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Présentation ; Parliament et Funkadelic, les deux facettes d’un musicien hors normes ; La carrière solo de George Clinton
Clinton, George (1940- ), auteur, compositeur, interprète, arrangeur et producteur de funk américain. Figure tutélaire d’un funk original et halluciné dispensé sous le double pavillon des groupes Parliament et Funkadelic, George Clinton a été, onze ans durant, aux commandes d’un véritable empire musical. Sa production discographique, baroque et profuse, sans équivalent dans les années 1970, en a fait l’un des précurseurs du hip-hop et du rap.
Né à Kannapolis (Caroline du Nord), George Clinton forme à l’âge de 15 ans son premier groupe, The Parliaments. Ce quatuor vocal de doo wop (genre musical en vogue à la fin des années 1950) obtient d’abord un succès d’estime dans l’État du New Jersey où il se produit. Le groupe devient véritablement populaire à partir du moment où George Clinton — également producteur — s’installe à Detroit (Michigan). Au contact de groupes de musique soul issus des maisons de disques Motown ou Stax, mais aussi, dans une moindre mesure, de groupes de rock agressif tels que The Stooges ou MC5, George Clinton imprime un tournant électrique à sa formation que le succès du single « (I Wanna) Testify » vient consacrer en 1967. En 1969, George Clinton choisit de se défaire du nom « The Parliaments », que des raisons juridiques lui interdisent d’utiliser, pour fonder Funkadelic. Un an plus tard, en 1970, à nouveau pleinement détenteur des droits du nom de son premier groupe, George Clinton crée, avec les musiciens de Funkadelic, un groupe jumeau, Parliament (sans le « s » final). C’est donc à la tête de deux formations, Parliament et Funkadelic — composées, pour l’essentiel, des mêmes musiciens – que George Clinton fait son entrée officielle sur la scène funk.
Tout au long des années 1970, la production des deux groupes, erratique et gémellaire, s’effectue conjointement, au gré de la créativité – et des humeurs – d’un George Clinton démiurge. Ce projet ambitieux, frappé au coin de la confusion maîtrisée, est bientôt désigné sous le nom générique de P-Funk, mais conserve des traits distinctifs : emmené par des guitaristes virtuoses, Funkadelic se rattache essentiellement au rock psychédélique de la fin des années 1960, notamment celui du Jimi Hendrix Experience ; Parliament en revanche, dans le sillage de James Brown et de Sly & the Family Stone, pratique un funk plus traditionnel, moins novateur, que singularisent toutefois les paroles loufoques de George Clinton. Jamais à court d’extravagances schizophréniques, celui-ci excelle dans la création de personnages improbables (Dr. Funkenstein, Sir Nose D’Voidoffunk ou Maggot Overlord), sous l’identité desquels il égrène de sa voix basse des textes absurdes, parfois scatologiques, souvent politisés ; l’univers de George Clinton n’est pas sans rappeler les provocations burlesques de Frank Zappa. Les deux groupes partagent en outre une fascination pour la culture « pop » – bandes dessinées et science-fiction en tête –, mais aussi un goût prononcé pour la dérision, qui assurent une cohérence singulière à l’entreprise bicéphale de George Clinton.
Le premier album de Parliament, Osmium (1970), trahit une dette évidente au son des studios Motown et Stax. Plus audacieux, marqués par des expérimentations sonores, les deux premiers albums de Funkadelic (Funkadelic et Free Your Mind… and Your Ass Will Follow, publiés en 1970) font forte impression et confortent la popularité naissante de George Clinton et de ses musiciens. Après Maggot Brain (1971), Funkadelic scelle sa formation « classique » en accueillant le bassiste William « Bootsy » Collins sur le double album America Eats Its Young (1972). Ancien musicien de James Brown – il a joué à 19 ans sur le célèbre « (Get Up Feel Like) A Sex Machine » –, William Collins est un personnage excentrique, aux tenues de scène loufoques, qui se fond à merveille dans l’univers délirant de George Clinton. Malgré la créativité de George Clinton, il faut attendre quatre ans pour que Parliament livre son deuxième album, Up For the Down Stroke (1974), plus surprenant que le précédent. Pour Mothership Connection (1976), ce sont le tromboniste Fred Wesley et le saxophoniste alto Maceo Parker, tous deux transfuges du groupe de James Brown, qui viennent grossir les rangs de Parliament, sous le nom suggestif des « Horny Horns » (littéralement « cuivres lubriques »). La popularité – et les sonorités – du groupe sont alors proches de celles d’Earth, Wind and Fire. Enregistré en public en 1977, Live: P-Funk Earth Tour rend compte de l’étourdissante folie tribale des musiciens de Clinton en concert. Deux ans plus tard, sous une pochette célèbre où George Clinton, grimé en leader des Black Panthers, pose en majesté, l’album Uncle Jam Wants You (1979) de Funkadelic rappelle que, pour désinvolte et puéril qu’il apparaisse, George Clinton n’est pas indifférent au sort des Noirs américains. À l’approche des années 1980, un déclin semble s’annoncer, démenti in extremis par un dernier album, The Electric Spanking of War Babies (1981). Des dissensions internes conduisent néanmoins finalement les deux groupes à la dissolution.
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