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Plan de l'article
Présentation ; L’envers de la tragédie ; Derrière le rire, un regard aigu sur le monde ; Trucs et ficelles
comédie (théâtre), genre dramatique en vers ou en prose, aux formes et aux ressorts très variables selon les lieux et les temps, mais présentant le point commun de chercher à provoquer le rire ou le sourire du spectateur.
La naissance de la comédie peut être datée du début du Ve siècle av. J.-C. Comme la tragédie sa contemporaine, la comédie donne lieu à des concours organisés à l'occasion des Dionysies ; comme elle, elle traite de la question politique, mais sur un autre registre. C'est ainsi qu'Aristophane, le premier maître du genre, prend pour cible les politiciens ou les « intellectuels » en vue de son temps, tels Cléon, Euripide ou Socrate. Cette proximité de la tragédie et de la comédie se retrouve ensuite chez Aristote, qui les théorise l'une et l'autre, puis en France, quand ces deux genres renaissent ensemble sous la plume de Jodelle (l'Eugène, 1552) et, quatre-vingts ans plus tard, de Mairet, Rotrou, et surtout de Corneille (la Veuve, 1633 ; l'Illusion comique, 1636 ; le Menteur, 1644). La comédie peut ainsi se définir d'abord comme l'envers de la tragédie : elle se consacre à des personnages d'extraction modeste, voire populaire, en proie à des préoccupations personnelles (notamment les stratégies matrimoniales), rencontrant des obstacles, contre lesquels tous les moyens utilisés — même les moins nobles — sont bons à lever, pourvu que le dénouement soit heureux. Ces personnages obscurs (et entièrement inventés) s'expriment dans une langue ordinaire, voire ridicule. La comédie est ainsi un genre dominé, et le grand Molière lui-même rêva jusqu'au cœur de ses succès comiques de s'illustrer dans l'autre genre.
Qui dit pourtant recherche du rire du spectateur ne dit pas pure et simple légèreté divertissante et fuite hors de la réalité. Tout au contraire, la comédie est un genre ancré dans la réalité, bien davantage peut-être que la tragédie, que sa quête de destinées exemplaires éloigne du commun des mortels. D'ailleurs, avant que le roman et le drame ne s'imposent au XVIIIe siècle, la comédie est le seul genre habilité à rendre compte de la vie quotidienne de la bourgeoisie. La comédie porte toujours sur le monde un regard critique et le rire d'oubli laisse facilement place au grincement de dents, à la réponse morale et physiologique à une crispation, ou à la carnavalesque contestation d'un puissant. Si elle s'intéresse à un type humain particulier, la comédie est dite « de caractère » (le Dyscolos de Ménandre ; le Misanthrope ou l'Avare de Molière en 1666 et 1668) ; si elle se concentre sur les travers de la société, elle est dite « de mœurs » (le Bourgeois gentilhomme de Molière, 1670 ; le Mariage de Figaro de Beaumarchais, 1784 ; le Voyage de Monsieur Perrichon de Labiche, 1860). Dans certains cas, elle peut se teinter de gravité et se hisser au niveau de la meilleure philosophie, comme dans Dom Juan (1665), de Molière encore, ou dans le théâtre de Marivaux (la Double Inconstance, 1723 ; le Jeu de l'amour et du hasard, 1730). Toujours, elle est compatible avec une grande subtilité dans la peinture des caractères ou dans la disposition de l'action, comme chez Corneille (l'Illusion comique) ou chez Musset (les Caprices de Marianne, 1833 ; On ne badine pas avec l'amour, 1834).
Malgré l'extrême diversité des formes prises par le genre comique, la recherche du rire le conduit à reposer sur un répertoire relativement stable de formules efficaces. Ainsi l'action de la comédie « d'intrigue », très en vogue en France à l'âge classique, obéit-elle à un schéma qui, avant d'être adopté par la commedia dell'arte italienne, et avant elle encore par Plaute et Térence, avait été mis au point par le maître grec de la comédie nouvelle, Ménandre : deux jeunes amoureux doivent lever les obstacles que représentent, en général, les parents (ou un vieillard, tuteur concupiscent de la jeune fille, ou, dans le cas d'une amante mariée, un mari jaloux) hostiles à cette union. Des déguisements, des complicités de valets ou de servantes, au besoin des reconnaissances inattendues et invraisemblables viennent permettre les retournements de situation nécessaires au cheminement vers le dénouement qui s'impose : un mariage réussi. La figure du valet industrieux et rusé, indispensable à son maître, émerge ainsi, à mi-chemin de la recette infaillible pour faire rire des balourds trompés et de la subversion politique, puisque le maître n'est rien sans le valet : ainsi du Comte Almaviva et de Figaro dans le Barbier de Séville de Beaumarchais (1775). Le langage, enfin, offre ses ressources comiques au genre, sous la forme, par exemple, des quiproquos (Marivaux), des prononciations grotesques (Pierrot dans Dom Juan) ou de l'absurdité des banalités quotidiennes (la Cantatrice chauve de Ionesco, 1950).
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