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Présentation ; Définition et caractéristiques du genre ; Premiers romans policiers ; Roman policier traditionnel ; Évolution du roman policier ; Frontières du genre policier
policier, roman, genre romanesque apparu au xixe siècle, mettant en scène un détective ou un policier chargé d’élucider une affaire criminelle.
Dans les romans policiers traditionnels ou « romans à énigme », l’intrigue débute par un meurtre. Elle se développe ensuite selon une chronologie inversée, puisqu’il s’agit pour l’enquêteur de retrouver ce qui s’est produit avant le crime sur lequel s’ouvre l’ouvrage. L’intérêt de l’enquête policière — interrogatoire de suspects et recherche minutieuse d’indices — porte sur le mobile, les circonstances et l’arme du crime : le détective parvient à la solution en éliminant les uns après les autres les suspects qui ne lui permettent pas de vérifier ses hypothèses. Le roman policier est donc essentiellement bâti sur l’observation et le raisonnement logique ; pour le lecteur, le plaisir procuré par ce type d’ouvrages est celui d’un jeu, d’un exercice de réflexion et de déduction, où il s’identifie au héros tout en se mesurant à lui. Afin de concocter un cas difficile pour le détective et intéressant pour le lecteur, l’auteur multiplie les obstacles matériels et les pièges logiques tout au long de l'enquête : plusieurs suspects, de nouveaux meurtres, des diversions et, souvent, des menaces contre l’enquêteur lui-même construisent un récit extrêmement complexe mais toujours cohérent. Au cours de son enquête, le détective fait part au lecteur de tous ses indices mais non de tous les raisonnements qu’il échafaude ; il ne démasque d’ailleurs le coupable qu’à la fin, où généralement il explique par quel moyen il a dénoué l’affaire. « Le lecteur et le détective doivent avoir les chances égales de résoudre le problème », a observé S. S. Van Dine, dans un article de Mystère magazine (1951) où il expose les vingt règles fondamentales du roman policier. L’identification du lecteur au personnage du détective ou du policier chargé de l’enquête est renforcée lorsque ce dernier se confond avec le narrateur lui-même (récit à la première personne) ; mais, même dans le cas d’un récit à la troisième personne, l’enquêteur reste le personnage auquel le lecteur peut s’identifier : le roman policier exclut la possibilité d’une identification du lecteur au criminel et évacue ainsi chez lui tout sentiment de culpabilité. Le héros des romans policiers traditionnels est parfois accompagné d’un acolyte plein de bonne volonté mais peu habile et peu rigoureux dans l’art de la déduction logique, qui lui sert de faire-valoir (c’est le cas de Watson, compagnon de Sherlock Holmes, ou d’Hastings, associé d’Hercule Poirot).
Le roman policier contemporain a marqué une nette évolution par rapport au roman policier traditionnel dans le domaine de la caractérisation des personnages : tandis que l’enquêteur était habituellement un professionnel et un être d’exception, l’enquêteur des récits plus récents est un personnage ordinaire, plus proche du lecteur. Non seulement il n’est plus policier ni détective, mais c’est malgré lui qu’il se retrouve mêlé à un meurtre ou à une quelconque autre affaire policière : s’il se transforme en enquêteur, c'est par nécessité — par amour, par intérêt, ou pour « sauver sa peau », par exemple. Si le roman policier est un genre conventionnel, obéissant à un certain nombre de règles reproductibles, la nécessité qui lui est faite, depuis plus d’un siècle d’existence, de se renouveler, l’a amené à jouer avec les normes mêmes qui le définissent. Le plaisir de lecture du roman policier est fondé sur des mécanismes aisément reconnaissables : il est fait à la fois d’identification et de distanciation, d’une lecture au premier degré et du plaisir de la reconnaissance des codes (lecture au second degré), de jeu et de sérieux, d’implication et d’ironie. Le roman policier est un genre sériel fondé sur le double phénomène de la répétition et de la variation (c’est-à-dire qu’il se développe en séries de romans mettant en scène le même univers ou le même personnage, comme Sherlock Holmes ou Hercule Poirot). C’est cet aspect sériel, supposant des codes repérables, des personnages stéréotypés et une structure figée — aboutissant parfois, dans le pire des cas, à une « recette » facile — qui vaut au roman policier d’être classé dans la catégorie de la littérature populaire, voire de la paralittérature.
Les premiers romans policiers sont nés bien avant que le genre ne se constitue comme tel et ne reçoive cette appellation : l’expression de « roman policier » apparut en France dans le courant des années 1890 — son équivalent anglo-saxon, la detective story, ne se rencontra pas avant 1897 —, alors que les premières œuvres du genre datent du milieu du xixe siècle. Ce n’est pas un hasard si le roman policier est né au xixe siècle, à une époque où les grandes villes, par leur expansion, devenaient de plus en plus dangereuses, où les valeurs traditionnelles étaient remises en cause et où des polices organisées se développaient en Europe (création du Detective Department de Scotland Yard) : il reflète en effet les peurs de son temps. En France, le chef de la sûreté de Paris, François Eugène Vidocq, peut passer pour un précurseur du genre avec ses Mémoires (1828). Les premiers romanciers à traiter de thèmes policiers furent E. T. A. Hoffmann et Feuerbach, mais c'est Edgar Allan Poe qui créa le roman policier en 1841, en donnant vie au premier détective de fiction, C. Auguste Dupin, dans une nouvelle, « Double Assassinat dans la rue Morgue », publiée par le Graham's Magazine. Dans cette nouvelle, devenue un classique de Poe, Dupin, par ses habitudes excentriques et ses méthodes de déduction, fournit un modèle de personnage qui sera repris par la plupart des auteurs de romans policiers. Poe réutilisa le personnage de Dupin pour résoudre l’énigme du « Mystère de Marie Roget » (1842-1843) et celle de « la Lettre volée » (1845) ; Dupin sera le héros d’autres nouvelles encore. « Double Assassinat dans la rue Morgue » ne fut pourtant pas qualifié en son temps de « roman policier » (il ne le sera qu’en 1904), pas plus que les œuvres des romanciers qui exploitèrent le genre créé par Poe (en France, citons notamment Émile Gaboriau, auteur de l’Affaire Lerouge, un roman dit « judiciaire », 1863). En Angleterre, Wilkie Collins, avec la Dame en blanc (1860) et la Pierre de lune (1868), créa le détective Sergeant Cuff ; il fut aussi le premier à prouver que les œuvres du genre pouvaient dépasser la taille d’une nouvelle. Sur son exemple et à sa demande, son ami Charles Dickens s’essaya sur le tard à la fiction policière avec le Mystère d’Edwin Drood (1870), mais il mourut avant de l’avoir terminé et l’identité du meurtrier demeure inconnue.
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