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Mondrian, Piet (1872-1944), peintre néerlandais, pionnier de l’art abstrait, auquel il a donné une de ses formulations les plus rigoureuses, à la fois comme plasticien et comme théoricien.
Né à Amersfoort (Pays-Bas), Pieter Cornelis Mondriaan, qui change l’orthographe de son nom en Mondrian à Paris en 1912, est élevé dans une famille calviniste. Fils d’un peintre amateur doué, il étudie à l’Académie des beaux-arts d’Amsterdam entre 1892 et 1895. Ses premières œuvres sont des paysages réalistes proches de ceux des peintres de l’école de La Haye. En 1908, sous l’influence des peintres Jan Sluyters (1881-1957) et Jan Toorop, il évolue vers une forme de fauvisme et de divisionnisme qui montre également sa connaissance de l’œuvre du peintre expressionniste norvégien Edvard Munch. Entre-temps, Mondrian devient un adepte de la théosophie et cherche à faire de sa peinture un langage universel, capable de rendre compte de réalités essentielles, situées au-delà des apparences sensibles. Le triptyque Évolution (1910-1911, Gemeentemuseum, La Haye) est le reflet de ces préoccupations, traduites dans un langage pictural encore fortement marqué par l’imagerie symboliste. La découverte du cubisme à Paris, où il s’installe en 1912, le met sur la voie de l’invention d’un langage pictural autonome. Travaillant en séries, il part de motifs progressivement épurés auxquels il applique la grille cubiste, considérablement simplifiée en lignes horizontales et verticales. Il parvient ainsi à l’abstraction dès 1913, avec par exemple Composition n° II (Kröller-Müller Museum, Otterlo). Pendant la guerre, aux Pays-Bas, il traite le motif de la mer en le ramenant à des compositions de tirets formant des signes « plus » et « moins ». Entre 1918 et 1920, il réalise plusieurs tableaux couverts d’une grille all over systématique, délimitant des modules identiques, et réintroduit la couleur, sous l’influence de son compatriote Bart Van der Leck (1876-1958), qui fait un usage presque exclusif des trois primaires. En 1920, Piet Mondrian crée sa première composition de lignes noires perpendiculaires, enserrant dans une grille irrégulière des plans de couleurs primaires (jaune, rouge, bleu) et de non-couleur (blanc, noir, gris). Il donne à ce nouveau langage pictural le nom de néoplasticisme, dont il théorise les fondements dans la revue De Stijl, créée en 1917 à Leyde par Theo Van Dœsburg, ainsi que dans une brochure, Le néoplasticisme, publiée en 1920 à Paris, où il s’est réinstallé.
Le néoplasticisme est une peinture de rapports, fondée sur le contraste de l’« extrême un » et de l’« extrême autre », qui commande, selon Mondrian, l’organisation de la nature et de l’Univers en son entier, et qui se traduit en peinture par le seul contraste des couleurs fondamentales et des lignes horizontales et verticales : « Ce rapport de position est le plus équilibré de tous, parce qu’il exprime dans une parfaite harmonie le rapport de l’extrême un et de l’extrême autre et qu’il porte en lui tous les autres rapports. » (De Stijl, 1917-1918). Le néoplasticisme est une manière dialectique directement inspirée de Hegel qui ne concerne pas seulement les arts mais toutes les activités de l’homme. Piet Mondrian parle à cette époque de repos universel, de balance absolue, il rêve d’une société parfaitement équilibrée où tout y est « déterminé ». Le néoplasticisme satisfaisait ainsi l’exigence d’universalité que recherche l’artiste. Sans abandonner ses prémices fondatrices, le néoplasticisme ne cesse d’évoluer. À partir du milieu des années 1930, Mondrian privilégie des compositions de lignes serrées, limitant le rôle de la couleur, ceci à la suite de la découverte du jazz américain auquel il applique sa théorie. Il y fait entrer la valeur positive du rythme qui auparavant était bannie de son travail.
Maître à penser de l’avant-garde européenne, Mondrian est inclus dans toutes les manifestations de celle-ci ; il participe notamment aux groupes Cercle et Carré puis Abstraction-Création, fondés respectivement en 1929 et 1931 à Paris. La couleur revient en force dans les compositions réalisées à New York où le peintre s’installe en 1940. Il identifie totalement la couleur à la ligne, qu’il tresse en réseaux (New York City I, 1942, Musée national d’Art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris) ou qu’il morcelle en petites unités vibrantes, comme dans le magistral Victory Boogie-Woogie (1944, Gemeentemuseum, La Haye), qu’il laisse inachevé à sa mort. L’art de Mondrian est resté longtemps hermétique par son aridité même, mais ce travail de destruction, construction, est aujourd’hui reconnu pour ce qu’il est, une totale redéfinition de la peinture.
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