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Prenant conscience de la dépendance excessive de l’économie luxembourgeoise à l’égard du secteur sidérurgique, qui avait permis le développement économique du pays et assurait plus de 40 % du PIB au début des années 1950, les autorités engagent un vaste programme de diversification industrielle (loi-cadre de 1962) et incitent les entreprises étrangères à s’implanter au Luxembourg (Goodyear en 1951, DuPont de Nemours en 1963, une cinquantaine entre 1959 et 1972). Dès 1929, le Luxembourg avait mis en place une législation sur les holdings favorables à l’implantation de sociétés étrangères dans le grand-duché. Après la Seconde Guerre mondiale, d’autres mesures législatives pour attirer les capitaux étrangers tout en luttant contre le blanchiment d’argent renforcent l’attractivité du Luxembourg, qui s’appuie également sur sa grande stabilité politique et sociale, sur son caractère multilingue et sur son implication dans la construction européenne. Mais c’est surtout la décision américaine de freiner l’émission d’emprunts internationaux sur le marché financier de New York (« Interest Equalization Tax », 1963) qui, en réorientant les flux financiers, favorise l’expansion des euromarchés (voir eurodevises), et en premier lieu de la place financière luxembourgeoise qui n’a pas de banque centrale et offre une législation plus souple que Londres ou Amsterdam. Le nombre de banques qui était de 14 en 1950 s’élève à 37 en 1970, 111 en 1980, 177 en 1990 et 209 en 2000. Cette évolution spectaculaire place rapidement le Luxembourg parmi les toutes premières places financières mondiales. Le secteur financier, principal employeur du pays, assure dès lors la croissance exceptionnelle luxembourgeoise (taux de croissance moyen du PIB supérieur à 5 % du milieu des années 1980 à 2000). Au milieu des années 2000, Le Luxembourg compte ainsi parmi les premières places financières internationales en termes de fonds d’investissements, d’assurances et de gestion d’actifs.
Dès les années 1920, le Luxembourg s’était orienté vers une politique d’union économique avec ses pays voisins ; l’Union économique belgo-luxembourgeoise (UEBL) est signée en 1921. Mais c’est surtout après la Seconde Guerre mondiale que ce mouvement s’accélère. En effet, la convention d’union douanière signée avec la Belgique et les Pays-Bas dès 1944 entre en application en 1948. Cette union aboutit en 1958 (traité de La Haye) à l’institution du Benelux, qui devient un instrument important de l’influence du Luxembourg sur la scène diplomatique. Le 26 juin 1945, le pays devient membre fondateur des Nations unies. Après avoir retiré le principe de neutralité inscrit dans l’article Ier de la Constitution (loi du 28 avril 1948), le Luxembourg s’associe au traité de Bruxelles. Il est un membre fondateur de l’OECE en 1948, de l’OTAN et du Conseil de l’Europe en 1949. Appartenant désormais à la quasi-totalité des grandes organisations internationales, le Luxembourg acquiert dans la seconde moitié du xxe siècle une visibilité internationale tout à fait inédite, et s’illustre traditionnellement dans un rôle de conciliateur. L’implication internationale du Luxembourg se traduit également par son engagement remarquable en faveur de l’aide au développement. Se classant parmi les tout premiers pays contributeurs au monde, il a atteint en 2000 le taux de 0,7 % de son revenu national brut consacré à l’aide publique au développement (un objectif fixé par l’ONU en 1970 et que seuls les pays scandinaves, les Pays-Bas et le Luxembourg ont respecté) – l’aide publique au développement est en outre en progression régulière (0,89 % du PNB en 2006.
Au début des années 1950, le Luxembourg, dont la production d’acier est supérieure à celle des Pays-Bas et de l’Italie (2,5 millions de tonnes en 1950), devient l’un des membres fondateurs de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) — dont il accueille sur son sol la Haute-Autorité et la Cour de justice. En raison de son histoire, de son économie et de sa position géographique, le Luxembourg, terre natale de l’artisan de la CECA, Robert Schuman, joue dès lors sans réserve la carte de l’intégration européenne. Il devient ainsi naturellement un des membres de la Communauté européenne et d’Euratom, et sa capitale constitue l’un des trois pôles de l’Union européenne (UE), aux côtés de Bruxelles et de Strasbourg. La ville de Luxembourg abrite notamment le secrétariat général du Parlement européen, la Cour de justice des communautés européennes, la Cour des comptes, la Banque européenne d’investissement (BEI), de nombreux services de la Commission européenne tels que l’Office des publications officielles et l’Office statistique des Communautés européennes. En outre, le Luxembourg joue traditionnellement le rôle de médiateur entre la France et l’Allemagne notamment, et fournit de nombreux cadres et dirigeants de l’Union européenne (dont notamment Pierre Werner, Gaston Thorn, Jacques Santer ou encore Jean-Claude Juncker). Depuis la ratification du traité de Maastricht (1992), dont Jean-Claude Juncker a été l’un des principaux artisans, les dirigeants et la population luxembourgeois demeurent attachés à la construction européenne. En 1998, le Luxembourg figure parmi les onze pays retenus pour le passage à l’Union économique et monétaire (UEM) au 1er janvier 1999 (il est le premier pays à remplir toutes les conditions, un an avant la date butoir) et ratifie le traité d’Amsterdam. Le référendum sur la Constitution européenne se déroule au Luxembourg au mois de juillet 2005 et 56,52 % des électeurs se prononcent en faveur de la ratification du traité européen. Lors des élections européennes de juin 1999, les chrétiens-sociaux et les socialistes obtiennent chacun 2 sièges au Parlement européen, les libéraux et les Verts en recueillant 1 chacun. Alors que le Luxembourg a réussi à maintenir le principe du secret bancaire dans le cadre des négociations entre les ministres des Finances de l’Union européenne, le scrutin européen de juin 2004 est marqué par la victoire du Parti chrétien-social, qui remporte 3 des 6 sièges attribués au Luxembourg. Les socialistes, les libéraux et les Verts obtiennent un siège chacun. Jean-Claude Juncker est élu peu après à la présidence de l’Eurogroupe, lui qui est alors le plus ancien dirigeant européen en exercice. Il devient « M. Euro » le 1er janvier 2005.
Après 1945, le Luxembourg se caractérise par une politique consensuelle de coalition et une stabilité de la représentation parlementaire comme en témoignent les longs mandats des Premiers ministres. Le 4 mai 1961, le prince Jean, héritier présomptif, est proclamé gouverneur par sa mère, la grande-duchesse Charlotte. Celle-ci abdique le 12 novembre 1964 et, aussitôt après, Jean devient grand-duc. Il règne jusqu'au 7 octobre 2000, lorsqu’il abdique en faveur de son fils aîné Henri. Durant les Trente Glorieuses, la vie politique est marquée par la suprématie du Parti chrétien-social (PCS/CSV), et en particulier par le long ministère de Pierre Werner (1959-1974),à la tête de gouvernements de coalition avec le Parti démocrate luxembourgeois (PDL/DP, 1959-1964 et 1968-1974) ou le Parti ouvrier socialiste luxembourgeois (POSL/LSAP, 1964-1968). Cette suprématie est brièvement remise en cause en 1974 avec l’arrivée au pouvoir d’une coalition de centre-gauche formée par le DP et le LSAP (avec Gaston Thorn comme Premier ministre). Dans un contexte économique marqué par le premier choc pétrolier, le gouvernement parvient à contenir les effets de la crise et engage de nombreuses réformes de société telles que l’introduction de la cinquième semaine de congés payés, l’abolition de la peine de mort, l’autorisation du divorce par consentement mutuel et de l’interruption volontaire de grossesse. Dès 1979, Pierre Werner et le Parti chrétien-social retrouvent la majorité en constituant une coalition avec les démocrates. Ils doivent imposer au pays les mesures d’austérité dictées par une récession économique durable. Pierre Werner démissionne finalement avant les élections de 1984 ; son successeur à la tête du Parti chrétien-social, Jacques Santer, mène les socio-chrétiens à la victoire mais la réaction de l’électorat aux mesures d’austérité permet au Parti ouvrier socialiste luxembourgeois de progresser sensiblement. Une coalition de socio-chrétiens et de socialistes, dirigée par Jacques Santer, reprend les rênes du pouvoir, malgré des majorités réduites, aux élections de juin 1989 et juin 1994. Nommé président de la Commission européenne en janvier 1995, Jacques Santer est remplacé par Jean-Claude Juncker à la tête du gouvernement. Jean-Claude Juncker est reconduit dans ses fonctions au lendemain du scrutin législatif de juin 1999, marqué par la défaite des socialistes et la percée des libéraux, qui entrent au gouvernement. Il conserve le pouvoir à la faveur des élections législatives de juin 2004 et forme cette fois un gouvernement de coalition avec les socialistes.
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