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Organisation des Nations unies [ONU]

Article
Médias
Conférence de San FranciscoConférence de San Francisco
Plan de l'article
5.1. 2

La décolonisation

L’article 73 permet à l’Assemblée générale de devenir la principale tribune et un espace de débat pour les questions coloniales. La déclaration invite les régimes coloniaux à soumettre un rapport sur les conditions économiques et sociales de leurs territoires. Dès 1946, un comité est créé pour examiner ces rapports. Avec le temps, il se transforme en Comité permanent pour l’information sur ces territoires non autonomes, faisant pression sur les puissances coloniales pour qu’elles accélèrent le processus d’accession à l’indépendance. Ainsi la déclaration de 1960 qui affirme que le colonialisme « constitue un déni des droits de l’homme fondamentaux », ajoutée à l’œuvre de ce Comité de décolonisation, souligne le rôle de l’ONU en faveur de la décolonisation en général, sous la forme d’une pression politique et morale. La déclaration de 1960 s’adresse tout particulièrement aux régimes coloniaux en place en Rhodésie (l’actuelle Zimbabwe) et en Afrique du Sud, où l’ONU condamne la politique de ségrégation raciale (apartheid) du gouvernement et vote des sanctions économiques et politiques contre celui-ci dès 1962. Cependant, en dépit de la mise en place de forces de maintien de la paix dans des zones de conflits, l’Organisation ne contribue que peu à ce que le processus de décolonisation puisse s’effectuer pacifiquement, comme le montrent les exemples de l’Angola entre 1961 et 1975 ou celui de la guerre du Biafra (1967-1970).

5.1. 3

La détente

Dans les vingt dernières années de la guerre froide, l’ONU est de plus en plus marginalisée. D’une part, la détente entre les deux grandes puissances que sont les États-Unis et l’URSS inaugure une nouvelle ère, comme l’indique le premier accord pour la maîtrise des armements de 1972 : les deux acteurs de la guerre froide n’ont en aucune manière besoin de l’ONU pour se rencontrer. D’autre part, ce sont les pays en développement, la plupart récemment décolonisés, qui y font adopter des résolutions revendiquant un « nouvel ordre économique international ». Mécontents des initiatives onusiennes, les pays industrialisés plongent l’Organisation dans une crise financière. Devenu le lieu de la confrontation Nord-Sud, l’ONU apparaît de moins en moins utile aux Occidentaux. En outre, malgré la détente, les blocages traditionnels subsistent. Ainsi l’ONU ne réagit-elle pratiquement pas aux événements qui marquent cette période : écrasement du Printemps de Prague par les Soviétiques en 1968, fin de la guerre du Viêt Nam en 1974 par la défaite américaine, déclenchement de la guerre Iran-Irak, invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques en 1980.

5.2

L’ONU depuis la chute du mur de Berlin : renouveau ou essoufflement ?

5.2. 1

Des succès relatifs dans les opérations humanitaires et de maintien de la paix

La chute du mur de Berlin en 1989 inaugure un nouveau rapport de force entre les « deux grands » et contribue à redonner à l’Organisation un rôle de premier plan. Le rapprochement de la Russie des positions occidentales permet le vote de résolutions importantes par le Conseil de sécurité. Au moment de la guerre du Golfe en 1990, après l’invasion du Koweït par l’Irak, le Conseil de sécurité condamne l’intervention irakienne (résolution 660), fait voter des sanctions économiques (résolution 661), ainsi que le recours à des forces navales pour l’application de ces sanctions (résolution 665), et l’usage de tous les moyens nécessaires pour que l’Irak se conforme à la résolution 660 (résolution 678).

Par ailleurs, les interventions de l’Organisation sont désormais conçues à plus long terme : il ne s’agit plus de stabiliser des situations de crise mais de rechercher des solutions plus durables. En Namibie en 1989-1990, le Conseil de sécurité met en place avec succès une mission d’observation du bon déroulement de la transition vers l’indépendance. Au Cambodge, à partir de 1991, l’Apronuc (Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge) joue un rôle déterminant dans la pacification et l’organisation des élections et dans la transition vers une démocratie pluraliste.

5.2. 2

De nombreux échecs et de sévères désillusions

À partir de 1992, les interventions de l’ONU semblent être reléguées au seul mandat humanitaire de l’Organisation. Ainsi, la mission de l’ONU en Angola (Unavem, 1989-1997) n’empêche pas la quasi-destruction du pays, en dépit de nombreuses tentatives de résolution de la guerre civile. L’envoi de la Forpronu (Force de protection des Nations unies, 1992-1996) en ex-Yougoslavie ne réussit à arrêter ni la poursuite des hostilités, ni les opérations « d’épuration ethnique », ni le massacre des habitants des « zones de sécurité » établies par le Conseil de sécurité sans qu’aient été prévus les moyens de les protéger contre les attaques de l’armée serbe. Les puissances occidentales, soit au moyen du Conseil de sécurité, soit des « groupes de contact » restreints, ne parviennent pas à s’entendre sur une politique commune à l’égard du conflit yougoslave. Les soldats de la Forpronu en sont réduits à constater les violations des droits de l’homme et la destruction des villes, en tentant de protéger les convois d’aide humanitaire. Pour l’opinion publique internationale, c’est une impression d’incompétence, d’hésitations et de maladresses qui domine. En 1994, le départ sans gloire de la mission d’assistance des Nations unies au Rwanda (Minuar), alors que le génocide qui s’y prépare fera plusieurs centaines de milliers de morts, est loin d’améliorer cette image négative.

5.3

Un prix Nobel de la paix en perte de crédibilité

Le mandat de Kofi Annan, élu au poste de secrétaire général en décembre 1996, donne un nouveau souffle à l’institution internationale. Au début de l’année 1998, Kofi Annan parvient à désamorcer la crise opposant l’Irak de Saddam Hussein au Conseil de sécurité, et plus spécifiquement aux États-Unis, à propos de la mission de désarmement (Unscom) et des conditions de son exercice. Si la guerre du Kosovo est l’occasion pour l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) de voir ses structures préférées à celles de l’ONU, au nom de la sécurité collective de la région euro-atlantique, la résolution 1244 votée par le Conseil de sécurité en juin 1999 permet le déploiement d'une force multinationale de maintien de la paix (la KFOR) et, surtout, le placement du Kosovo sous administration des Nations unies dans le cadre de la Minuk (Mission des Nations unies pour le Kosovo). De même, bien que la passivité de l’ONU face aux violences perpétrées contre la population civile lors du référendum d’autodétermination au Timor-Oriental, en août 1999, soit indéniable, l’Organisation a accompagné le processus d’indépendance par l’envoi d’une force internationale de paix (Interfet) et la mise en place d’une administration transitoire (Administration provisoire des Nations unies au Timor-Oriental, Atnuto).

En 2001, l’ONU et son secrétaire général, qui a officiellement reconnu et admis l’échec « honteux » de l’ONU lors des conflits yougoslaves et rwandais, se voient décerner conjointement le prix Nobel de la paix « pour leur travail en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ».

L’Organisation n’en est pas moins confrontée à de graves problèmes d’efficacité dans tous ses domaines d’intervention. C’est particulièrement le cas dans sa capacité à arbitrer les conflits régionaux, notamment la question palestinienne. En outre, en janvier 2003, l’élection controversée de la Libye à la présidence de la Commission des droits de l’homme des Nations unies n’est pas sans discréditer cette instance chargée de veiller au respect des droits de l’homme, alors que la Libye figure parmi les pays accusés par les ONG de violer ouvertement ces droits. De même en matière de développement : même si ses principes ne sont plus rejetés en bloc, la Cnuced ne parvient pas à garantir un régime de prix stables sur les marchés mondiaux des matières premières ; quant aux déclarations produites par l’Assemblée générale en 1974 sur les droits et les devoirs économiques des États, elles demeurent sans effet, négligées par les guerres commerciales de plus en plus rudes qui se livrent sur le marché mondial.

La représentativité du Conseil de sécurité fait également l’objet de controverses, notamment en ce qui concerne les cinq membres permanents qui, selon leurs détracteurs, ne représentent plus les rapports de forces internationaux actuels. La question de la candidature du Japon et de l’Allemagne est ainsi soulevée. Enfin, même si la division du monde en deux blocs ne paralyse plus l’action du Conseil de sécurité, l’action de l’ONU continue d’être suspendue à la volonté politique des États membres. Or la crainte de s’engager dans des conflits longs, difficiles et coûteux incitent souvent ces États à renoncer à toute action. Surtout l’ONU semble de plus en plus dépendante, tant dans sa ligne politique que dans son action sur le terrain, des décisions américaines, les États-Unis apparaissant en effet comme la seule puissance capable d’intervenir efficacement au niveau international — en 1992, l’intervention américaine en Somalie (baptisée Restore Hope) est emblématique de cet état de fait.

La crise irakienne, née au Conseil de sécurité de l’ONU pendant l’été 2002, finit de décrédibiliser et de marginaliser l’institution internationale, face à la politique unilatérale américaine. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 dirigés contre les États-Unis, l’institution internationale doit en effet faire face à de profondes divisions concernant le problème du désarmement de l’Irak, soupçonné par les États-Unis de soutenir le terrorisme international. Les États-Unis sont déterminés à livrer une guerre à l’Irak pour désarmer le pays et renverser le régime de Saddam Hussein, en application de leur concept de guerre préventive, contraire aux principes de la Charte de l’ONU. Ils s’opposent pendant de longs mois à la majorité du Conseil de sécurité (dont ses autres membres permanents à l’exception du Royaume-Uni), favorable à un désarmement de l’Irak par un programme d’inspections (conformément à la résolution 1441 adoptée le 8 novembre 2002). Face à son isolement diplomatique, le président américain George W. Bush décide, au mois de mars 2003, avec le soutien du Royaume-Uni, de l’Espagne et du Japon, d’attaquer l’Irak contre la volonté de l’ONU.

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