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Plan de l'article
Présentation ; L’infanterie dans l’Antiquité ; La renaissance de l’infanterie ; La prédominance du feu ; L’infanterie aujourd’hui ; Organisation ; L’école d’application de l’infanterie ; Matériel
infanterie (de l’italien fante, « serviteur »), arme constituée de fantassins, soldats combattant à pied, utilisant des armes légères et portatives, auxquelles se sont adjointes, depuis l’invention du char, des divisions mécanisées, et dont le rôle consiste à se rapprocher de l’ennemi pour conquérir ou pour défendre le terrain. Depuis l’Antiquité, l’infanterie a représenté l’effectif le plus nombreux des armées, sauf au cours du Moyen Âge lorsque les soldats sont avant tout des cavaliers.
Dès l’Antiquité, on distingue l’infanterie lourde de l’infanterie légère, parce qu’elles ne disposent pas du même type d’armement et sont investies de missions différentes sur le champ de bataille ; ainsi, l’infanterie légère, plus mobile, est généralement chargée de reconnaître le terrain, d’engager le combat, de harceler l’ennemi sur ses côtés et de le poursuivre en cas de repli, tandis que l’infanterie lourde, progressant dans un ordre soigneusement codifié, se déploie lors du combat frontal. Cette organisation est celle, par exemple, de l’Égypte ancienne où les forces de l’infanterie lourde, armée de la lance courte, plus tard de la hache et de la masse d’armes, sont complétées par une infanterie légère munie d’arcs. L’infanterie lourde assyrienne est pour sa part constituée par des piquiers armés d’une lance, d’une épée et d’un bouclier métallique, chaque fantassin étant associé à un archer, qu’il protège de son bouclier ; l’infanterie légère porte le même équipement, mais sans cuirasse. D’une manière générale, les armées orientales privilégient l’arc, au contraire des Grecs et des Romains : ainsi, dans la Grèce archaïque, le fantassin lourd ou hoplite, protégé par une cuirasse, est armé non pas d’un arc mais d’une longue lance, et seuls les citoyens les plus pauvres, constituant l’infanterie légère des peltastes, protégés par un simple bouclier d’osier, combattent avec un arc ou une fronde. Peu à peu, l’infanterie lourde est, dans la plupart des armées, organisée en phalange, formant une masse compacte à même d’infliger de lourdes pertes à l’adversaire. La phalange de la Grèce classique compte ainsi 4 096 hommes sur 16 rangs, dispositif qui est encore perfectionné dans l’armée macédonnienne. Armée d’une lance atteignant 4 à 7 m de longueur, la sarisse, la phalange macédonienne forme un mur compact, difficilement franchissable pour la cavalerie adverse. Ce système inspire les Romains, mais, le trouvant trop lourd, ils font éclater le modèle de la phalange en unités de taille plus modeste, les manipules, constituées de 80 à 160 hommes, et comptant au moins 12 hommes de front sur 900 m de largeur et plus de 100 m de profondeur, dimensions portées progressivement à 2 000 m et 200 m. La structure même de cette unité lui confère une grande mobilité, puisque chaque manipule, séparée des autres par un intervalle, compte 3 lignes composées de combattants, où chaque ligne est dotée d’une autonomie fonctionnelle. Lourdement armé, le légionnaire porte un casque en métal, une cuirasse en cuir et un bouclier rectangulaire ; il est muni d’un javelot, le pilum, ainsi que d’une épée, qui est plus tard remplacée par le glaive. L’infanterie légère est constituée par les vélites, qui combattent dans les intervalles que laissent les manipules. Voir armées romaines Cependant, si la formation en manipule est d’une efficacité redoutable tant que la ligne résiste, les pertes en hommes sont très lourdes lorsqu’elle vient à céder. De plus, le fait que la plupart des peuples barbares accordent une place prépondérante à la cavalerie rend l’infanterie de moins en moins adaptée au combat, de sorte que, pendant une grande partie du Moyen Âge, l’infanterie perd de son importance au profit de la cavalerie.
Marginalisée par la prédominance, à la fois sociale et tactique, accordée à la cavalerie dans le système de valeurs propre à la chevalerie, l’infanterie est longtemps composée de mercenaires et d’aventuriers. Cependant, dès la fin du XIIIe siècle, l’apparition de l’arc gallois, le long bow, portant à 200 m, modifie la tactique mise en œuvre sur le champ de bataille ; elle consiste désormais en une alternance d’attaques de fantassins et de cavaliers. Maîtres dans l’art de combiner les deux armes, les Anglais infligent de sévères défaites à la chevalerie française, notamment à Crécy et à Azincourt, pendant la guerre de Cent Ans. À partir du XIVe siècle, deux phénomènes contribuent à la renaissance de l’infanterie : d’une part, les victoires remportées par les fantassins suisses, armés de piques et supérieurement équipés, qui reprennent le modèle de la phalange pour vaincre les troupes de Charles le Téméraire, à Grandson et à Morat, en 1476 ; d’autre part, l’invention de l’arquebuse qui, combinée avec la pique, devient l’arme de base sur le champ de bataille. Les principales armées mettent alors en place des unités d’infanterie couplant la pique et l’arquebuse, qui connaissent jusqu’au XVIIIe siècle certaines évolutions, puisque la pique tend à disparaître presque complètement et l’arquebuse à être remplacée à partir du XVIe siècle par le mousquet, puis par le fusil. Parallèlement, la doctrine commandant l’emploi de l’infanterie sur le champ de bataille connaît d’importantes modifications. Dès le milieu du XVIIe siècle, en effet, on cesse de mélanger l’infanterie et la cavalerie pour assigner à chacune des deux armes une mission précise : les fantassins (piquiers et mousquetaires) combattent au centre, les cavaliers aux ailes. L’ordre de bataille fait intervenir successivement l’artillerie, puis l’infanterie et enfin la cavalerie. Cependant, l’introduction du fusil, plus tard pourvu d’une baïonnette, permet de resserrer les rangs et d’en diminuer le nombre. C’est le roi Frédéric II de Prusse, qui, le premier, réduit la profondeur des rangs, ce qui confère aux unités une mobilité beaucoup plus importante et leur permet de s’adapter immédiatement aux évolutions de l’adversaire. Peu à peu, le fusil, qui tire un coup par minute, fait l’objet de divers perfectionnements, à l’instar du modèle utilisé par l’armée française en 1777, qui atteint trois coups par minute. Au XVIIIe siècle, le nombre de régiments devient stable, c’est-à-dire qu’il n’y a plus désormais de différence significative entre les effectifs engagés en temps de paix et ceux engagés en temps de guerre. Le nombre de bataillons et, à l’intérieur de ceux-ci, de compagnies, est codifié, tandis que l’on crée des divisions d’infanterie, comprenant plusieurs régiments de fantassins mais également des régiments de cavaliers et des compagnies d’artillerie, qui combattent toujours ensemble, ce qui constitue un facteur d’efficacité et de cohésion tactiques. Sous le premier Empire, l’infanterie devient, selon le mot de Napoléon, « la reine des batailles ». Dans l’infanterie française, le régiment compte 4 bataillons de 8 compagnies (6 compagnies de fusiliers et une compagnie de grenadiers, arme d’élite) et une compagnie de voltigeurs (ou chasseurs). Les fantassins combattent sur 3 lignes et sont en mesure de former un carré contre une attaque de cavalerie. Cependant, par rapport à l’infanterie britannique, qui combat sur 2 rangs et met l’accent sur la puissance du feu, l’infanterie française apparaît peu maniable, comme elle en fait la preuve à Waterloo.
À partir du XIXe siècle, c’est le perfectionnement du matériel employé qui est le principal facteur des changements affectant les missions de l’infanterie. L’adoption par les Prussiens du fusil rayé à tir rapide, le Dreyse, leur permet de triompher des Autrichiens à Sadowa. Parallèlement, ils assouplissent leur tactique sur le champ de bataille, faisant éclater les colonnes massives en compagnies mobiles et donnant davantage d’initiative aux chefs subalternes. En France, l’infanterie, qui s’est adjointe sous la monarchie de Juillet la Légion étrangère, ainsi que des corps de zouaves et des bataillons de chasseurs, se dote en 1866 du chassepot, réputé supérieur au fusil prussien. Cependant, pendant la guerre de 1870, la tactique insuffisamment mobile adoptée par l’infanterie explique en partie la défaite de celle-ci face aux troupes allemandes. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, deux conceptions du combat s’opposent à l’intérieur de l’état-major français : face à ceux qui recommandent d’articuler l’ensemble du combat d’après la puissance de feu, ce qui interdit de fait les formations rigides et plaide en faveur de groupes de fantassins dispersés et très mobiles, certains, qui ont gain de cause en 1914, continuent de défendre une théorie accordant la primauté à l’offensive et qualifiant d’inutile une préparation d’artillerie avant l’attaque. Cependant, dès 1915, l’échec des premières offensives amène le commandement français à réviser profondément ses positions : toute attaque est désormais précédée et suivie d’une préparation d’artillerie, tandis que les fantassins progressent par sauts, de tranchées en tranchées. L’armement se modifie et se modernise avec l’emploi massif de la mitrailleuse, adoptée en 1907, qui conduit à constituer une compagnie de mitrailleuses par bataillon, tandis que l’ensemble des fantassins est équipé du fusil-mitrailleur, remplaçant le lebel qui a lui-même succédé au chassepot en 1886. Parallèlement, l’introduction du char et de l’avion dans la guerre moderne contribue à marginaliser l’infanterie au profit de l’artillerie, qui devient, dans le contexte défensif de la guerre de positions, l’arme privilégiée sur le champ de bataille. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la stratégie française, essentiellement défensive, qui consiste à attendre l’ennemi derrière une ligne de feu enterrée, la ligne Maginot, se révèle rapidement inefficace. De plus, lors de l’offensive de 1940, l’emploi de l’infanterie en accompagnement des chars est un échec, alors que les Allemands utilisent déjà les unités blindées de manière autonome, comme le préconisent en France certains officiers, tels le colonel Étienne et Charles de Gaulle, et cela depuis le début des années trente. Aux divisions d’infanterie, formées de 3 régiments d’infanterie, de 2 régiments d’artillerie, d’1 bataillon du génie, ainsi que d’éléments des transmissions et du train, on ajoute alors des éléments d’infanterie mécanisée (associant véhicules blindés et combattant à pied), d’infanterie motorisée (constituée de fantassins progressant en véhicule mais combattant à pied), ainsi que des régiments parachutistes.
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