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Réforme

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Cranach l'Ancien, Portrait de Martin LutherCranach l'Ancien, Portrait de Martin Luther
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1

Présentation

Réforme, mouvement religieux du xvie siècle dans l’Église chrétienne d’Occident, qui a mis fin à la suprématie ecclésiastique de la papauté romaine et a abouti à la création des Églises protestantes.

Bien que la Réforme date du début du xvie siècle, notamment du moment où Martin Luther a pour la première fois défié l’autorité de l’Église, les conditions qui ont conduit à son éclosion s’étalent sur plusieurs siècles, mêlant des éléments politiques, doctrinaux, économiques et culturels.

2

Origines de la Réforme protestante

Dès avant la Réforme proprement dite au xvie siècle, des mouvements dissidents au sein de l’Église médiévale se sont élevés contre la corruption des clercs et ont critiqué plusieurs des enseignements catholiques fondamentaux : au xiie siècle, les vaudois pratiquent un christianisme simple et non corrompu, inspiré de l’Église primitive (essentiellement en France et en Italie) ; vers 1380, en Angleterre, les lollards (mouvement inspiré par le théologien John Wycliffe) rejettent l’autorité des prélats corrompus, ainsi que divers enseignements catholiques traditionnels ; au début du xve siècle, Jan Hus et les hussites réforment l’Église de Bohême.

D’une manière générale, depuis le xiiie siècle, la papauté s’est affaiblie en raison de l’avidité, de l’immoralité et de l’ignorance de beaucoup d’ecclésiastiques à tous les niveaux de la hiérarchie. Le vaste domaine foncier de l’Église — exempt d’impôt et représentant entre un cinquième et un tiers des terres européennes — suscite convoitise et colère des paysans. L’installation provisoire des papes en Avignon au xive siècle, puis le Grand Schisme d’Occident divisant la communauté des fidèles entre partisans de l’un ou l’autre pape, ont aussi porté un coup sévère à l’autorité de l’Église. Le clergé reconnaît alors la nécessité d’une réforme. Au concile de Constance (1414-1418), qui met un terme au Grand Schisme, des programmes ambitieux de réorganisation de toute l’Église sont débattus, mais aucun n’obtient le soutien d’une majorité des évêques, de sorte qu’aucun changement radical ne peut être mis en œuvre.

Parallèlement, l’humanisme, le renouveau des études classiques et le développement de la recherche amorcés par la Renaissance italienne au xve siècle ôtent à la scolastique sa place éminente dans la philosophie européenne, et aux chefs de l’Église leur monopole sur l’enseignement. Des laïcs entreprennent l’étude des textes anciens ; des humanistes érudits, comme l’Italien Lorenzo Valla, livrent une critique savante des traductions de la Bible et de tous les textes fondant les dogmes et les traditions de l’Église. La mise au point de l’imprimerie permet de considérablement développer la circulation des livres, et contribue à répandre les idées nouvelles dans toute l’Europe. Hors d’Italie, des humanistes — comme Érasme aux Pays-Bas, Thomas More en Angleterre, Johannes Reuchlin en Allemagne ou Jacques Lefèvre d’Étaples en France — utilisent cette érudition nouvelle pour évaluer la pratique des clercs et parvenir à une connaissance plus précise des Écritures saintes. Leurs recherches savantes jettent ainsi les bases sur lesquelles Martin Luther, puis Jean Calvin et d’autres réformateurs vont s’appuyer pour affirmer que la Bible (et non l’Église) est la source unique de toute autorité religieuse.

3

Les différentes formes de la Réforme

3.1

Le luthéranisme

3.1. 1

La Réforme luthérienne dans les États allemands

3.1.1. 1
La rupture entre Martin Luther et l’Église romaine

La réforme protestante est lancée le 31 octobre 1517 dans les États allemands, lorsque le théologien Martin Luther publie « 95 thèses » dénonçant la pratique de la vente d’indulgences (rémission des peines temporelles des péchés en échange d’un paiement) qui permet à la papauté de financer la construction de la basilique Saint-Pierre à Rome. Lorsque l’autorité pontificale ordonne au théologien rebelle de se rétracter, celui-ci réclame une réforme, s’attaque à divers sacrements, et préconise une religion fondée sur la foi individuelle guidée par les enseignements de la Bible. Excommunié par le pape en janvier 1521, Martin Luther est également convoqué par l’empereur Charles Quint, lequel, au cours de la diète de Worms (avril 1521), lui exhorte à son tour de se rétracter. Refusant de se soumettre, Martin Luther est déclaré hors la loi. Pendant près d’une année, il se cache au château de Wartburg, rédigeant des libelles exposant ses principes, et traduisant en allemand le Nouveau Testament. Bien que ses écrits soient interdits par décret impérial, ils continuent d’être vendus ouvertement et contribuent ainsi à faire des grandes villes allemandes des centres du luthéranisme.

3.1.1. 2
La crise religieuse dans les États allemands

Le mouvement de réforme se propage rapidement parmi le peuple et, quand Martin Luther retourne à Wittenberg, il fait déjà figure de chef théologique. Les États allemands sont alors divisés. Ceux qui ont le plus intérêt à maintenir l’ordre établi — c’est-à-dire l’empereur, la plupart des princes et le haut clergé — défendent l’Église catholique romaine. Le luthéranisme est en revanche soutenu par les princes allemands du Nord, le bas clergé, les marchands et de larges fractions de la paysannerie, qui voient dans la Réforme un moyen d’acquérir une plus grande indépendance religieuse et économique. La guerre ouverte entre les deux factions s’installe en 1524 lorsqu’éclate la guerre des paysans. Inspirée des enseignements de Martin Luther et formulée en termes religieux, la principale revendication des paysans révoltés est l’abolition des corvées, traditionnellement imposées par les seigneurs cléricaux ou laïques. S’il désapprouve ces appels à la réforme religieuse pour légitimer un changement du système économique, Martin Luther exhorte les seigneurs à satisfaire certaines revendications des paysans en vue d’aboutir à un règlement pacifique du conflit. Puis en 1525, il se retourne brutalement contre les paysans, condamnant sévèrement leurs recours à la violence dans un pamphlet intitulé Wider die mördischen und räubischen Rotten der Bauern (« Contre les hordes criminelles et pillardes des paysans »).

La révolte est matée en 1525, mais la fracture entre luthériens et catholiques romains s’accroît. Une forme de compromis est trouvée lors de la première diète de Spire, en 1526 : on convient alors que les princes allemands le souhaitant seront libres de pratiquer le luthéranisme. Mais, lors d’une seconde diète de Spire réunie trois ans plus tard, la majorité catholique abroge cet accord ; les protestations de la minorité luthérienne valent à ces princes le nom de « protestants ». Les premiers protestants sont donc des luthériens, le terme ayant été par la suite étendu à toutes les sectes chrétiennes qui voient le jour à partir de la révolte contre Rome.

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