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Robbe-Grillet, Alain

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Alain Robbe-GrilletAlain Robbe-Grillet
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Présentation

Robbe-Grillet, Alain (1922-2008), romancier, scénariste et réalisateur français, chef de file du Nouveau Roman.

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Vers le Nouveau Roman

Né à Brest dans une famille modeste, Alain Robbe-Grillet fait sa scolarité à Paris avant d’intégrer l’Institut national d’agronomie en 1945, dont il ressort ingénieur agronome. À ce titre, il séjourne un certain temps dans les anciennes colonies françaises avant de se tourner vers la littérature. En 1949, « brusquement, il se met à la construction d’un récit, hors normes, dont le héros se débat au sein d’un espace et d’un temps détraqué » (« Alain Robbe-Grillet par lui-même »). Ce premier roman, Un régicide, refusé par Gallimard et d’autres éditeurs, n’a été publié qu’en 1979. Alain Robbe-Grillet décide cependant d’abandonner une carrière « confortable » et « prometteuse » pour « se consacrer à la lente écriture de livres qui, assure Gaston Gallimard, ne correspondent à aucune espèce de public ». Les Gommes, réécriture du mythe d’Œdipe publiée en 1953 par les Éditions de Minuit, le fait connaître (prix Fénéon), et plus encore son roman le Voyeur, récompensé par le prix des Critiques en 1955. Incompris de la critique classique (fustigé notamment par le critique du Monde Émile Henriot, qui veut envoyer son auteur soit à l’asile soit en correctionnelle), ce texte est défendu avec ferveur par Georges Bataille, Jean Paulhan et des critiques, tels que Maurice Blanchot et Roland Barthes, qui y voient le prototype d’une nouvelle conception du roman.

Alain Robbe-Grillet devient alors conseiller littéraire des Éditions de Minuit, et ce pendant vingt-cinq années, et défend avec Jérôme Lindon des auteurs « dont il se sent frère », « aussi peu orthodoxes, imposant ainsi l’idée d’un mouvement littéraire : le Nouveau Roman » (« Alain Robbe-Grillet par lui-même »). Robbe-Grillet apparaît bientôt comme le chef de file, voire le « pape » de ce nouveau courant, lequel compte également dans ses rangs Michel Butor, Claude Simon, Nathalie Sarraute, Robert Pinget, Jean Ricardou ou encore Claude Ollier. Cette « collection d’écrivains » (l’expression est de Jean Ricardou)ne constitue cependant jamais à proprement parler une école, mais ils prennent tous, chacun à leur manière, une distance à l’égard du roman traditionnel, distance qui les rassemble, un peu malgré certains, autour de cette appellation « Nouveau Roman ».

En 1957 paraît la Jalousie (échec commercial, mais traduit dans une trentaine de langues), suivi de Dans le labyrinthe en 1959, à propos desquels fleurissent des interprétations diverses et variées, voire des malentendus ou des « contresens tenaces », notamment celui à propos de l’objectivité du romanesque de Robbe-Grillet (alors qu’il « revendique depuis le début une subjectivité totale », op. cit.) et celui à propos de la primauté du regard (« alors que la vue est sans cesse chez lui mise en question par l’oreille », op. cit.).

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Pour un nouveau roman

Robbe-Grillet expose ses théories dans Pour un nouveau roman (1963), œuvre qui réunit l’ensemble des articles qu’il a écrits sur le sujet depuis 1955. Il y remet en cause les structures narratives traditionnelles du roman que constituent l’intrigue linéaire, les personnages et leur psychologie. Il opère ainsi une « révolution du regard » en cherchant à atteindre une sorte d’enregistrement du monde par l’écriture, une neutralité psychologique face à laquelle le lecteur se trouve dérouté. Il substitue à la notion de style littéraire celle d’écriture, plus neutre, dépouillée, se rapprochant d’une sorte de « degré zéro de l’écriture » (Roland Barthes). Le renouveau littéraire d’Alain Robbe-Grillet ne doit pas toutefois être considéré comme une rupture sans prémices : son écriture, qui prend naissance sur un terrain préparé de longue date par Gustave Flaubert, trouve aussi sa source dans de nombreux champs littéraires, qui vont de Jean-Paul Sartre à James Joyce, en passant par Franz Kafka.

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Une nouvelle ère ?

Avec la Maison de rendez-vous (1965), Projet pour une révolution à New York (1970), Topologie d’une cité fantôme (1976) et Souvenirs du Triangle d’or (1978), la littérature d’Alain Robbe-Grillet évolue et se teinte d’érotisme et de violence. Il construit aussi en parallèle une œuvre cinématographique exigeante, tout d’abord avec le scénario du film d’Alain Resnais, l’Année dernière à Marienbad (1961), puis avec ses propres réalisations, telles que l’Immortelle (1962), Trans-Europ-Express (1966), Glissements progressifs du plaisir (1973), la Belle Captive (1983) ou encore Un bruit qui rend fou (1995). Les films comme les livres sont déstructurés ; leur auteur y joue avec les codes, pour mieux s’en affranchir et égarer le spectateur. Avec sa série autobiographique les « Romanesques » constituée par le Miroir qui revient (1984), Angélique ou l’Enchantement (1988) et les Derniers Jours de Corinthe (1994), il semble renoncer aux « règles » prônées par le Nouveau Roman laissant alors la place à une sorte d’« autobiographie fantasmatique », selon ses mots. En 2001, il publie le Vogageur, sorte de recueil de textes écrits entre 1947 et 2001 faisant la synthèse de sa vie et de ses combats littéraires.

Également professeur, Alain Robbe-Grillet dispense des cours sur le Nouveau Roman et ses antécédents littéraires dans le monde entier et notamment dans de nombreuses universités aux États-Unis, où son œuvre est particulièrement appréciée et étudiée Outre-Atlantique. En 2004, il est élu à l’Académie française, mais refuse de se soumettre aux protocoles du titre (il ne porte pas l’habit vert de l’immortel, ne prononce pas son discours de réception, etc.). Considéré comme une personnalité séditieuse, sulfureuse et parfois sardonique, Alain Robbe-Grillet est resté tout au long de sa vie un esprit libre, rebelle à toute concession. Attiré et repoussé par la lumière, il a été tantôt critiqué et jugé, tantôt critique et juge. Fort d’une personnalité ambivalente et insaisissable, il a produit une œuvre provocatrice et dérangeante, qui a notamment glissé vers l’érotisme et la pornographie au travers de certains de ses écrits, dont son ultime roman Un roman sentimental (2007).

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