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Plan de l'article
Présentation ; Des mots différents pour une même réalité ; L'antisémitisme au centre de la vision du monde nazie ; Persécution des Allemands juifs dans l'Allemagne nazie ; L’élimination systématisée des Juifs d'Europe ; Le bilan
Shoah, extermination des Juifs européens par les nazis de 1933 à 1945. Ce crime, au cœur du programme nazi, fonde la singularité du nazisme par rapport aux autres régimes totalitaires.
Le vocabulaire pour désigner l’extermination des Juifs par les nazis varie selon les pays : en France, le mot Shoah, signifiant en hébreu « catastrophe », tend à s'imposer depuis le documentaire réalisé par Claude Lanzmann (Shoah, 1985). Auparavant, le terme qui a longtemps prévalu est le terme de génocide, mot forgé en 1944 par le juriste polonais Raphaël Lemkin pour caractériser « la pratique de l'extermination de nations et de groupes ethniques ». Mais le mot génocide a souffert de voir son usage banalisé et utilisé dans de nombreuses polémiques pour désigner d'autres massacres de populations (Arméniens et Kurdes par les Turcs, Biafrais par le Nigeria, etc.). En Israël et dans les pays anglo-saxons est utilisé le mot Holocauste : dans le Livre de l'Exode de la Bible, il désigne des offrandes sacrificielles dédiées à Dieu. Toutefois, il ne fait pas l'unanimité, en raison de son caractère sacré qui sous-entend un sacrifice des Juifs pour plaire à Dieu. En Allemagne, ce sont les termes de solution finale (Endlösung) ou de destruction (Vernichtung) qui sont les plus couramment employés.
L'antijudaïsme a une histoire aussi longue que celle du peuple juif, victime de pogroms réguliers et de conversions forcées, surtout orchestrés par les églises chrétiennes au nom de la lutte pour la « vraie foi ». Cette persécution religieuse s’est transformée en antisémitisme au xixe siècle en se parant de fausses analyses scientifiques, qui s’appuient sur des interprétations erronées des hypothèses de Charles Darwin sur l'évolution des espèces. L'antisémitisme se fonde ainsi sur une vision raciale et raciste de l'humanité, qui se retrouve dans toute l'Europe, en Russie où des lois antijuives sont proclamées, en France lors de l'affaire Dreyfus ou en Grande-Bretagne dans les écrits de Houston Stewart Chamberlain. Ces théories antisémites, Hitler les place au cœur de sa vision du monde : pour lui, l'histoire du monde repose sur l'affrontement entre les peuples, qu’il désigne par le vocable de « races », et notamment sur la lutte entre Aryens et Juifs. Pour les nazis, le judaïsme représente le Mal absolu, et un complot juif vise à dominer le monde en détruisant les civilisations « supérieures ». En outre, le peuple juif est dit « inférieur », car il n'a pas de territoire national, « parasite » . L’objectif des nazis est donc de l’éliminer. Une fois au pouvoir, Hitler applique une politique de discrimination systématique contre les Allemands juifs, puis une politique d'extermination étendue à tous les pays que l’Allemagne contrôle directement ou indirectement à partir du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
Des mesures discriminatoires sont prises par les nazis dès l'accession d'Hitler au pouvoir en janvier 1933 : boycott des magasins tenus par des Allemands juifs, aryanisation de leurs biens, exclusion de la fonction publique. Pour appliquer ces mesures, il faut déterminer qui est juif. C'est le critère religieux qui est retenu : le 11 avril 1933, toute personne ayant un parent ou un grand-parent juif est déclarée juive ou demi-juive, et donc susceptible de tomber sous le coup de la loi. Dès lors, la répression s'organise : apposition de la lettre « J » sur les passeports, création de cartes d'identité spéciales, exclusion des lieux publics, arrestations arbitraires, incarcération dans les camps de concentration ouverts à partir de 1933 pour enfermer les opposants au nazisme (communistes, socialistes, chrétiens…), les homosexuels, les tsiganes, les juifs et les détenus de droit commun. La « Loi pour la protection du sang et de l'honneur allemands » est promulguée le 15 septembre 1935 lors du Congrès de Nuremberg : elle interdit mariage et relations sexuelles entre juifs et non-juifs. Le texte sur la nationalité allemande la complète le 14 novembre 1935 : il exclut de la citoyenneté toute personne ayant soit trois grands-parents juifs, soit deux grands-parents juifs si elle pratique la religion juive ou est mariée à un Juif.
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