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Plan de l'article
blues, musique traditionnelle populaire afro-américaine. Le blues, né à la fin du xixe siècle, puise ses racines dans les chants religieux (spirituals), eux-mêmes empruntés à la danse et à la musique africaine traditionnelle, et dans les chants de travail (work songs) des esclaves noirs des plantations de coton du sud des États-Unis. Cette culture musicale orale s’est progressivement assimilée aux traditions américaines folk et country ainsi qu’aux formes musicales européennes pour donner naissance au blues. Exprimant la mélancolie et la dépression, le mot lui-même signifie en anglais « cafard » ou « tristesse » ; le blues est un chant de plainte et de nostalgie qui évoque les affres de l’existence et de l’amour. Il traduit en outre la souffrance et le désespoir du peuple africain réduit à l’esclavage et arraché à sa terre natale.
Le schéma le plus répandu du blues est une séquence de douze mesures, réparties en trois phrases de quatre mesures, organisées autour de trois accords s'appuyant sur la première note de la gamme, ou tonique (I), la quatrième, ou sous-dominante (IV), et la cinquième, ou dominante (V), et se succédant ainsi : I I I I – IV IV I I — V V (ou IV) I I. Forme musicale propice à l'improvisation, le blues peut contenir huit ou parfois seize mesures. Le chant est lui aussi très flexible : certains bluesmen chantent en effet « autour » du temps, accentuant une note juste avant ou juste après celui-ci. Ainsi, les premiers blues étaient très inégaux rythmiquement et souvent accompagnés de phrases parlées.
Rencontre des chants afro-américains et de l'harmonie occidentale, le blues se caractérise par l'utilisation de notes dites « bleues » qui donnent à l’interprétation son atmosphère si particulière. À l’origine, les chanteurs afro-américains ont dû adapter leur sensibilité pentatonique à l’harmonie heptatonique européenne. Ainsi, chantés de manière à exprimer des sons chargés d'émotion, les troisième (médiante), septième (sensible) et plus tard cinquième (dominante) degrés ont été librement infléchis, autrement dit très légèrement diminués par rapport à la gamme majeure normale, créant ainsi un mode blues intermédiaire entre le mode majeur et le mode mineur. C'est en cherchant à imiter ces inflexions de la voix que les instrumentistes (cordes, cuivres, anches) ont commencé à jouer dans ce mode blues et à construire des enchaînements de tensions / détentes si caractéristiques du blues et du jazz.
Les paroles du blues sont généralement organisées en strophes de trois lignes reprenant l’enchaînement des trois accords : une première ligne, une reprise légèrement modifiée de la première ligne et une troisième ligne nouvelle (structure A-A-B). Chaque section de texte chanté laisse en général place à une réponse aux paroles du chanteur improvisée par un instrument (c’est le système du call-and-response). Le plus souvent, les chanteurs s'accompagnent eux-mêmes à la guitare ou à l'harmonica, qu'ils utilisent d'ailleurs plus comme « seconde voix » que comme simple accompagnement. La base simple du blues autour de trois accords ou trois lignes laisse libre cours à l'improvisation, aussi bien dans l'interprétation musicale que dans les paroles. Par son caractère autobiographique et son origine liée aux conteurs et aux ménestrels, le blues peut exprimer des mythes, des aspects de la vie quotidienne comme des sentiments très personnels. Le blues chante avec sensibilité (feeling) le désir, la solitude ou la tendresse, mais aussi la tristesse d'une vie sans amour, sans travail et sans foyer, parfois la prison. Les paroles peuvent contenir des connotations sexuelles et parler de voyous comme elles peuvent être incantatoires, spirituelles et s’interroger sur l’homme lui-même.
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