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jazz (musique)Article
Plan de l'article
Présentation ; Les origines du jazz ; Les premiers jazzmen : une musique issue des classes populaires ; Le jazz à La Nouvelle-Orléans (1900-1920) ; Le jazz à Chicago (Les années vingt) ; Le temps du Swing (1930–1945) ; Le be-bop régénère le jazz (les années 1945-1950) ; Jazz cool, West Coast et hard bop (les années cinquante) ; Le jazz s’émancipe : jazz modal, free jazz, Third Stream et bossa-nova (les années soixante) ; Le jazz-rock (les années soixante-dix) ; Où le jazz se conjugue au pluriel (depuis les années quatre-vingt)
La modalité (soit toutes formes harmoniques et mélodiques autres que les gammes classiques majeures et mineures) a déjà été expérimentée par Miles Davis en 1958, mais c’est un an plus tard que le trompettiste enregistre Kind of Blue (disque de jazz le plus vendu dans le monde depuis sa parution) avec les saxophonistes Julian « Cannonball » Adderley et John Coltrane et le pianiste Bill Evans. La voie est ainsi tracée pour John Coltrane qui signe My Favourite Things (1960) en quartette avec le pianiste McCoy Tyner et le batteur Elvin Jones. Le compositeur George Russell, auteur du concept lydien d’organisation tonale, est l’un des premiers défricheurs du jazz modal.
Le saxophoniste Ornette Coleman enregistre à la fin des années cinquante les disques Something Else et Tomorrow Is the Question, qui amorcent une nouvelle révolution après celle du be-bop, la New Thing (« nouvelle chose »). Son disque suivant, intitulé Free Jazz (dans lequel figurent notamment le trompettiste Don Cherry, le saxophoniste Eric Dolphy et le contrebassiste Charlie Haden), dont le titre a valeur de manifeste, fait l’effet d’une bombe : rejet des contraintes du be-bop, retour à l’improvisation collective, revendication d’autonomie de la culture afro-américaine, contestation politique, tels sont les principaux concepts véhiculés par le free jazz. Les acteurs de ce courant explosif et avant-gardiste se nomment Albert Ayler, Anthony Braxton, Pharoah Sanders, Archie Shepp, Cecil Taylor, l’Art Ensemble of Chicago, l’orchestre intergalactique de Sun Ra et les musiciens de l’Association for the Advancement of Creative Music (AACM) œuvrant pour la reconnaissance de la Great Black Music (« grande musique noire »). À partir de 1963, John Coltrane découvre les musiques indiennes — il n’hésite pas à revendiquer l’influence de Ravi Shankar — et africaines et prend le parti d’un langage plus résolument free à connotation mystique (A Love Supreme, 1964).
Le Third Stream désigne les œuvres de compositeurs voulant dépasser le cadre du jazz en réalisant une symbiose entre la musique afro-américaine et les musiques européennes classiques ou contemporaines, entre la musique la plus libre et l’écriture tonale, polytonale ou sérielle. Le chef de file de ce mouvement, Gunther Schuller, s’associe souvent à John Lewis, fondateur du Modern Jazz Quartet dont le disque Third Stream Music constitue la plus emblématique illustration de ce courant.
Fruit de la rencontre entre la samba brésilienne et le jazz moderne, la bossa-nova (littéralement, en portugais, « nouvelle vague ») connaît un succès grandissant grâce à une composition d’Antonio Carlos Jobim — « Desfinado » — que Stan Getz enregistre en 1962 avec le trio du guitariste Charlie Byrd. Le saxophoniste récidive un an plus tard avec João Gilberto et sa femme Astrud : l’album The Girl from Ipanema permet d’exporter la bossa-nova dans le monde entier. Bill Evans atteint la renommée internationale par la sublimation des standards qu’il renouvelle sans cesse, Thelonious Monk fait tous les ans le tour du monde avec le même succès, John Coltrane et Sonny Rollins repoussent toujours plus les limites du jazz tandis que Miles Davis s’adjoint des musiciens — Wayne Shorter, Herbie Hancock, Tony Williams — avec lesquels il commence de nouvelles aventures qui vont le conduire vers la fusion du jazz et du rock. En France, le festival d’Antibes-Juan-les-Pins permet la découverte d’ artistes américains tels que le quartette du saxophoniste Charles Lloyd comprenant notamment le pianiste Keith Jarrett, mais également les jeunes générations de musiciens tous styles confondus. À Paris, le club le Chat qui pêche accueille les musiciens free et révèle au monde du jazz le contrebassiste Jean-François Jenny-Clark et le batteur Aldo Romano, tandis qu’au Blue Note se produisent les pianistes Bud Powell et Martial Solal. La fin des années soixante est toutefois l’occasion d’une réflexion sur l’évolution du jazz à l’aune des innovations apportées par le free jazz, que d’aucuns jugent dangereuses pour la pérennité du genre. Certains proclament donc la mort du jazz, d’autant plus que le jeune public accorde ses préférences au rock et aux musiques populaires noires comme le rhythm and blues, la musique soul et le funk ; le grand public est désorienté et le jazz doit affronter l’une des plus graves crises d’identité de son histoire.
Avec les disques In A Silent Way (1969) et Bitches Brew (1969), Miles Davis, toujours en avance sur la mode, invente le jazz-rock (appellation européenne), ou « fusion » (dénomination américaine), en s’inspirant de la musique pop à laquelle il emprunte les rythmes binaires ; il en adopte (et adapte) également les innovations électriques et électroniques en compagnie de jeunes musiciens britanniques, dont le guitariste John McLaughlin et le contrebassiste Dave Holland, auxquels s’ajoute le claviériste d’origine autrichienne Joe Zawinul, qui forme Weather Report en 1970 avec Wayne Shorter. De nombreuses formations groupes se font et se défont : ainsi le Return for Ever du pianiste Chick Corea, le Mahavishnu Orchestra de McLaughlin auquel participe le violoniste Jean-Luc Ponty, qui rejoint ensuite l’inclassable Frank Zappa. Herbie Hancock et ses Headhunters oscillent entre jazz et funk et vend des millions de disques. Dans cette mouvance se trouvent le vibraphoniste Gary Burton, le guitariste Larry Coryell, le bassiste Stanley Clarke et les batteurs Billy Cobham et Tony Williams. À New York, des musiciens-artistes évoluant dans la sphère du free jazz se regroupent dans des lofts pour un nouveau mode de production et de consommation ; le saxophoniste Sam Rivers est la figure emblématique de cette « loft generation ». En Europe, les groupes Cream, Soft Machine, Nucleus ou encore Magma, fondé par le batteur Christian Vander, et Zao, dans lequel figure le violoniste Didier Lockwood, pratiquent une musique à mi-chemin entre rythmes rock et digressions jazz. En France, les festivals se multiplient et certains, tel celui de Châteauvallon, se transforment en lieux de rencontres et d’expérimentations qui apportent un nouveau souffle au jazz : le saxophoniste Michel Portal et son Unit, le Workshop de Lyon, les formations du contrebassiste Didier Levallet. Stan Getz fait appel à une rythmique européenne (l’organiste Eddy Louiss, le guitariste belge René Thomas, le batteur Bernard Lubat) et son confrère Phil Woods se produit avec son European Rhythm Machine composé par le pianiste Gordon Beck, le contrebassiste Henri Texier et le batteur Daniel Humair.
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