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Plan de l'article
Antiquité, période de l’histoire occidentale qui commence avec la naissance du monde grec vers 2000 av. J.-C., pendant l’âge du bronze, et s’achève à la fin de l’Empire romain d’Occident en 476 apr. J.-C. L’expansion grecque puis l’occupation romaine ont marqué la langue, les lois, l’organisation sociale, l’économie, les techniques des peuples colonisés du bassin méditerranéen et de l’Europe continentale. L’Antiquité gréco-romaine tient une grande place dans l’Europe occidentale qui y a puisé régulièrement ses modèles artistiques, scientifiques, intellectuels, politiques, juridiques, etc. La religion chrétienne nous vient de Rome. Le vocabulaire savant est entièrement formé à partir de mots grecs ou latins. L’Empire romain ne cessa d’être une source d’inspiration pour les gouvernants, de Charlemagne aux dernières entreprises colonialistes.
L’héritage de l’Antiquité nous a été transmis par les clercs du Moyen Âge qui ont conservé et recopié les textes antiques en tant que sources de savoir et de sagesse (voir scriptorium). La découverte de nouveaux textes d’Aristote au XIIe siècle a modifié l’image de l’Homme et de la nature. L’explication du monde commença à se libérer des données bibliques, formant les prémices du naturalisme, de l’histoire et de l’humanisme. Ce mouvement s’amplifia en Italie, à la Renaissance. En 1453, après la prise de Constantinople par les Turcs, les intellectuels de ce monde grec se réfugièrent en Occident, apportant des textes antiques et un autre art de vivre. Le goût pour l’Antiquité entraîna un renouveau littéraire (la Pléiade), intellectuel (l’humanisme) et artistique. En 1462, un édit du pape interdit la dégradation des monuments antiques. Les trouvailles fortuites se succédèrent à la fin du XVe siècle et au XVIe siècle : l’Apollon du Belvédère, le Laocoon et ses fils (1506), la Vénus du Vatican, les catacombes des premiers chrétiens de Rome (1578), entre autres. François Ier rassembla la galerie de sculptures du château de Fontainebleau dès 1528 et fonda en 1530 le Collège de France, lieu d’étude des textes antiques. Le pape Jules II (1503-1513) créa la collection du Belvédère au Vatican. L’intérêt se porta d’abord sur l’art romain et l’art de la Grande-Grèce (Italie du Sud et Sicile), plus proches. Les artistes français allèrent se former à Rome. Certains s’initièrent au sein de la villa Médicis, institution créée par Louis XIV. La copie d’antiques fit ainsi partie, jusqu’à il y a peu, du parcours « obligé » des étudiants des beaux-arts. Au XVIIe siècle se multiplièrent les voyages en Grèce. La contemplation et l’étude des œuvres gréco-romaines se concrétisèrent dans la création de l’art classique. Mais cette approche esthétique de la civilisation gréco-romaine nuisit aux recherches archéologiques. Les fouilles menées au XVIIIe siècle — notamment à Herculanum, entre 1738 et 1766, et à Pompéi, entre 1748 et 1763 — et au XIXe siècle ne furent que de la récolte d’objets précieux et épigraphiques. Opposées aux vestiges gréco-romains très valorisés, les antiquités nationales furent dépréciées. Reprenant à leur compte les visions égocentristes et xénophobes des Grecs et des Romains, les historiens jugeaient qu’il n’existait point de civilisation hors celle des cités grecques et de l’Empire romain, et que l’Europe leur devait tout. À la fin du XIXe siècle, les fouilles se multiplièrent en Italie (Herculanum, Pompéi, Ostie, Panthéon de Rome, Cumes, etc.), en Grèce (Mycènes, Délos, Olympie, l’Acropole d’Athènes, Épidaure, Delphes, Corinthe, Pella, Éleusis, etc.), et en Orient (Pergame, Milet, Éphèse, etc.) menées par des Allemands, des Français et des Britanniques. La fouille stratigraphique faisait ses débuts. Mais l’archéologue britannique Arthur John Evans à Cnossos et l’archéologue allemand Heinrich Schliemann à Hissarlik (voir Troie) et à Mycènes, entre autres, ne respectèrent pas cette méthode. Il en résulta de considérables lacunes et erreurs chronologiques, désormais impossibles à résoudre puisque les données de terrain manquent. La chronologie de la civilisation minoenne fut ainsi fondée sur une typologie de céramiques sans aucune considération stratigraphique. Les archéologues actuels constatent que des vases censés appartenir à des phases différentes étaient en fait contemporains. L’École française d’archéologie d’Athènes, créée en 1846, assure aujourd’hui notamment les fouilles de Delphes, de Délos et d’Argos, mais aussi d’autres sites en Grèce, en Crète et à Chypre, et établit les cartes archéologiques de ces pays. En 1876 fut créée la chaire d’archéologie grecque à la Sorbonne. Après la Seconde Guerre mondiale, la minutie croissante des fouilles, le déplacement de l’intérêt des archéologues vers l’histoire sociale et économique, la multiplication des sites connus et la meilleure connaissance des autres civilisations permirent de réajuster la conception des civilisations grecque et romaine, et leur relation avec les peuples qu’elles qualifiaient de « barbares ». La civilisation grecque n’est pas née d’un miracle, comme on l’a souvent dit. Elle a ses racines dans les civilisations urbaines de la Méditerranée orientale dont elle a hérité le phénomène urbain (voir urbanisme), l’écriture, la structuration des connaissances, une part de sa mythologie et certains éléments de sa culture matérielle. Le but actuel des archéologues est de déterminer comment les Grecs ont assimilé ces apports orientaux et dans quelle mesure ont persisté leurs traditions propres. La même problématique est posée pour les Romains, indigènes italiques sous la forte influence des Grecs et des Étrusques. Et enfin, il s’agit de suivre l’évolution de la culture gréco-romaine au contact des autres peuples du pourtour méditerranéen, de l’Europe et de l’Asie, car, là encore, l’idée d’un échange à sens unique et du rôle « civilisateur » des uns au profit des autres est périmée. L’uniformité du monde hellénisé et romanisé en matière d’organisation politique et sociale, de gestion du territoire, de l’urbanisme, de l’architecture, des modes de vie, des objets du quotidien, des cultes et croyances, de l’art, etc., masque une grande diversité. De multiples cultures hybrides se sont formées en fonction des réactions des indigènes, du groupe colonisateur et du moment de la colonisation.
Le monde grec résulte de nombreux et complexes mouvements migratoires qui débouchèrent sur des installations brèves ou durables des populations, ce qui explique sa diversité culturelle. Les premiers Grecs, ancêtres des Ioniens, étaient de langue indo-européenne. Ils déferlèrent sur la Grèce à la fin du IIIe millénaire, par le nord ou le nord-ouest, de façon apparemment brutale : les palais furent détruits, les habitats incendiés, les sites abandonnés ou réoccupés sommairement. Des civilisations diverses prospéraient alors à Chypre, dans les Cyclades et en Crète, regroupées commodément, avec les Mycéniens dont la puissance s’affirma vers le milieu du IIe millénaire av. J.-C., sous le nom d’Égéens (voir civilisation égéenne). Des palais aux forteresses « cyclopéennes » furent édifiés d’après le plan à « mégaron » indigène présent depuis la fin du néolithique : trois pièces en enfilade couvertes d’un toit à deux pentes, dont la dernière possède un foyer fixe central. De puissantes aristocraties se formèrent comme le montre la multiplication de tombes « royales » contenant de nombreux objets précieux, telles les tombes princières mycéniennes, célèbres pour leur imposante architecture et pour les masques d’or que portaient certains morts. Ces inhumations étaient signalées à la vue de tous par un tertre et une stèle. Les archives du palais de Pylos (anciennement Navarin), des centaines de tablettes gravées en linéaire B, ont permis de mieux saisir le fonctionnement des monarchies mycéniennes — un roi entouré de dignitaires — et le système de répartition des terres — une partie réservée au roi et aux dieux, une autre attribuée aux dignitaires et le reste distribué périodiquement aux chefs de famille. Le linéaire B, écriture syllabaire, transcrit la langue grecque émaillée de vocabulaire d’origine non indo-européenne. L’influence minoenne est particulièrement visible dans les arts mineurs. Le raffinement et la puissance de la civilisation crétoise attirèrent les Mycéniens, redoutables guerriers et marins, qui s’emparèrent de l’île vers 1450 av. J.-C. Ils s’implantèrent en même temps sur la côte de l’Anatolie, s’intégrant au fructueux réseau d’échanges méditerranéen avec les grands empires d’Orient. De la céramique mycénienne a été retrouvée en Libye, en Sicile, en Italie, en Sardaigne et sur les rives de la mer Noire. Les Grecs exportaient leur vin en échange de minerais, de bois et de céréales. Mais ils n’hésitaient pas à se procurer ce qu’ils convoitaient grâce au pillage et aux raids. Cette violence continue, associée à l’arrivée de nouvelles populations elles aussi belliqueuses, explique peut-être la disparition de la civilisation mycénienne à partir de 1200 av. J.-C. Pendant ce qu’il est convenu d’appeler les âges sombres (ou siècles obscurs), qui marquent les débuts de l’âge du fer, l’empire hittite s’effondra également et l’Égypte fut attaquée par les Peuples de la mer. Les îles de la mer Égée et la côte de l’Asie Mineure furent envahies par des Grecs : Éoliens au nord, Ioniens au centre et Doriens (Grecs du Nord) au sud. En 800 av. J.-C. débute la période archaïque, caractérisée par un art nouveau, l’apparition de l’écriture consonantique, les débuts de la littérature, des mathématiques et de la rationalisation de l’univers, dérivés des réflexions orientales, et la vénération de nouveaux dieux : Aphrodite, divinité sémite, Apollon et sa mère Léto, divinités anatoliennes. C’est aussi le moment d’émergence des cités dirigées par un magistrat annuel, un conseil et une assemblée populaire, ou par un tyran, et le début d’une vaste expansion colonisatrice sur tout le pourtour méditerranéen, aux endroits laissés libres par les Phéniciens (voir Phénicie).
Milet et Mégare (Attique) se disputèrent l’accès à la mer Noire, lieu de commerce avec les peuples des steppes riches en or. Le royaume gréco-scythe des Cimmériens se forma en prolongement de ces échanges. La fondation d’Ischia en 750 av. J.-C. puis celle de Cumes en 730 furent les premiers pas grecs en Italie. Les tombes de la nécropole d’Ischia enferment des objets qui témoignent de l’activité marchande en Méditerranée : scarabées égyptiens, sceaux assyriens, céramique de Rhodes, de Chypre, d’Asie Mineure, de Corinthe. La présence de bijoux italiques dans les tombes féminines a fait conclure que l’installation des colons s’était produite par mariage avec les femmes indigènes. Le schéma est différent à Cumes, où les colons détruisirent le village indigène, et probablement ses habitants, avant de s’y implanter. La Grande-Grèce devint une sorte de monde à part, une complexe fusion culturelle entre les colons grecs, les Étrusques et les autres peuples italiques. Les amphores, dans lesquelles les Grecs transportaient huile, vin, olives, fruits secs et poissons en saumure, permettent aux archéologues de retrouver les voies commerciales grecques, car leur forme était censée renseigner sur leur provenance comme sur leur contenu. Leur date de fabrication peut parfois se déduire de noms imprimés dans l’argile. Il existait déjà des contrefaçons, et les Chypriotes, qui voulaient faire passer leur vin pour celui de Rhodes, très prisé, en imitèrent les amphores. Vers 600 av. J.-C. apparut la monnaie, autre moyen pour les archéologues de dater des niveaux d’occupation, de suivre les réseaux commerciaux et d’identifier les ateliers monétaires comme les principaux centres de pouvoir. Les exportations de céramique grecque entraînèrent la diffusion de thèmes iconographiques repris par les artistes des autres contrées. À l’époque hellénistique, Philippe de Macédoine et surtout son fils Alexandre le Grand entreprirent une conquête des terres intérieures, pénétrant en Asie jusqu’à la vallée de l’Indus et jusqu’à Samarkand et traversant la péninsule Arabique pour gagner l’Égypte. De nombreuses cités furent fondées par l’empereur macédonien et ses généraux qui se partagèrent ensuite l’empire, dont Alexandrie, Nicée, Séleucie, Antioche. Elles se soumirent à Rome durant le IIe siècle av. J.-C.
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