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Présentation ; Un guérillero ; Les deux révolutions de Fidel Castro ; Fidel Castro face à l’inévitable transition
Castro, Fidel (1927- ), révolutionnaire et homme d’État cubain, dont l’histoire se confond avec celle du régime révolutionnaire qu’il a dirigé de 1959 à 2006.
Né à Mayarí dans la province d’Oriente, fils d’un immigré espagnol planteur de canne à sucre, Fidel Castro est élevé chez les jésuites avant d’étudier le droit jusqu’en doctorat à l’université de La Havane. Il s’y initie au militantisme politique en devenant président de la Fédération des étudiants. En 1947, il participe à une tentative de débarquement à Saint-Domingue visant à renverser le dictateur Rafael Trujillo et adhère ensuite au Parti orthodoxe (également dit Parti du peuple cubain). Lorsque, en 1952, Fulgencio Batista revient au pouvoir à Cuba et instaure une dictature, Fidel Castro prend la tête de l’opposition clandestine. En juillet 1953, il organise l’attaque de la caserne de Moncada à Santiago de Cuba pour prendre le pouvoir et instituer un programme révolutionnaire. L’attaque échoue. Arrêté, il est condamné à quinze ans de prison. Amnistié en 1955, il se réfugie au Mexique où il fonde le mouvement du 26-Juillet avec l’intention de faire tomber Batista. Finançant l’opération grâce à un cycle de conférences et aux dons d’exilés cubains, il organise l’entraînement de volontaires qu’un jeune révolutionnaire argentin rejoint, Che Guevara. En décembre 1956, le yacht Granma, avec un commando de 82 hommes, dont son frère, Raúl, et Che Guevara, part vers Cuba. Nouvel échec : les survivants — une douzaine — se réfugient dans la sierra Maestra. En 1957-1958, avec le soutien des précaristas (paysans pauvres) de la région, ils harcèlent le régime de Batista par une incessante guérilla. En décembre 1958, les castristes finissent par vaincre. Le 8 janvier 1959, six jours après la fuite de Batista et l’entrée dans La Havane des troupes commandées par le « Che » et Camilo Cienfuegos, Fidel Castro entre dans la capitale, chasse le Premier ministre Miró Cardona, lui succède (16 février 1959), puis devient « le » dirigeant après le départ du président Urrutia (juillet). Ayant ajourné les élections, il établit un gouvernement révolutionnaire pragmatique et imprégné d’un humanisme égalitaire que la représentation caricaturale de Cuba a souvent gommée de l’historiographie, américaine surtout.
Le charismatique, le « lider máximo » lance donc une révolution sociale, humaniste, indépendante, inspirée par le discours non aligné. Dès 1955, à la conférence de Bandung, Fidel Castro prônait d’ailleurs le non-alignement du tiers-monde et réclamait des politiques égalitaristes pour les démunis. C’est cette révolution qu’il tente de mener. En 1959, il lance une réforme agraire, mais privilégie la nationalisation des industries, impliquant l’expropriation des entreprises américaines qui contrôlent une grande partie des plantations et les raffineries de sucre. L’hostilité des États-Unis, qui considèrent Cuba comme une chasse gardée économique, est immédiate. De plus, la politique de l’industrie lourde ne paie pas. Cuba reste un pays d’économie sucrière, agricole. Fidel Castro est confronté à une crise qui s’aggrave, l’île devenant, en 1961-1962, un des épicentres de la guerre froide, avec Berlin.
En 1961, les Américains décrètent le blocus économique de l’île et soutiennent une tentative de débarquement anticastriste (voir Baie des Cochons, affaire de la). En octobre 1962, la crise des fusées éclate. Après le retrait des fusées soviétiques, l’étau du blocus américain se desserre ; mais la crise a précipité l’adhésion du leader cubain au communisme : après une seconde réforme agraire sans grand succès, Cuba ne peut plus résister seule et isolée face à la pression anticastriste de Washington et dans le cadre d’une économie étranglée. En 1965, deux ans après la première visite de Fidel Castro en URSS, le Parti communiste cubain (PCC) est fondé. Ce ralliement au communisme provoque le départ de nombreux Cubains et l’émotion internationale. L’égalitarisme castriste n’est certes pas une redite du système socioéconomique soviétique ; mais la nationalisation de toutes les activités commerciales (1966-1970) et le soutien à l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie (1968) notamment, soulignent le durcissement progressif de Castro. Un Fidel Castro dont le pouvoir se renforce, revêtant des formes dictatoriales : en 1976, après la réforme constitutionnelle du « poder popular », il cumule les fonctions de premier secrétaire du PCC et de chef de l’État. Parallèlement, Fidel Castro prône un activisme révolutionnaire prosoviétique traduit dans l’intervention en Angola, expression d’une philosophie insurrectionnelle et anticapitaliste, anti-impérialiste et, in fine, anti-américaine, que Che Guevara a incarnée jusqu’à sa mort, en 1967. À l’intérieur, Cuba vit un castrisme procédurier, répressif et une économie de pénurie — images dont témoigne l’œuvre romancée d’Ignacio Ramonet. Pour autant, Fidel Castro remporte de réelles victoires, notamment en matière d’alphabétisation et de réduction de la mortalité infantile (la plus basse d’Amérique latine) notamment. Sa popularité est encore une réalité.
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