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Plan de l'article
Présentation ; Historique ; Fondement spirituel ; Critique des castes ; Le système des castes aujourd'hui
castes, système de, organisation sociale très rigide, dans laquelle l'ordre hiérarchique et le statut des diverses strates sont définis et maintenus par l'hérédité, l'endogamie et la religion. Ce système n'autorise aucune mobilité sociale hors de la caste à laquelle appartient un individu à sa naissance. Étymologiquement, le terme « caste » vient du mot portugais casta, signifiant « lignage familial », « ethnie », « tribu », et a été utilisé pour la première fois par des marchands portugais en voyage dans les Indes au XVIe siècle. O.C Cox et l'anthropologue L. Dumont estiment qu'il s'agit d'un système spécifiquement indien, et qui n'aurait connu aucune autre forme en dehors de l'Inde. Les africanistes, au contraire, considèrent qu'il s'agit là d'une interprétation trop réductrice, et appliquent la notion de caste à de nombreuses sociétés africaines, de l'Afrique de l'Ouest en particulier. Ils font ainsi état de trois grands types de castes : les nobles ; certaines catégories socioprofessionnelles, parmi lesquelles les artisans castés (les forgerons, par exemple), ou encore les musiciens, les généalogistes, les laudateurs, les danseurs et chanteurs (griots) ; et enfin les esclaves. Cependant, ces systèmes offrent en général une plus grande souplesse qu'en Inde, notamment sur le plan du degré d'endogamie, d'où la permanence du débat sur le caractère castique ou non de certaines sociétés africaines. Ainsi, si d'autres groupes culturels et religieux connaissent des systèmes castiques dans le monde, l'organisation sociale complexe de l'Inde à l'époque de l'hindouisme n'en demeure pas moins exemplaire.
Le système de castes apparut vraisemblablement quelque temps après l'arrivée dans le nord de l'Inde de tribus nomades indo-européennes, plus connues sous le nom d'Aryens, vers 1500 av. J.-C., après l'effondrement de la civilisation de la vallée de l'Indus. La société aryenne était déjà divisée selon une hiérarchie assez courante à l'époque : guerriers, religieux et peuple. Après avoir soumis les autochtones, décrits comme étant plus foncés de peau et dotés d'une physionomie différente de la leur, les Aryens ajoutèrent une quatrième catégorie à leur organisation sociale, à savoir celle des serviteurs. Cela leur permit de maintenir les peuples vaincus dans une position sociale inférieure et de préserver leur pouvoir sur eux. Ainsi, le terme utilisé pour décrire les quatre groupes, ou varna, qui en sanskrit signifie « couleur », témoigne de l'aspect ethnique du système de castes. Les quatre varna, hiérarchisés en ordre décroissant, étaient alors les kshatriya (le roi et les guerriers), les brahmanes (religieux), les vaishya (qui, avec le développement du commerce et de l'agriculture, devinrent les fermiers et les marchands) et les shudra (serviteurs). Le système connut d'autres modifications avant sa relative stabilisation. Tout d'abord, les brahmanes, qui sanctionnaient la divinité du monarque et l'investissaient de son autorité royale, revendiquèrent la supériorité de leur position et se hissèrent au sommet de la hiérarchie sociale. Puis, avec l'essor de l'agriculture et de la sédentarisation ainsi qu'avec le développement du commerce et des arts, les shudra émergèrent progressivement en tant que cultivateurs de la terre et artisans qualifiés. Ceux qui effectuaient les tâches les plus ingrates, comme ceux qui ramassaient les déchets, furent mis à l'écart du système de castes et devinrent des parias ou chandala. Enfin, un système de sous-castes, ou jati, en relation avec chaque métier, fit son apparition. C'est dans son rapport avec les jati que le système de castes fonctionne principalement : les individus appartenant à un jati spécifique sont contraints par bien des aspects de la vie sociale, notamment le mariage, à ne pas quitter leur jati. Ce lien étroit avec l'activité professionnelle joue un rôle fondamental dans la structure sociale. La transmission des métiers de père en fils confère aux castes un caractère strictement héréditaire, renforçant ainsi la suprématie des brahmanes et maintenant, de génération en génération, des millions d'individus dans un état de pauvreté et d'analphabétisme.
Le caractère religieux de cette construction sociétale puise ses racines dans les premiers textes sacrés de l'hindouisme, le Rigveda (datant approximativement de 600 av. J.-C. et issu d'une tradition orale bien plus ancienne). Le Rigveda décompose l'homme originel (purusha), en quatre parties : de la bouche sont issus les brahmanes, des bras, les kshatriya, des jambes, les vaishya, et des pieds, les shudra. Les rôles des quatre varna furent ainsi établis comme une loi immuable de la nature. Mais toute religion se définissant aussi par un espoir de salut pour tous, ce salut se présente, dans l'orthodoxie brahmanique, sous la forme du karma (approximativement traduit par « destin ») et de la renaissance. Si, dans la vie terrestre d'un individu, sa caste est déterminée par celle de ses parents, en revanche, la naissance dans une caste particulière n'est pas due au hasard. En effet, les actions accumulées au cours des vies antérieures en sont la cause. La Bhagavad-Gita insiste parallèlement sur l'idée du devoir : le devoir d'un individu est inhérent à sa caste. Ainsi, un « bon » shudra améliorera son karma en consacrant sa vie à ses maîtres. De la même manière, la charité fait partie du devoir des castes supérieures. En accomplissant fidèlement les tâches assignées à sa caste, il est possible, pour un individu, de renaître dans une caste supérieure. Le dessein ultime était le moksha, retrait du cycle de vie et de mort, par l'acquisition d'une haute spiritualité qui repose, dans les interprétations traditionnelles de l'hindouisme, sur le fait de naître brahmane. Ainsi, chacun peut espérer un salut en remplissant les devoirs inhérents à sa caste. Il existe une différence essentielle entre les castes et les classes socio-économiques. Un système de classes est principalement lié à la richesse matérielle. Il n'en est pas ainsi pour les castes. Les brahmanes, par exemple, étant spirituellement supérieurs, doivent renoncer aux plaisirs matériels. Il est donc du devoir des autres castes de fournir aux brahmanes la nourriture et les autres produits nécessaires au déroulement de leur vie terrestre. Toutefois, les castes et les classes ont un point commun : l'éducation qui est principalement réservée aux strates supérieures. La plupart des préjugés à l'égard des castes inférieures, et plus particulièrement des parias ou chandala, sont renforcés et justifiés par le concept religieux de « pureté rituelle ». Le travail manuel étant considéré comme impur, ceux qui l'effectuent ne sont pas autorisés à entrer en contact intime avec les castes supérieures, notamment avec les brahmanes, qui, chargés de la célébration des cérémonies religieuses, doivent, eux aussi, avant de procéder à cette tâche, se purifier en se lavant. C'est pourquoi, outre l'interdit du mariage entre castes, les chandalas n'étaient pas autorisés à s'approcher des lieux de préparation de la nourriture des castes supérieures, ni même des temples (surtout en Inde du Sud). Leur simple contact et même leur ombre étaient considérés comme malpropres, d'où leur appellation d'« intouchables ». Avec l'évolution économique, de nouvelles sous-castes ou jati se constituèrent au sein même des métiers nouvellement apparus. Les nouvelles catégories de personnes se virent alors attribuer une sous-caste appropriée à leur place dans le système.
L'hindouisme n'est pas une religion clairement définie, unie autour d'un fondateur et d'un texte sacré unique. Ainsi au cours des siècles, l'influence du bouddhisme, du christianisme et de l'islam (notamment du soufisme) a contribué à l'évolution globale de la pensée hindouiste. Or le bouddhisme et le jaïnisme sont deux religions fortement opposées au système de castes, et plus particulièrement à l'autorité suprême des textes védiques, en tant que partie intégrante de l'orthodoxie brahmanique et moyen de domination. La nature égalitaire du sikhisme, fondé par le gourou Nânak au XVIe siècle, a aussi constitué une réaction contre le système des castes. À l'intérieur même du monde hindouiste, de nombreux individus et sectes ont ignoré ou condamné le principe des castes. Les mystiques du mouvement bhakti, comme Chaitanya, ne tinrent pas compte des conceptions hindouistes orthodoxes, seule les préoccupait l'union mystique avec Dieu. Parmi leurs disciples, ils acceptèrent volontiers les intouchables, les femmes et les individus venant des confessions les plus diverses. Le plus important disciple du mouvement mystique Ramananda du XVe siècle était un musulman et éminent poète, Kabir, qui instaura le culte de la divinité Rama. Au cours de l'histoire, de nombreux individus inconnus ou oubliés, dont des brahmanes, s'opposèrent au système de castes, ce qui leur valut souvent d'être mis au ban de la société, voire assassinés. Au XIXe siècle, Ram Mohan Roy initia le renouveau du Vedanta et, conformément à l'esprit des Upanishad, condamna le système des castes. Au XXe siècle, plusieurs personnalités appartenant à l'élite de l'Inde dénoncèrent cet ordre social. L'abolition du système des castes devint alors partie intégrante des combats nationalistes, car les castes étaient considérées comme un motif de division entre les Indiens, au même titre que la partition hindous-musulmans dont les Britanniques furent en partie à l'origine. Gandhi plaida pour l'intégration des intouchables au reste de la société hindoue. Il les rebaptisa les harijans, ou « peuple de Dieu ». Ambedkar fonda des écoles et des universités pour les intouchables et lutta pour leurs droits politiques. Avec l'indépendance, une politique de lutte contre la discrimination fut instaurée, garantissant aux intouchables et aux autres groupes sociaux situés en bas de la hiérarchie sociale un important quota de places dans les universités, les institutions professionnelles et l'administration. La nouvelle Constitution indienne fut élaborée dans un esprit laïc et égalitaire, en opposition à la discrimination religieuse et de caste. Dans leur immense majorité, les partis politiques, bien que profondément influencés dans leurs structures par le principe des castes, ont souvent gardé une position ambiguë sur les divisions sociales de la société indienne, et cela dans l'unique but d'obtenir les voix des harijans. En fait, dans leurs pratiques, ils ont peu appuyé, voire souvent entravé, les actions politiques destinées à réduire les disparités structurelles de la société.
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