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  • [France-Diplomatie] COLOMBIE

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  • Colombie

    La vie politique et économique du pays vu par le journal du Monde Diplomatique.

  • La Colombie en musiques et en images -

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Colombie

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Colombie : drapeau et hymneColombie : drapeau et hymne
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5.5. 1

La période de la violencia (1948-1958)

À partir de 1945, l’aile la plus radicale du parti libéral, dirigée par Jorge Eliecer Gaitán, qui s’oppose à la politique d’union nationale du président Alberto Lleras Camargo, devient de plus en plus populaire. Mais le 9 avril 1948, l’assassinat de Gaitán (jamais élucidé), qui est très populaire, déclenche une sanglante révolte contre le gouvernement conservateur à Bogotá et dans les principales villes du pays. La violencia — c’est ainsi que l’on baptise cette insurrection populaire (bogotazo) — est réprimée en trois jours et fait au moins 1 500 morts et 20 000 blessés (l’expression « bogotazo » est passée dans la langue populaire pour désigner une explosion de violence populaire incontrôlée). La campagne électorale de 1949 est particulièrement violente et mouvementée et l’arrivée au pouvoir du conservateur Laureano Gómez Castro en 1950, qui décide de rétablir l’ordre par tous les moyens, relance la guerre civile. Les grands propriétaires terriens lèvent des bandes armées de bandoleros, tandis que les paysans organisent, avec l’appui du Parti communiste colombien, des groupes d’autodéfense. La guérilla est née et ne va plus jamais s’éteindre.

L’agitation a cependant réveillé les aspirations autoritaires des militaires et, le 13 juin 1953, le général Gustavo Rojas Pinilla s’empare du pouvoir, par un coup d’État – l’un des rares de l’histoire de la Colombie qui reste une démocratie stable en dépit de la violence qui la mine. En amnistiant les guérilleros, il permet de rétablir une paix relative. Le nouveau chef de l’État bénéficie, un temps, de l’assentiment de la population et de la classe politique, qui comptent sur un pouvoir fort pour ramener l’ordre dans le pays. Cependant, la dérive dictatoriale provoque rapidement l’opposition des libéraux, comme celle des conservateurs. En 1957, après de nouvelles violences, Rojas Pinilla est renversé par une junte militaire. Celle-ci doit se résoudre à convoquer des élections générales et une trêve est conclue entre les libéraux et les conservateurs, qui décident alors procéder à une alternance systématique aux plus hauts postes de l’État (présidence et cabinets ministériels) pour une durée de seize ans, dans le cadre du pacte du Front national, espérant ainsi enrayer la violence politique. En dix ans, la violencia a fait environ 300 000 morts (sur un pays qui compte alors 15 millions d’habitants).

5.5. 2

L’émergence de la guérilla

L’alternance à la tête de l’État fonctionne très bien : le libéral Alberto Lleras Camargo est élu en 1958 ; en 1962, le conservateur Guillermo León Valencia lui succède. Les libéraux reviennent au pouvoir en 1966, avec Carlos Lleras Restrepo, puis le conservateur Michael Pastrana Borrero en 1970. La coalition conserve la majorité dans les deux Chambres, mais parvient rarement à réunir la majorité des deux tiers, nécessaire au vote des lois, et le pays connaît donc plusieurs périodes de quasi-paralysie. Ce climat favorise une guerre civile larvée, qui trouve également ses racines dans le marasme économique.

La violenca est ravivée dans les années 1960 par une guérilla organisée. C’est à cette époque que les principaux mouvements de lutte armée se mettent en place : les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia, FARC), créés en 1964, apparaissent comme les héritières des milices paysannes et sont liées au Parti communiste colombien ; l’Armée de libération nationale (Ejercito de liberación nacional, ELN), fondée en 1965, se déclare castriste et rassemble aussi bien des hommes d’Église que des paysans et des universitaires ; l’Armée populaire de libération (Ejercito popular de liberación, EPL), fondée en 1967, est pour sa part d’inspiration maoïste. Face à cette situation, le président conservateur Guillermo León Valencia déclare l’état de siège et, avec l’aide des États-Unis, se lance dans une lutte sans merci contre les groupes armés. Fondé en 1970 pour protester contre la fraude électorale (qui a affecté le scrutin présidentiel du 19 avril 1970), le Mouvement du 19 avril (Movimiento 19 de abril, M-19), un groupe issu de la bourgeoisie urbaine qui recrute parmi les classes moyennes et dans les milieux universitaires, se lance dans une guérilla urbaine, marquée par des actions médiatiques comme l’enlèvement de l’ambassadeur des États-Unis ou la prise de l’ambassade de la République dominicaine.

Lorsque la coalition du Front national prend officiellement fin, en 1974, Alfonso López Michelsen, un libéral, est élu président. Mais la structuration de la vie politique ne change pas pour autant dans les faits, puisque le nouveau président décide d’accorder des postes ministériels aux conservateurs. Son régime est caractérisé par un taux de chômage persistant, des émeutes ouvrières et estudiantines, ainsi que des actions isolées de la guérilla. En 1978, lors d’une élection marquée par un fort taux d’abstention, un autre libéral, Julio Turbay Ayala, est élu président avec une faible majorité ; il nomme également des ministres conservateurs dans son gouvernement.

Cependant, l’armée se montre incapable de réduire les guérilleros. En 1980, ces derniers réussissent à prendre en otage des diplomates étrangers, à l’ambassade de la République dominicaine, pendant soixante et un jours.

L’amnistie de quelque 400 guérilleros par le président conservateur Belisario Betancur, élu en 1982, et son orientation vers un régime de libéralisation (et en particulier la trêve conclue, en mai 1984, entre le gouvernement et les rebelles) ne suffit pas à ramener la paix civile. Les affrontements reprennent en 1985. En novembre, les guérilleros s’emparent du palais de justice de Bogotá, prenant des dizaines de personnes en otage. L’armée intervient, et de très violents combats éclatent : 100 personnes, dont le président de la Cour suprême et dix juges, sont tuées.

5.5. 3

La lutte contre les narcotrafiquants

Les libéraux remportent les élections de 1986 et Virgilio Barco Vargas, leur dirigeant, est élu président de la République. En août 1989, en réponse à une vague d’attentats dans laquelle les cartels de Medellín et de Cali sont impliqués, le gouvernement se lance, avec l’aide de Washington, dans une guerre totale contre les trafiquants de drogue et leurs réseaux. Plus de 10 000 personnes sont arrêtées, et les biens des suspects sont confisqués.

C’est dans ce cadre de violence extrême que se déroule l’élection présidentielle de 1990 ; trois candidats sont assassinés, dont Bernardo Jaramillo, le leader de l’Union patriotique, un petit parti de gauche qui a été depuis pratiquement rayé de la carte politique, 1 500 de ses cadres ayant été assassinés en quelques mois. Le libéral César Gaviria Trujillo, élu président en mai, tente alors une politique de réconciliation. En 1990, le M-19 abandonne la lutte armée et, en mars 1991, la guérilla de l’EPL se transforme en un parti politique : Esperanza, Paz y Libertad. Avec la nouvelle Constitution de juillet 1991, César Gaviria Trujillo cherche à renforcer les institutions démocratiques : l’état de siège est levé, et l’amnistie est accordée aux trafiquants de drogue qui acceptent de se rendre. Cependant, le commerce de la cocaïne, ainsi que les actions de la guérilla, continuent à perturber le pays, si bien que l’état d’urgence est rétabli en 1992.

La lutte contre les narcotrafiquants marque un tournant en 1993, lorsque Pablo Escobar, le chef du cartel de Medellín, est tué par les forces de sécurité du gouvernement. Sa mort ne signifie cependant pas la fin du trafic de drogue : le cartel de Cali, puis la guérilla prennent le relais, et le pays reste en proie à une violence endémique, due en grande partie aux difficultés de son économie.

5.6

Le pouvoir politique face à la guérilla

5.6. 1

Ernesto Samper et la recrudescence des violences (1994-1998)

En juin 1994, des centaines de personnes sont tuées dans un violent tremblement de terre (6,8 degrés sur l’échelle de Richter) qui provoque des avalanches et des inondations dans le sud-ouest de la Colombie. Le même mois, Ernesto Samper, un libéral, est élu président avec 50,3 p. 100 des suffrages face à Andrés Pastrana. Il hérite d’une situation difficile et tente de mettre en place des mesures de réformes sociales. En 1996, les soupçons sur le financement par des narcotrafiquants de sa campagne électorale déclenchent un scandale politique et entraînent la démission du vice-président Humberto La Calle. La faiblesse du pouvoir politique permet une recrudescence des opérations de la guérilla. Les FARC mènent des attentats spectaculaires en août et septembre 1996, consolidant leurs positions contre le gouvernement. En mars 1997, les relations se tendent à nouveau avec les États-Unis qui refusent à la Colombie de certifier leur bonne conduite en matière de drogue. Le gouvernement américain estime que les plans d’éradication des cultures de coca et de marijuana ne sont pas respectés. De plus, les questions de la violence sociale et de la guérilla se posent toujours. Le taux d’homicide est de 89,5 pour 100 000 habitants en 1996, ce qui fait de la Colombie le pays le plus violent du monde. Les groupes de guérilla multiplient les assassinats et les enlèvements avec rançon. En mars 1998, tout un commando d’élite de l’armée est exécuté par les FARC.

Après des tentatives infructueuses de dialogue entre les deux camps, de nombreux affrontements meurtriers opposent, quelques jours avant les législatives du 8 mars 1998, la guérilla et l’armée colombienne, notamment dans la région de Caquetá. Plus de 400 guérilleros des FARC défendent effectivement cette région qui se trouve au cœur des trafics d’armes et de cocaïne du pays. Ils prennent au début du mois de mars quelque 120 soldats en otage et en assassinent un grand nombre.

5.6. 2

Andrés Pastrana et les pourparlers de paix avortés (1998-2002)

Le 8 mars 1998, le Parti libéral remporte les élections générales qui sont marquées par un fort taux d’abstention (près de 60 p. 100) et par de violents incidents dirigés par la guérilla (17 morts). En juin 1998, le candidat du Parti conservateur, Andrés Pastrana, est élu président de la République, sur la promesse de mettre un terme définitif à la guerre civile et de redresser la situation économique.

Le nouveau président de la République rencontre et engage des discussions avec les représentants de la guérilla et il annonce en août la démilitarisation d’une zone de 42 000 km2 située au sud du pays (dans les départements du Meta et du Caquetà), condition préalable à toute négociation en faveur de la paix, imposée par les différents organes de la guérilla. Il reconnaît également en octobre le statut politique des FARC. Les pourparlers de paix, officiellement inaugurés le 7 janvier 1999, dans la « zone de détente », puis suspendus par la guérilla exigeant le démantèlement des groupes paramilitaires, reprennent en avril. Un « Agenda unique », élaboré par les deux parties, contient les thèmes des négociations : libération des prisonniers, réforme agraire, redistribution équitable des richesses nationales, lutte contre la drogue, droits de l’homme, réforme des forces armées, etc. Après le fort ralentissement de l’économie colombienne en 1998, aggravé par un tremblement de terre qui touche le centre du pays, 1999 est une année de récession économique, qui ne se poursuit pas en 2000.

Les négociations de paix entre le gouvernement et les FARC connaissent une alternance continue d’interruptions et de reprises due à la guérilla qui reproche au gouvernement de ne pas lutter de façon efficace contre les milices paramilitaires d’extrême droite, regroupées depuis 1997 au sein des Autodéfenses unies de Colombie (AUC). La signature du traité de Los Pozos en février 2001 entre le président Pastrana et le chef historique des FARC, Manuel Marulanda Velez, dit « Tirofijo », n’y change rien. Dans le même temps, l’autre grande organisation de guérilla, l’ELN, engage également des pourparlers de paix, sous l’égide d’une délégation de « pays amis », composée de diplomates de dix pays, dont la France. Mais, là encore, suspensions et reprises se succèdent sans véritables avancées et l’ELN suspend les négociations en août 2001. Face à cette situation, Andrés Pastrana présente aux États-Unis une demande d’aide militaire pour lutter contre le trafic de drogue (qui sert notamment à financer les guérillas et les paramilitaires). Les Américains lui accordent 1,6 milliard de dollars en janvier 2000 mais ce « plan Colombie » suscite de vives protestations (crainte de voir les Américains intervenir plus avant sur le terrain ; priorité accordée à la solution militaire), en particulier en Europe où l’on préfère subventionner le processus de paix.

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