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américaine, littérature

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Poe (Edgar), le CorbeauPoe (Edgar), le Corbeau
Plan de l'article
1

Présentation

américaine, littérature, littérature de langue anglaise des États-Unis.

2

Période coloniale et prérévolutionnaire

La première littérature anglophone américaine produite par les émigrants confrontés à la découverte du Nouveau Monde est un double de la littérature anglaise ; elle est aussi, de par la culture protestante des premiers colons, puritaine et messianique, et en cela le ferment véritable d’une culture proprement américaine. Les premiers écrits sont donc des témoignages et des récits comme History of Plymouth Plantation (publié en 1856), de William Bradford (1590-1657), passager du Mayflower et premier gouverneur de la colonie de Plymouth. Les pasteurs Cotton Mather (Magnalia Christi Americana, 1702) et Jonathan Edwards sont représentatifs du puritanisme ; leurs œuvres et sermons sont marqués jusqu’à l’obsession par la sauvegarde des âmes égarées dans un monde pressenti comme sauvage et occupé par les forces du mal. Plus près de la « frontière », les pionniers américains ont laissé nombre de récits de guerres indiennes et de colons capturés par les Indiens, comme A Brief History of the Pequot War (publié en 1736), du colon anglais John Mason, et le récit autobiographique Narrative of Captivity (« Récit de captivité », 1682) de Mary Rowlandson.

Au xviiie siècle, la littérature se sécularise et envisage les aspects de la vie quotidienne. Physicien et homme d’État, rédacteur de la déclaration de l’Indépendance, Benjamin Franklin appartient au monde des lettres par son activité journalistique, son almanach, Poor Richard’s Almanack (1732-1757), pétri de maximes morales où allaient puiser tant de générations d’Américains, et par son Autobiographie (1794), remarquable par la justification de l’utilitarisme. Premier récit autobiographique d’un auteur noir, The Interesting Narrative of the Life of Gustavus Vassa, the African (1789, Londres) fut attribuée à Olaudah Equiano, un esclave qui acheta sa liberté, s’installa en Angleterre et prit une part active au mouvement anti-esclavagiste.

3

La guerre de l’Indépendance et la période révolutionnaire

Entre l’accession au trône du roi George III, en 1760, et la création en 1789 d’un gouvernement fédéral américain, hommes d’État, journalistes et historiens se mobilisèrent par leurs écrits, ainsi qu’en témoignent les écrits de Thomas Jefferson, Washington Irving, et Benjamin Franklin. Plusieurs personnalités littéraires se révélèrent ainsi dans le tumulte de la guerre de l’Indépendance, tels Thomas Paine et le poète Philip Morin Freneau (1752-1832), dont le célèbre Bateau-prison britannique (1781) lui valut le titre de « poète de la révolution américaine », alors que la Maison de la nuit (1779) appartient au romantisme gothique. Après la révolution américaine, sous le gouvernement du président George Washington, un groupe de jeunes poètes, John Trumbull (1750-1831), Joël Barlow (1754-1812) et David Humphreys (1752-1818), émergea de Hartford (Connecticut), et se fit connaître sous le nom de « Hartford Wits », expression issue de leur collaboration à l’Anarchiad, publiée en plein débat constitutionnel, en 1786-1787. Cette époque vit la genèse du roman américain avec la Chevalerie moderne (1792-1815), vaste tableau de mœurs composé d’aventures picaresques de Hugh Henry Brackenridge (1748-1916), ou avec les récits mêlant terreur gothique et pseudo-science de Charles Brockden Brown (1771-1810) qui refusait tout didactisme et qui annonce Edgar Allan Poe et Nathaniel Hawthorne.

3.1

Le début du XIXe siècle

Une tâche littéraire attendait la jeune nation : faire la preuve de sa maturité culturelle. Certains auteurs pensaient qu’à un changement politique radical devait correspondre une littérature radicalement nouvelle ; d’autres demeurèrent proches de la littérature européenne. À New York, principal point de rencontre des novateurs, travaillèrent les trois premiers grands créateurs d’une littérature indigène : Washington Irving, William Cullen Bryant (1794-1878) et James Fenimore Cooper. Premier écrivain américain de réputation internationale, Washington Irving symbolise le passage du rationalisme modéré du xviiie siècle au romantisme du xixe ; ses célèbres histoires de Rip Van Winkle et d’Ichabod Crane, tirées du Livre d’esquisses (1819-1820), font aujourd’hui partie de la mythologie américaine. Rédacteur en chef du New York Evening Post de 1829 à 1878, dans les colonnes duquel il défendit les thèses abolitionnistes, William Cullen Bryant est aujourd’hui considéré comme le père de la poésie américaine ; traducteur d’Homère, il est l’auteur de poèmes empreints de sa foi déiste, et d’une grande quiétude. James Fenimore Cooper se rendit mondialement célèbre pour ses Frontier Novels (« romans de la frontière ») au point que la critique le surnomma le « Walter Scott américain ». Le cycle de « Bas-de-Cuir » (les Pionniers, 1823 ; le Dernier des Mohicans, 1826 ; la Prairie, 1827 ; le Guide, 1840 ; le Tueur de daims, 1841) constitue moins une épopée de la conquête de l’Amérique, dont le héros, Natty Bumppo, prototype du pionnier américain, exprime toute l’ambivalence, que l’élégie d’une nature et d’une culture primitive irrémédiablement détruite.

Regroupés autour du collège Harvard, les poètes de Cambridge représentèrent l’attachement des lettres américaines aux traditions européennes ; le plus célèbre d’entre eux, le poète Henry Wadsworth Longfellow, traduisit admirablement la Divine Comédie.

La plupart des œuvres des Noirs américains de la première moitié du xixe siècle reflètent l’horreur et l’immoralité de l’esclavage aux États-Unis, et réfutent la vision romantique de la vie dans les plantations avant la guerre de Sécession que présentent de nombreux écrivains blancs du Sud. Parmi les œuvres les plus marquantes figurent l’autobiographie du grand abolitionniste Frederick Douglass et The Condition, Elevation, Emigration, and Destiny of the Colored People of the United States (1852) de Martin Robinson Delany. L’historien, romancier et dramaturge William Wells Brown, ancien esclave affranchi en 1834, fut l’auteur du premier roman d’un Noir américain, Clotel, or, The President’s Daughter (« Clotel ou la fille du Président », 1853) ; son thème, le mariage interracial, est représentatif du dilemme culturel des Afro-Américains, déchirés entre leur héritage africain et la recherche de racines aux États-Unis.

Certains écrivains du xixe siècle cherchèrent des solutions radicales au problème de l’identité culturelle américaine. Fondateur du transcendantalisme, Ralph Waldo Emerson ne se contenta pas de rejeter un cosmopolitisme distingué, mais défendit une philosophie vivifiante de l’individualisme idéaliste, qui n’est pas sans écho avec la pensée allemande de l’époque et le romantisme anglais. Lié au transcendantalisme et ami d’Emerson, Henry David Thoreau exposa ses conceptions de la vie, affranchie de la loi du profit et des prescriptions politiques dans Walden, ou la Vie dans les bois (1854) et De la désobéissance civile (1849), qui inspira notamment Gandhi. Hawthorne, quant à lui, attaqua l’intolérance et le fanatisme puritains dans la Lettre écarlate (1850) et y développa, comme dans le reste de son œuvre, une vision romantique et émotionnelle du monde, où le bien et le mal sont inextricablement liés. Au moment où Emerson établissait la métaphysique du succès, Herman Melville contait dans un livre phare, Moby Dick (1851), la quête passionnée de l’homme désireux de transcendance et incapable de croire, et livrait une des plus amères méditations sur l’échec de la création littéraire.

Indifférent à la vie et à l’histoire du Sud d’où il était originaire, Edgar Allan Poe construisit à travers son œuvre un univers imaginaire, sombre et paranoïaque, caractérisé par une logique implacable et une angoisse omniprésente. Ses Histoires extraordinaires fondèrent la littérature policière américaine avec notamment « Double Assassinat dans la rue Morgue » (1841) et « la Lettre volée » (1844). Le contraire de Poe à bien des égards, Walt Whitman fut longtemps l’emblème de la poésie américaine ; dans son œuvre maîtresse Feuilles d’herbe (1855-1892), il développa un style positif et mystique, exaltant la nature. Longtemps demeurée méconnue de ses contemporains, l’œuvre intensément personnelle d’Emily Dickinson, centrée sur le moi, la nature et la mort, se situe entre la tradition romantique américaine et la tradition calviniste de la Nouvelle-Angleterre.

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