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Don Juan

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Tirso de Molina, le Trompeur de SévilleTirso de Molina, le Trompeur de Séville
Plan de l'article
1

Présentation

Don Juan, personnage légendaire, héros de nombreuses œuvres, incarnant le libertinage amoureux et la révolte contre la société catholique patriarcale.

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Fixation d'une légende

La figure du Don Juan est, d'abord, le produit d'un monde latin et catholique, aristocratique et théocratique, dans lequel elle représente, en contrepoint, une indispensable revendication de liberté et de mouvement. Le premier, le religieux espagnol Tirso de Molina met le personnage sur la scène, avec une comedia intitulée le Trompeur de Séville et le Convive de pierre (El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra, v. 1625). Tirso y fixe les éléments qui seront constamment repris : le couple formé par Don Juan et son valet, double bouffon, la réciprocité du désir amoureux qui s'exerce sur les femmes, la fuite perpétuelle où l'entraînent ses conquêtes et leurs conséquences, et le rôle du père, représentant de Dieu sur Terre, qu'il s'agisse du père de Don Juan ou de la statue du Commandeur. Le cynique Don Juan, parce qu'il demeure dans le jeu, théâtral et amoureux, est envoyé en enfer.

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Le « grand seigneur méchant homme » de Molière

Après Tirso, le personnage devient peu à peu la figure privilégiée de représentation d'une certaine noblesse libertine. Don Juan passe en Italie, dans la commedia dell'arte notamment, et en France. Le grand Don Juan du XVIIe siècle est celui de Molière (Dom Juan ou le Festin de pierre, 1665), chez qui le libertinage se fait quête acharnée, dans une spirale de provocations blasphématoires, d'une réponse divine qui serait enfin définitive. Dans cette comédie où l'on rit peu, sinon du sermonnaire grotesque qu'est Sganarelle, le terrible Don Juan, libertin matérialiste, est seul à revendiquer jusqu'au bout la liberté humaine, fût-ce au prix d'une solitude absolue, face à une société arc-boutée sur des codes sociaux et moraux réduits à de pures formes. Cette troublante « comédie » n'a cessé d'alimenter toutes sortes d'exégèses et de réécritures, haussant progressivement la figure jusqu'au mythe.

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D'un mythe à l'autre : Don Juan romantique

Après Molière, les versions se multiplient, et avec elles les ponts entre différents arts. Don Juan, devenu européen, intéresse les musiciens, de Mozart, sur un livret de Da Ponte (c'est le grand opéra Don Giovanni, en 1787), à Richard Strauss et son poème symphonique (Don Juan, 1888). Pendant ce temps, les écrivains romantiques infléchissent le mythe dans le double sens d'une représentation de l'amour rédempteur, à partir de la figure moliéresque d'Elvire, et d'une association de Don Juan à la principale figure de révolte prométhéenne du XIXe siècle, celle de Faust. Don Juan devient moins latin, moins baroque et moins comédien. Il quitte le champ théâtral, pour apparaître dans les œuvres de Byron (Don Juan, satire épique, 1812-1823) ou de Baudelaire (« Don Juan aux enfers » dans les Fleurs du Mal, 1857), dans les récits d’Hoffmann (Don Juan. Aventures d'un voyageur enthousiaste, 1813), et dans Balzac (l'Élixir de longue vie, 1830) ou Mérimée (les Âmes du purgatoire, 1834).

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