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jazz (musique)Article
Plan de l'article
Présentation ; Les origines du jazz ; Les premiers jazzmen : une musique issue des classes populaires ; Le jazz à La Nouvelle-Orléans (1900-1920) ; Le jazz à Chicago (Les années vingt) ; Le temps du Swing (1930–1945) ; Le be-bop régénère le jazz (les années 1945-1950) ; Jazz cool, West Coast et hard bop (les années cinquante) ; Le jazz s’émancipe : jazz modal, free jazz, Third Stream et bossa-nova (les années soixante) ; Le jazz-rock (les années soixante-dix) ; Où le jazz se conjugue au pluriel (depuis les années quatre-vingt)
Les jeunes musiciens s’émancipent dans des orchestres qui leur permettent de survivre ; ainsi le saxophoniste Charlie Parker intègre-t-il la formation du chanteur Billy Eckstine en 1944 où il a comme partenaire le trompettiste Dizzy Gillespie. Après les concerts, ils se retrouvent dans un club d’Harlem, le Minton’s Playhouse, pour jeter les bases d’un nouveau style qui prend bientôt le nom de be-bop. Au gré de ces soirées, le batteur Kenny Clarke, le pianiste Thelonious Monk ou Charlie Christian montent sur scène et se lancent dans de fougueuses jam sessions (improvisations exécutées par des musiciens ne jouant pas habituellement ensemble), rejoints parfois par de grands solistes précurseurs comme Coleman Hawkins. Le be-bop est caractérisé par la discontinuité de la ponctuation et l’élargissement des bases harmoniques, le tout interprété sur des tempos parfois très rapides. Le quintette formé par Dizzy Gillespie et Charlie Parker enregistre les premiers chefs-d’œuvre du be-bop en 1945, avant de partir pour la Californie. À New York, les clubs de jazz mettent les nouvelles vedettes à l’affiche : les trompettistes Miles Davis (engagé par Charlie Parker), Howard McGhee et Fats Navarro, les saxophonistes Dexter Gordon et Wardell Gray, le pianiste Bud Powell, le vibraphoniste Milt Jackson, le contrebassiste Ray Brown ou encore la chanteuse Sarah Vaughan. En 1944, Norman Granz organise le premier concert du Jazz at the Philharmonic. Dizzy Gillespie forme son premier grand orchestre be-bop enrichi d’apports afro-cubains deux ans plus tard.
Parallèlement à cette déferlante be-bop, l’Amérique se penche sur son passé, redécouvre (notamment grâce au cinéaste Orson Welles) et accorde une nouvelle vie aux vétérans du style New Orleans — Jelly Roll Morton, Sidney Bechet et Kid Ory notamment renouent avec le succès) ; ce retour aux origines du jazz est baptisé New Orleans Revival (ou « renouveau du jazz New Orleans »). À Paris, le phénomène se développe à la Libération dans les caves de Saint-Germain-des-Prés avec les Lorientais de Claude Luter et la « trompinette » de Boris Vian. Toutefois, les innovations be-bop, jugées irrespectueuses, sont fraîchement accueillies et provoquent la querelle des « anciens et des modernes » dont témoigne le concert du Dizzy Gillespie Orchestra à Paris en 1948.
Une nouvelle facette du jazz voit le jour à la fin des années quarante lorsque Miles Davis, en rupture avec le quintette de Charlie Parker, enregistre Birth of the Cool (1949) en nonette, sur des arrangements de Gil Evans et aux côtés du saxophoniste alto Lee Konitz. En alternative à l’expressionnisme du be-bop, l’esthétique adoptée accorde la primauté à une couleur sonore feutrée exempte de tout vibrato dans une atmosphère aux rythmes plus souples et détendus (cool, d’où le nom donné à ce style). S’apparentent à ce courant des saxophonistes revendiquant l’héritage de Lester Young (« père spirituel » du jazz cool) tels que Warne Marsh et les fameux Four Brothers (« quatre frères ») de l’orchestre de Woody Herman : Stan Getz, Zoot Sims, Al Cohn et Jimmy Giuffre. Le pianiste Lennie Tristano occupe une place déterminante dans l’évolution du jazz post-bop, puisqu’il est l’un des précurseurs du cool et anticipe le free jazz de la décennie suivante.
Le jazz West Coast (« jazz de la côte ouest des États-Unis ») apparaît en 1952 grâce à des musiciens sortis des rangs de l’orchestre « moderniste » de Stan Kenton ; blancs pour la plupart et d’une exceptionnelle compétence musicale (à l’instar du saxophoniste Art Pepper), ils ont pour chef de file le trompettiste Shorty Rodgers et se rencontrent au club Lighthouse d’Hermosa Beach ou dans les studios d’enregistrement. Leur jazz très diversifié s’ouvre à de multiples influences en recourant à des instruments jusqu’alors inutilisés. Deux quartettes particulièrement influents symbolisent ce courant : celui de Gerry Mulligan dans lequel évolue le trompettiste Chet Baker et celui du pianiste Dave Brubeck avec le saxophoniste alto Paul Desmond.
Parallèlement, à New York, des musiciens originaires de Detroit ou de Philadelphie pour certains proposent une nouvelle version du be-bop — moins sophistiquée et plus populaire — aux harmonies empruntées au blues et au gospel, et invoquent un retour à un expressionnisme moins intellectualisé, curieusement dénommé hard bop (ou « bop dur »). Les Jazz Messengers du batteur Art Blakey — le pianiste Horace Silver, et le trompettiste Clifford Brown qui forme par la suite un quintette emblématique avec Sonny Rollins —, sont réunis à partir de 1954 et cristallisent l’essentiel des expérimentations sonores et musicales du hard bop. À la même époque, le chanteur et pianiste Ray Charles, influencé à ses débuts par Nat King Cole, donne ses premières lettres de noblesse au rhythm and blues et à la musique soul. Le contrebassiste Charles Mingus présente son premier Jazz Workshop (littéralement « atelier de jazz »), une musique « en colère » qui annonce le free jazz, tandis que disparaissent Charlie Parker, Billie Holiday et Lester Young. En France, Sidney Bechet fait salle comble, Django Reinhartd a électrifié sa guitare et les Jazz Messengers font les beaux soirs du Club St-Germain à Paris.
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