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bourgeoisie

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1

Présentation

bourgeoisie, classe sociale constituée en réaction aux privilèges accordés à la noblesse.

Au Moyen Âge, le terme de « bourgeoisie » fait principalement référence aux habitants des bourgs des villes européennes, les burgensis. La bourgeoisie devient plus tard, sous l’influence de la terminologie marxiste, synonyme de classe dominante, propriétaire des moyens de production dans la société capitaliste. La sociologie contemporaine a tendance à l’assimiler aux catégories socio-professionnelles qui jouissent d’un patrimoine et de revenus importants.

Extrêmement variée, tant dans ses origines que dans les domaines d’activité professionnelle qui ont favorisé son émergence, la bourgeoisie a joué un très grand rôle dans le développement de l’économie mondiale depuis le XVIIIe siècle.

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Des droits des bourgeois aux élites urbaines

Le terme « bourgeois » désigne un groupe particulier dès le XIIIe siècle. L’émergence de la bourgeoisie est parallèle au développement du commerce en Occident (villes de foires) et à la constitution de centres urbains.

À l’origine, les bourgeois forment une catégorie de personnes jouissant de privilèges particuliers dans les villes. Ces avantages peuvent être de nature fiscale (ainsi en est-il des villes normandes depuis le XVe siècle) ou politique, accordés par la charte communale. On peut citer les élus de Toulouse, les capitouls, ou ceux de Bordeaux, les consuls. Les prérogatives attachées à ce statut leur accordent une réelle prépondérance dans l’administration des affaires de la cité : par exemple, ils autorisent le recours à la force publique, souvent constituée autour d’une milice de francs archers, c’est-à-dire des guerriers professionnels rémunérés par la commune. En ce sens, être bourgeois constitue donc une distinction dont on s’enorgueillit dans les actes publics.

Les dignitaires de ces fonctions sont principalement recrutés au sein de cette nouvelle catégorie de la population qui va s’enrichir grâce au commerce. Les membres des associations professionnelles structurant la plupart des métiers (ghildes ou guildes, jurandes, corporations, karités ou charités, confréries diverses) forment la nouvelle élite urbaine qui apparaît à l’époque féodale. Ces corporations, dotées de statuts extrêmement précis, assument à la fois des fonctions de sociabilité et de solidarité, des fonctions politiques (en encadrant les élections des dirigeants municipaux) et surtout économiques (en organisant la formation de la main d’œuvre et l’introduction de nouvelles techniques productives).

Les marchands d’eau de la Ville de Paris, par exemple, figurent parmi les plus illustres de ces confréries. Ce sont eux qui donneront à la ville ses armes.

Très vite, la royauté utilise la puissance des corporations urbaines contre les prétentions des grands féodaux. Pour témoigner de sa faveur à cette nouvelle classe qui s’enrichit, elle procède à l’anoblissement de certains élus de grandes villes comme Paris, Lyon, Toulouse. Cette marque de reconnaissance aboutit à la constitution d’une « noblesse de beffroi » ou « noblesse de clocher ». La bourgeoisie devient ainsi un vivier, offrant une alternative à la noblesse et au clergé, pour le service de l’État.

Cette politique instaure une dichotomie entre ceux qui peuvent prétendre aux plus hautes fonctions et ceux qui restent cantonnés au seul exercice de privilèges limités à quelques exemptions fiscales. Au-delà de la hiérarchie des richesses, elle reflète également une hiérarchie des fonctions qui valorise les activités liées au commerce (grands marchands, banquiers), ou les fonctions de nature politique, tels les magistrats ou les membres des Parlements.

Dès le XVe siècle, les ministres des grandes monarchies européennes, tel Colbert, sous le règne de Louis XIV, recrutent dans les rangs de la bourgeoisie les grands commis et les serviteurs de l’État. Grâce au système de la vénalité et de l’hérédité (1604) des offices, dont les plus prestigieux ont vertu anoblissante, cette nouvelle classe acquiert, outre le pouvoir économique, une influence politique et administrative grandissante. Cette évolution s’opère au détriment de la noblesse d’épée qui en sera réduite à jouer un rôle honorifique auprès du prince.

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L’époque moderne : affirmation d’une culture bourgeoise

Le siècle des Lumières a constitué une époque propice à l’émergence d’une culture bourgeoise. Ce sont ses membres qui participent activement au mouvement des idées, et profitent directement des effets du progrès scientifique et industriel. Le travail industriel, artisanal et commercial connaît une série de mutations techniques liées à la première révolution industrielle qui contribue à asseoir la prospérité des riches marchands et d’une nouvelle bourgeoisie industrielle.

Dans le domaine des idées, c’est essentiellement le milieu bourgeois qui propage la pensée véhiculée par les encyclopédistes que sont Diderot, d’Alembert ou Voltaire. La pratique des salons littéraires, la constitution d’académies, la progression du savoir lié à l’évolution des sciences exactes sont autant d’éléments qui contribuent à créer un nouveau terreau intellectuel sur lequel s’édifie une autre conception de la société. Au plan politique, les théories relatives au droit naturel, c’est-à-dire l’ensemble des droits qui se rattachent à la nature même de l’Homme, servent de base à la contestation de l’ordre ancien, fondé sur le droit divin et les privilèges attachés à la seule naissance. Cette philosophie nouvelle explique, en grande partie, les phénomènes révolutionnaires qui agitent cette époque, qu’ils soient anglais, américains ou français.

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Apogée de la bourgeoisie au XIXe siècle

4.1

Usine, banque et rente

Au XIXe siècle, la bourgeoisie apparaît comme la nouvelle classe dominante, contrôlant la vie politique (période du suffrage censitaire) et imposant ses manières et ses mœurs à la société. Les romans de Balzac et les caricatures de Daumier dépeignent de façon très réaliste la vie de ces bourgeois du XIXe siècle. La révolution industrielle cristallise l’apogée de la bourgeoisie, avec l’apparition de grandes dynasties industrielles et commerciales (Schneider, Rothschild, Schlumberger, etc.).

Paradoxalement, la bourgeoisie française reste fidèle à des ambitions nobiliaires : les Rothschild sont anoblis et achètent dans le Bordelais des châteaux réputés. La passion française pour la propriété foncière demeure essentielle dans la bourgeoisie. Par contre, depuis 1789, la terre a définitivement cessé d’être assimilée à la seigneurie. Les mœurs de l’élite bourgeoise sont calquées sur celles de la cour.

Toutefois, le XIXe siècle marque, en France, l’apparition d’un certain mouvement de démocratisation de l’élite : l’apparition de nouvelles filières de promotion sociale et l’accès plus développé à l’éducation permettent une mobilité sociale ascendante. Le pouvoir politique lui-même encourage ce mouvement et favorise l’enrichissement par l’épargne (« Enrichissez-vous ! », clame le ministre François Guizot à ceux qui protestent contre le suffrage censitaire).

Ces passerelles, ainsi que le développement de l’alphabétisation et le succès que rencontre la presse populaire dès la monarchie de Juillet, permettent le développement de nouveaux courants de pensée politique qui mettent au cœur de la réflexion la question du travail, et le rôle des diverses classes sociales dans le processus productif.

La parabole d’Henri de Saint-Simon démontre l’utilité sociale de la plupart des professions bourgeoises, et l’inutilité des nobles oisifs. Elle vilipende l’action parasitaire des rentiers qui ne participent pas directement à l’effort de production.

Le rôle réservé à la bourgeoisie, s’il est salué par les uns, sert aux autres de point d’appui à une critique sociale des effets du capitalisme : la théorie formulée par Karl Marx est, à cet égard, la plus aboutie, et celle qui aura le plus de conséquences sur l’évolution économique et sociale de nombreuses nations.

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