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Présentation ; D’un supposé espion à une crise d’ampleur nationale ; L’opinion se divise en deux camps ; Vers la révision du procès ; Les conséquences de l’affaire Dreyfus
Dreyfus, affaire, crise politique de la IIIe République qui, de 1896 à 1899, a profondément divisé l’opinion publique et entraîné une crise nationale. Scindée en deux camps antagonistes, l’opinion s’est opposée au sujet de la culpabilité ou de l’innocence du capitaine Alfred Dreyfus, condamné à tort pour espionnage au profit de l’Allemagne. Au-delà du scandale judiciaire, l’affaire Dreyfus a été un puissant révélateur des profonds clivages idéologiques et politiques de la France d’avant 1914. À terme, elle a en grande partie déterminé la représentation de l’« esprit républicain ».
En septembre 1894, alors que l’État révise les plans de guerre après la conclusion de l’accord secret franco-russe, on découvre au sein du service de renseignements français un bordereau anonyme contenant une liste de documents militaires confidentiels destinés à l’ambassade d’Allemagne. Après une enquête sommaire, le capitaine Dreyfus — Juif d’origine alsacienne — est accusé de cette trahison, l’écriture de celui-ci étant semblable à celle qui apparaît sur le bordereau. Traduit devant le Conseil de guerre, il est condamné à la dégradation et à la déportation à vie au bagne de Cayenne, sur l’île du Diable (22 décembre 1894). À cette époque, rares sont ceux qui doutent de la culpabilité de Dreyfus, y compris certains de ses futurs défenseurs, tel le socialiste Jean Jaurès. En fait, le procès alimente le discours de la droite nationaliste et en particulier la campagne antisémite menée tambour battant par la Libre Parole, journal d’Édouard Drumont, également directeur de la Ligue antisémitique. Ce dernier voit dans l’affaire un alibi pour faire progresser son idéal de nationalisme xénophobe au sein de l’opinion française. Pourtant, la famille du capitaine — notamment son frère Matthieu — refuse la condamnation. Avec l’aide du journaliste et publiciste Bernard Lazare, Matthieu veut prouver l’innocence d’Alfred. Dans un premier temps, l’Éclair et le Matin attirent l’attention du public sur la nature suspecte des preuves fondant sa condamnation. Lazare publie une brochure favorable à Dreyfus, relançant l’attention de l’opinion. Surtout, Matthieu Dreyfus et Lazare reçoivent l’appui décisif du colonel Georges Picquart, chef du 2e Bureau (service des renseignements). Celui-ci découvre l’identité du probable coupable : le commandant Esterhazy. Mais les autorités militaires refusent de revenir en arrière. Un an plus tard, toutes ses tractations ayant échoué, Matthieu Dreyfus révèle cette découverte dans le Figaro. Pour empêcher une révision du procès, les autorités militaires traduisent Esterhazy devant le Conseil de guerre, qui l’acquitte (10 janvier 1898). Quant à Picquart, il est muté dans le sud de la Tunisie, avant d’être mis aux arrêts, puis réformé. Devant l’évidente volonté du gouvernement de laisser s’épuiser l’affaire, l’écrivain Émile Zola décide de frapper un grand coup pour alerter l’opinion. Le 13 janvier 1898, avec l’accord de Georges Clemenceau qui en dirige la rédaction, il publie « J’accuse » dans l’Aurore. Cette lettre ouverte au président de la République dénonce le déni de justice commis par l’armée et ses complices, hommes politiques et magistrats. Zola est condamné pour diffamation à un an de prison ferme et à une amende. Mais le procès Dreyfus a pris une nouvelle envergure. Désormais, l’attention de l’opinion et des ténors de l’intelligentsia, du monde politique de droite et de gauche, se braque vers ce que l’on nomme dorénavant « l’Affaire ».
Si l’affaire Dreyfus prend alors une tournure hautement politique et débouche sur une crise morale nationale paroxystique, c’est que le contexte favorise l’exaspération de l’opinion publique. Sur le plan économique, la période est difficile. Sur le plan politique, la IIIe République a vu éclore, puis s’affirmer un courant nationaliste et revanchard (faisant suite à l’échec de la guerre de 1870), antiparlementaire que la crise boulangiste de 1886-1889 a amplement nourri, avant que le scandale de Panamá ne lui serve de relance. L’affaire Dreyfus s’inscrit donc dans une période d’instabilité. Avec elle, le monde politique et journalistique trouve prétexte à une véritable guerre de l’écrit par éditorialistes interposés. En une période où les journaux sont nombreux et ont une diffusion en constante augmentation — on parle de « l’âge d’or de la presse » —, cette guerre de l’écrit donne définitivement à l’Affaire une ampleur nationale. L’enjeu de l’affaire Dreyfus en est évidemment accru puisqu’il imprime sa marque sur la vie politique et fait que l’opinion se divise en deux camps.
Au nom de la vérité, de la justice et des droits de l’individu, les partisans de la révision du procès, les dreyfusards, exigent que le jugement de 1894 soit cassé. Cette position est notamment défendue dans les colonnes de l’Aurore, de la Petite République, du Figaro, du Siècle. Le camp dreyfusard, majoritairement de gauche, souvent anticlérical et antimilitariste, comprend des socialistes (Jean Jaurès), des radicaux et des républicains. Il rassemble des protestants et francs-maçons que les antidreyfusards assimilent aux « juifs » et aux « métèques » dans un vaste et supposé complot contre la France. Enfin, un des principaux caractères de l’antidreyfusisme est d’avoir entraîné l’acte de naissance des intellectuels en tant qu’acteurs du débat public. Clemenceau en lance le concept en janvier 1898 avec la publication du Manifeste des intellectuels. Nombre de scientifiques, de professeurs, de journalistes, se mobilisent dans la Ligue des droits de l’homme, fondée en juin 1898.
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