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science-fiction, littérature de

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Littérature de science-fictionLittérature de science-fiction
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2.4

Un révélateur social

De plus, au-delà de l’infinie diversité de ses thèmes, la science-fiction reflète les peurs, les espoirs et les questionnements fondamentaux de l’humanité, mais en les transposant dans des mondes non situés d’un point de vue spatial ou temporel : de ce fait, ces mondes peuvent être l’image de notre monde ou de n’importe quel monde. Cela se traduit, en matière de récit, par le choix de l’utopie (du grec « en aucun lieu ») et celui de l’uchronie (« hors de tout temps », mot forgé par la science-fiction à partir de la structure du mot « utopie »), qui deviennent les moyens de l’expression littéraire et de la liberté créatrice.

2.5

Thématique classique

Si la science-fiction dite « classique », celle des années trente à cinquante, est effectivement scientiste et semble pour le lecteur actuel se restreindre aux poncifs du genre, c’est qu’elle reflète l’inquiétude grandissante de l’opinion face au danger nucléaire à la suite du bombardement d’Hiroshima en 1945 (voir Nucléaires, armes).

Elle exprime aussi la fascination de son époque pour les nouvelles possibilités offertes par la science, notamment avec les perspectives ouvertes par les débuts de la conquête spatiale (anticipée d’ailleurs dans de nombreux récits littéraires). Voir Espace, exploration de l’.

Ainsi, le thème des guerres intergalactiques entre humains et extraterrestres ou celui des mutants, favoris des space-operas (« opéras de l’espace ») américains, sont-ils symptomatiques de la peur de « l’Autre » instillée aux États-Unis par les médias pendant la guerre froide. Mais ils traduisent aussi le sentiment que la science peut tout rendre possible et influer non seulement sur notre mode de vie, mais sur notre humanité même.

2.6

Évolution vers la « speculative fiction »

À partir des années soixante, la thématique de la science-fiction se diversifie, transposant dans le domaine de l’imaginaire les préoccupations qui lui sont contemporaines : l’écologie, la crise du politique, la disparition de certains tabous concernant le sexe et la morale, l’essor des sciences humaines. La science-fiction exprime aussi à cette époque des doutes à l’égard du progrès technologique, se faisant ainsi l’écho de la critique du positivisme scientifique. Bien qu’inventé par un écrivain américain, Robert Heinlein, le terme de speculative fiction (« fiction spéculative ») est repris par les auteurs britanniques (John Brunner, Ian Watson), puis français pour désigner ce nouveau courant qui, tout en se situant dans une certaine tradition propre au genre, n’en revendique pas moins une plus grande liberté dans le choix des thèmes ainsi qu’un style plus travaillé, souhaitant faire accéder de ce fait la science-fiction au rang des littératures « adultes ».

2.7

Classification en sous-catégories

La diversité des œuvres de science-fiction engendre en fait plusieurs courants spécialisés chacun dans une thématique donnée. Certains courants correspondent à l’évolution du genre ; si les écrivains de la génération des années soixante-soixante-dix revendiquent le terme de « fiction spéculative », la science-fiction de l’« âge d’or » américain (années trente à cinquante) est considérée par ses détracteurs comme relevant de la « science dure » (hard science).

Parmi les courants spécialisés, l’heroic fantasy (« fantastique héroïque ») recycle les mythologies anciennes et l’univers médiéval, tout en utilisant les méthodes de projection de la science-fiction (Fritz Leiber, le Cycle des épées). Plus récemment, la vague du cyberpunk extrapole à partir du monde violent, déshumanisé et informatisé des villes contemporaines (anthologie Mozart en verres miroirs, 1986).

La science-fiction n’est donc pas, semble-t-il, la littérature d’un « ailleurs » absolu ; au contraire, elle nous ramène à nos angoisses, échafaude des métaphores de notre vie matérielle et spirituelle, tout en se présentant souvent comme un moyen d’évasion.

3

Source de la science-fiction

La science-fiction s’est nourrie des mythes, des traditions et de l’imaginaire de la littérature de tous les temps. Les mythologies de l’Antiquité ne relèvent certes pas de la science-fiction, mais elles lui ont fourni certains de ses principaux thèmes ; c’est en ce sens uniquement qu’elles peuvent être considérées comme des précurseurs.

Le thème de l’immortalité, cher à la science-fiction, est par exemple déjà évoqué dans le mythe babylonien appelé l’Épopée de Gilgamesh, qui traite aussi de la recherche de la connaissance absolue. Le désir de voler est au premier plan du mythe grec d’Icare (voir Dédale) : quant à l’Histoire véritable (v. 160 av. J.-C.) de Lucien de Samosate, elle traite déjà du voyage vers la Lune. Les récits de voyage et les contes mettant en scène d’étranges créatures dans de lointains pays sont par ailleurs répandus dans les littératures grecque et latine (comme dans le mythe de l’Atlantide).

Par la suite, des voyages vers la Lune sont imaginés par quantité d’auteurs, comme Cyrano de Bergerac, l’astronome allemand Johannes Kepler ou William Godwin. Les histoires portant sur des voyages imaginaires, souvent satiriques, sont également légion depuis fort longtemps dans la littérature : l’un des meilleurs exemples reste sans nul doute les Voyages de Gulliver (1726), de Jonathan Swift. Un autre thème courant dans la science-fiction est l’utopie, qui consiste à imaginer des sociétés ou des mondes parfaits ; déjà au IVe siècle av. J.-C., Platon décrit une cité idéale dans la République. Il sera imité bien des siècles plus tard par Thomas More dans son ouvrage Utopie (1516).

Cependant, la problématique de ces textes et leur fonction idéologique n’ont rien à voir avec celles de la science-fiction : ils sont situés dans un univers organisé et vraisemblable, et ont des motivations sociales, philosophiques ou religieuses plus ou moins affichées, qui les situent aux antipodes d’une littérature d’« évasion » manipulant les peurs contemporaines.

La science-fiction telle qu’on l’entend aujourd’hui n’existerait pas sans les innovations littéraires qui ont accompagné les bouleversements de la révolution industrielle occidentale.

Frankenstein (1818), de Mary Shelley, est probablement l’œuvre la plus représentative de cette « inquiétude moderne » qui va favoriser la naissance de la science-fiction. Cet ouvrage, qui relate l’histoire tragique d’un médecin grisé par les possibilités nouvelles que lui donne la connaissance, est tout entier pénétré par la conviction du pouvoir illimité de la science et par la crainte de ses dangers. Mais Frankenstein est aussi un drame humain. De nombreux auteurs du XIXe siècle, tels que Nathaniel Hawthorne, Edgar Allan Poe et Mark Twain aux États-Unis, ainsi que Rudyard Kipling en Angleterre, abordent également la question de la connaissance, de la science et de ses débordements.

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La littérature de science-fiction française

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