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RéformeArticle
Plan de l'article
Présentation ; Origines de la Réforme protestante ; Les différentes formes de la Réforme ; Conséquences de la Réforme
En 1530, l’érudit et réformateur allemand Melanchthon rédige une proclamation modérée des dogmes du luthéranisme intitulée la Confession d’Augsbourg, et qui est soumise à l’empereur Charles Quint et à la faction catholique. Si elle ne réussit pas à réconcilier catholiques et luthériens, elle n’en devient pas moins la base de la nouvelle Église et du nouveau credo luthérien. Au cours des années suivantes, une série de guerres avec la France et les Turcs ottomans empêche Charles Quint d’employer ses forces militaires contre les luthériens. Puis en 1546, libre de tout engagement international, l’empereur s’allie au pape pour entreprendre une guerre contre la ligue de Smalkalde, une alliance militaire de princes luthériens allemands. La guerre de religion en Allemagne prend fin avec la paix d’Augsbourg, signée en 1555. Elle donne à chacun des quelque trois cents princes allemands la possibilité de choisir entre le catholicisme et le luthéranisme, et d’imposer son choix à ses sujets. C’est ainsi que le luthéranisme — confession de près de la moitié de la population allemande — est officiellement reconnu, et que disparaît le principe de l’unité religieuse de l’Europe occidentale sous l’autorité suprême du pape.
Dans les Pays-Bas espagnols (aujourd’hui les Pays-Bas et la Belgique), l’influente bourgeoisie éclairée qui s’est formée au cours du Moyen Âge fait bon accueil au protestantisme. Mais l’empereur Charles Quint, dont la puissance militaire est mieux établie sur ce territoire que dans les États allemands, tente d’en arrêter la progression en faisant brûler publiquement les livres de Martin Luther et en installant l’Inquisition en 1522. Ces mesures sont pourtant sans effet et, vers le milieu du xvie siècle, le protestantisme s’est imposé dans toutes les provinces du Nord (aujourd’hui les Pays-Bas), les provinces du Sud (aujourd’hui la Belgique) restant pour leur part essentiellement catholiques. La majorité des Hollandais embrasse le calvinisme, qui constitue un lien idéologique puissant dans la lutte nationale engagée contre les souverains catholiques espagnols. Ils se révoltent en 1566, et la guerre se poursuit jusqu’en 1648, date à laquelle l’Espagne renonce à toute prétention sur le pays par suite de la paix de Westphalie. Les Pays-Bas, jusque-là espagnols, deviennent ainsi un État protestant indépendant.
Dans les pays scandinaves, la Réforme s’impose pacifiquement, à mesure que le luthéranisme se propage vers le nord de l’Europe. Les monarchies suédoise et danoise soutiennent la Réforme et rompent tout lien avec la papauté. En Suède, les frères Olaus et Laurentius Petri prennent la tête d’un mouvement pour l’adoption du luthéranisme comme religion d’État. L’adoption est effective en 1527, sur décision de la Diète suédoise et avec le soutien du roi Gustave Ier Vasa, qui annexe les terres de l’Église catholique. Au Danemark, en 1536, une assemblée nationale réunie à Copenhague abolit l’autorité des évêques catholiques dans tout le royaume, ainsi que dans les territoires de Norvège et d’Islande qui lui sont soumis ; le roi Christian III invite le réformateur allemand Johann Bugenhagen (un ami de Martin Luther) à organiser au Danemark une Église luthérienne nationale sur la base de la Confession d’Augsbourg.
Contemporaine de la Réforme allemande, la Réforme suisse est dirigée par le pasteur humaniste Ulrich Zwingli qui, à partir de 1519, commence à dénoncer dans ses sermons la pratique du commerce des indulgences. À l’instar de Martin Luther et d’autres réformateurs, Ulrich Zwingli considère la Bible comme l’unique source d’autorité morale, et s’efforce d’éliminer de la religion tout ce qui n’est pas spécifiquement prescrit dans les Écritures saintes. Sous son influence, entre 1523 et 1525, la ville de Zurich fait brûler des reliques religieuses, abolit les processions et le culte des saints, supprime le célibat des prêtres et des moines, et remplace la messe par un rituel plus modeste. Ces changements par lesquels la ville se détourne de l’Église catholique s’accomplissent dans le calme et la légalité, à la suite des votes du conseil municipal de Zurich. Les marchands de la cité, principaux partisans des innovations, signifient par là leur indépendance à l’égard de l’Église romaine et du Saint Empire. D’autres villes suisses, comme Bâle et Berne, adoptent de semblables réformes, mais la paysannerie conservatrice des cantons forestiers demeure fidèle au catholicisme. Pas plus que dans les États allemands, l’autorité centrale n’est assez forte pour imposer un modèle religieux et prévenir une guerre civile. Deux guerres de courte durée éclatent entre cantons protestants et catholiques en 1529 et 1531 : c’est lors de la seconde qu’Ulrich Zwingli est tué à la bataille de Kappel. La paix est rétablie, et chaque canton autorisé à choisir sa religion ; le catholicisme l’emporte dans les régions montagneuses du pays, alors que le protestantisme devient dominant dans les grandes villes et les vallées fertiles — cette division de fait s’est maintenue en Suisse jusqu’à aujourd’hui.
Dans la génération qui succède à Martin Luther et à Ulrich Zwingli, la figure la plus marquante de la Réforme suisse est Jean Calvin, théologien protestant français qui a dû fuir son pays pour échapper aux persécutions religieuses et qui vient s’établir en 1536 dans la république de Genève, indépendante depuis peu. Jean Calvin impose le strict respect des réformes déjà instaurées par le conseil de Genève et en institue d’autres : notamment le chant des psaumes durant le culte, l’enseignement du catéchisme et de la profession de foi aux enfants, le respect d’une discipline morale stricte de la part des pasteurs et des membres de l’Église, l’excommunication des pécheurs notoires. L’organisation ecclésiastique préconisée par Jean Calvin se veut démocratique et intègre des idées de gouvernement représentatif. Les pasteurs, maîtres, anciens et diacres sont élus par des membres de la communauté. Bien que l’Église et l’État soient théoriquement séparés, ils entretiennent une coopération si étroite que Genève devient en fait une théocratie. Pour faire respecter la morale, Jean Calvin institue un contrôle rigide de la conduite des individus, et organise un consistoire composé de pasteurs et de laïcs, doté de pouvoirs étendus. Les vêtements et le comportement individuel des citoyens sont réglés dans les moindres détails ; bals, jeux de cartes, de dés et autres distractions sont bannis ; blasphème et débauche sont impitoyablement punis. Sous ce régime sévère, les non-conformistes sont persécutés, voire exécutés. Tous les citoyens reçoivent une éducation élémentaire, afin d’encourager la lecture et la compréhension de la Bible. En 1559, Jean Calvin fonde à Genève une université qui devient célèbre, pour former des pasteurs et des enseignants. Plus que tout autre réformateur, Jean Calvin réunit les différents éléments de la pensée protestante en un système clair et logique. La diffusion de ses écrits, son influence d’éducateur, son talent à organiser la réforme dans l’Église et dans l’État lui valent des partisans dans de nombreux pays et insufflent aux Églises réformées (nom donné au protestantisme en Suisse, en France et en Écosse) un caractère profondément calviniste, sur le plan de la théologie et de l’organisation.
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