef de guerre, naturalisé cubain, il est un des personnages clefs du pouvoir révolutionnaire castriste. Dès 1959, il est désigné ambassadeur itinérant de la révolution cubaine. Il visite les « non-alignés » – Égypte, Inde, Yougoslavie, Indonésie –, se rend en Italie, au Japon, au Pakistan… Son indépendance d’esprit et de discours symbolisent le désir de la révolution cubaine de n’être inféodée à personne. Indépendance, justice sociale, fraternité avant tout : tel est le credo de Guevara – qui n’oublie cependant pas de dire sa haine du capitalisme et des impérialismes, américain en particulier. Président de l’Institut national de la recherche agraire (INRA) en 1959, ministre de l’Industrie et directeur de la Banque centrale cubaine (1961), il apparaît comme le numéro 2 du régime. À ce titre, il tente d’imposer une vision de la révolution économique dans laquelle l’égalitarisme social prime, soumettant la question de la rentabilité industrielle et agricole à un approvisionnement planifié et égalitaire de tous les Cubains – ce en quoi il se heurte aux partisans du développement par l’industrialisation. Il est, dès lors, de ceux qui favorisent l'évolution à gauche du régime castriste. Du reste, le rapprochement avec l’URSS, après la période de crise de 1961-1963, est plutôt le fait d’un Castro acculé que d’un Che Guevara plus sinophile que soviétophile et désireux, avant tout, d’exporter la révolution dans le tiers-monde et les ex-pays colonisés. En février 1965, lors de la conférence afro-asiatique d’Alger, il exprime ce choix en refusant le « marchandage » impérialiste de l’URSS, qui va contre la vraie révolution, c’est-à-dire une fraternité pure, non mercantile, désintéressée. Homme libre avant tout, le « Che » s’apprête à tourner une page.
« En dehors de la révolution, il n’y a pas de vie » déclare-t-il en 1965, peu avant de quitter Cuba au mois d’avril. Il veut exporter la révolution : « Créer deux, trois… de nombreux Viêt Nam, voilà le mot d’ordre ! » Celui qu’on a vu diriger Cuba et, souvent, donner de lui-même dans les usines ou dans les champs de canne à sucre, retourne au contact du terrain. Après son échec à faire la révolution au Congo (jusqu’en mars 1966), il rejoint la Bolivie, avec l’espoir d’y créer, sur la base des guérillas existantes, un foyer révolutionnaire analogue à celui de la sierra Maestra. Il mène la révolte des paysans et des mineurs d'étain contre le gouvernement militaire sans grand succès et, le 8 octobre 1967, il est arrêté et abattu par l’armée régulière. Sa mort scelle la naissance de son mythe.
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