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Conseil d'assistance économique mutuelle [CAEM]

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Présentation

Conseil d'assistance économique mutuelle [CAEM] (en anglais, Council for Mutual Economic Assistance, Comecon), organisme intergouvernemental fondé à Moscou en janvier 1949 pour promouvoir et assister le développement économique de ses membres. Il a été dissous en 1991, lors de l’effondrement de l’URSS.

Le CAEM a été un outil de promotion internationale du communisme, dans le tiers-monde, mais aussi en Europe, où l’organisation s’est efforcée de faire pendant au Marché commun.

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Intégration économique et guerre idéologique

Le CAEM est fondé dans le contexte de la guerre froide. À l’origine, l’URSS cherche, dès l’après-guerre, à étendre son autorité afin de cimenter, sur le plan économique, l’unité du monde communiste qui émerge et qu’elle entend fédérer et diriger. La constitution d’un bloc économique, parallèle à la constitution du Kominform (1947) et précédant celle du Pacte de Varsovie (1955), est donc une réponse à l’alliance économique entre les États-Unis et l’Europe, symbolisée par le lien créé par le plan Marshall. Mais c’est aussi une réponse propagandiste et idéologique. Le bloc doit, en effet, permettre de relancer l’activité économique à l’Est et de reconstruire des pays durement touchés par la Seconde Guerre mondiale. Il doit également permettre l’intégration des économies communistes dans un vaste et unique système. Mais il a aussi une fonction polarisatrice : l’unification du bloc soviétique, sa solidarité sont un atout dans la bataille idéologique que se livrent l’URSS et les États-Unis et dans leur recherche d’une hégémonie la plus large possible en Europe et ailleurs.

Lors de sa fondation, en 1949, le CAEM unifie des pays entre lesquels ont déjà été signés des accords bilatéraux. Il regroupe d’abord, aux côtés de l'Union soviétique, les premières démocraties populaires : la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie. L'Albanie les rejoint en février 1949 (elle est exclue en 1961). La République démocratique allemande (RDA) y adhère en 1950, la République de Mongolie en 1962, Cuba en 1972 et le Viêt Nam en 1978. En 1964, la Yougoslavie devient membre associé, seize ans après la rupture de 1948 (lors du schisme yougoslave). En 1973, la Finlande est le premier pays non communiste à signer un accord de coopération avec le CAEM. Enfin, en 1975, des accords semblables sont conclus avec l'Irak et le Mexique, tandis que la politique brejnévienne de pénétration soviétique de l’espace africain aboutit à l’entrée de l’Angola et de l’Éthiopie dans l’organisation (avec un statut d’observateurs).

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Les institutions

Le CAEM est constitué d’une hiérarchie dirigeante allant du Conseil aux commissions spécialisées.

L'organe politique majeur de l'organisme, le Conseil, est constitué de représentants de chaque pays membre. Il statue sur les orientations des politiques économiques nationales qui se doivent d'être, dans la mesure du possible, complémentaires. Il se réunit habituellement une fois par an.

Le comité exécutif, qui doit mettre en œuvre la politique commune, se réunit environ tous les trois mois.

Le secrétariat de l’organisation est basé à Moscou.

Le CAEM comporte également des commissions permanentes, chacune étant spécialisée dans un domaine industriel particulier. Enfin, en 1971 est créée la Banque internationale d'investissement pour financer les prêts au développement.

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De l’intégration à l’échange inégal

Durant ses premières années d'existence, la fonction du CAEM se limite à promouvoir des échanges commerciaux bilatéraux. Mais à partir de la fin des années cinquante, l’organisme étend ses compétences en cherchant à fixer des règles de spécialisation économique pour chacun de ses membres. Cette politique d’intégration économique à grande échelle, appuyée et voulue par l'Union soviétique, sous l’égide de Nikita Khrouchtchev, rencontre la ferme opposition de certains pays, en particulier la Hongrie et la Roumanie (veto sans appel de Gheorghiu Dej en 1961 qui refuse de spécialiser le pays par crainte de le voir ensuite en situation d’infériorité par rapport à ses partenaires), qui craignent la domination de pays-membres plus industrialisés, tels la RDA.

L’intégration économique, ou du moins la solidarité économique est cependant la réalité dominante. Ainsi, au milieu des années soixante-dix, les pays membres du CAEM financent en commun plusieurs projets d'envergure, notamment l'exploitation des ressources minières à Cuba, en Pologne et en Union soviétique, ainsi que la création d'installations électronucléaires. Puis, en 1971, le Conseil d’entraide économique adopte un programme d’« approfondissement de la coopération et de développement de l’intégration » qui hésite entre le perfectionnement de la planification et l’appel aux mécanismes du marché. Mais il est pratiquement impossible de coordonner réellement les plans nationaux à moyen terme. Tout au plus le CAEM parvient-il à engager une division du travail, toujours sur la base de la spécialisation de chacun des pays associés dans une production donnée. À cet égard, le CAEM joue incontestablement un rôle positif en permettant à de petits pays (Hongrie, Bulgarie, RDA…) de développer des productions dont le volume dépasse très largement les dimensions de leurs débouchés intérieurs. Toutefois, la pertinence des choix n’est pas toujours évidente pour les pays : ainsi la Slovaquie n’a guère à gagner en sacrifiant son environnement industriel à la production massive de matériel de guerre. De ce point de vue, l’organisation crée donc des déséquilibres qui apparaissent clairement au moment de l’effondrement du communisme, lorsque se pose la question de la refonte des économies de l’Est et de leur relance.

Par ailleurs, la création d’un système d’échanges multilatéraux analogue à celui instauré par la Communauté économique européenne (CEE) se heurte à l’absence de monnaies convertibles et à l’impossibilité de convertir le rouble dit « transférable » (monnaie commune aux pays du CAEM) en devises fortes. Dans un contexte de détente, quand les États de l’Europe de l’Ouest ouvrent des crédits, les pays d’Europe centrale et orientale cherchent à légèrement desserrer le carcan et à développer leurs exportations en devises fortes pour payer leurs importations d’équipement et les intérêts de leurs emprunts. Dans un premier temps, l’URSS les laisse faire, parce que le développement industriel de ses partenaires peut contribuer à la stabilité intérieure et qu’elle n’a pas les moyens de fournir des prêts aussi abondants. Mais le choc pétrolier de 1973 renverse la situation en sa faveur : les prix des produits importés augmentent sensiblement sur le marché du monde capitaliste, tandis que la crise y restreint les débouchés, surtout pour les articles de qualité médiocre comme ceux que les pays de l’Est peuvent exporter. Ces derniers doivent donc réorienter leurs échanges en direction de l’URSS et mettre, à l’image de la Roumanie, un frein à leurs velléités d’indépendance économique (marquée dans les années soixante). L’URSS en profite pour revaloriser le prix de son pétrole et pour demander à ses alliés une contribution aux investissements exigés par la construction d’oléoducs et de gazoducs. On passe ainsi de l’intégration à un échange inégal.

Durant sa dernière décennie d’existence, au cours des années quatre-vingt, le CAEM met l'accent sur l'augmentation de la production alimentaire (pour tenter de résoudre le problème de la pénurie endémique qui touche la plupart des démocraties populaires), le développement des industries de haute technologie et l'amélioration des techniques de gestion.

Les changements politiques et économiques intervenus dans le monde communiste entre 1989 et 1991 (voir révolutions démocratiques de 1989) conduisent à la dissolution du CAEM (1991), dans lequel les gouvernements des pays de l'Europe de l'Est voient une survivance de la centralisation imposée par l'Union soviétique et une manière déguisée de promouvoir un véritable impérialisme économique et politique de l’URSS.

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